Que retenir de la visite présidentielle chez Forsee Power ?

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Par Laurent Roussel Publié le 21 mars 2016 à 10h42
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30%30% des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) proviennent du secteur des transports.

Le 9 mars dernier, François Hollande a été reçu à Moissy Cramayel, en Seine-et-Marne, par Christophe Gurtner, PDG de l’entreprise Forsee Power. Dans les locaux du spécialiste francilien des systèmes de batteries, le chef de l’Etat est venu d’une part défendre les dispositifs pour l’emploi et la croissance mis en place par son gouvernement, mais aussi faire le point sur les évolutions à venir de la loi Travail portée par Myriam El-Khomri.

La Seine-et-Marne est décidemment un terrain propice à l’emploi et à l’insertion pour François Hollande. En novembre 2012, lors de l’un de ses premiers déplacements en province en tant que Président de la République, François Hollande était venu à la mission locale de Chelles, pour assister à la signature des 11 premiers « emplois d’avenir », un dispositif présentant aujourd’hui un bilan en demi-teinte, loin des chiffres espérés lors de son lancement. En février 2015, François Hollande revenait en Seine-et-Marne, à Montry, pour la visite d’un Etablissement public d'insertion de la Défense (EPIDE), dans le cadre des dispositifs dits de « seconde chance ».

Plus d’un an après sa dernière visite, François Hollande revient donc en Seine-et-Marne, toujours accompagné de son ministre du travail. Il s’est rendu cette fois dans une entreprise fraichement implantée dans le département, implantation qui s’est accompagné de nombreuses créations d’emplois. Le chef de l’Etat n’a donc pas fait le choix de l’entreprise Forsee Power par hasard pour venir parler emplois, croissance et projets de loi : quitte à aborder des sujets d’actualités qui fâchent, autant le faire dans un cadre qui inspire un peu d’optimisme aux politiques.

Intégrateur de systèmes de batteries, aussi bien pour les véhicules électriques que pour nombre d’appareils électriques, Forsee Power connaît en effet une croissance à deux chiffres depuis plusieurs années. « Notre carnet de commandes pour 2016 représente un quadruplement de notre chiffre d’affaires 2015, lequel sera, déjà, le double de celui de 2014 », expliquait le PDG de Forsee Power Christophe Gurtner, à l’Usine Nouvelle en novembre 2015, lors de l’inauguration de la nouvelle usine de Moissy Cramayel. « Nous disposons aujourd’hui de moyens de production qui nous permettraient de tripler ou de quadrupler notre chiffre d’affaires. Mais nous considérons qu’à l’échéance de 24 mois, notre croissance sera bien supérieure à cela », s’enthousiasmait auprès du Journal de l’Economie le PDG de Forsee Power.

Parmi les raisons pouvant expliquer une telle performance de Forsee Power, le Chef de l’Etat veut croire à une responsabilité, au moins partielle, du dispositif « Embauches PME ». Annoncée le 18 janvier 2016 parmi d’autres mesures en faveur de l’emploi, ce dispositif avait, début mars, permis ou du moins facilité la signature de 63 000 contrats au sein de 32 000 entreprises en un peu plus d’un mois d’existence. Ce coup de pouce financier du gouvernement, représentant tout de même 4000 euros d’aide étalés sur deux ans, est cumulable avec tous les autres dispositifs actuellement en vigueur : CICE, pacte de responsabilité… Selon les premiers retours sur le dispositif Embauche PME, plus de deux tiers des contrats signés sont des CDI et ciblent à 35 % des actifs de moins de 26 ans.

Forsee Power, produisant des systèmes de batteries et l’électronique de gestion qui les accompagne, ne fait pas a priori partie des secteurs les plus « consommateurs » de ce dispositif. Les plus demandeurs sont en effet les secteurs demandant une main d’œuvre jeune et peu qualifiés : BTP, restauration, services à la personne… Or, si Forsee Power focalise l’attention, c’est bien tout d’abord parce que l’entreprise propose en nombre des emplois techniques et qualifiés. « En moins de quatre ans nous sommes passés de 4 à 200 collaborateurs avec un chiffre d’affaires qui va doubler cette année. Les prévisions pour l’année prochaine sont encore plus optimistes avec des marchés comme celui du transport électrique et du stockage qui sont amenés à croître de manière exponentielle. Forsee Power anticipe dès à présent cette croissance : nous allons recruter pas moins d’une centaine de collaborateurs dans les 2 ans à venir », expliquait fin 2015 Christophe Gurtner à VIPress, toujours lors de l’inauguration de la nouvelle usine.

Des perspectives de croissance et d’embauches que le Président aimerait rencontrer plus souvent, particulièrement en ce moment : en pleine négociation sur la Loi Travail, le Président s’est contenté de mettre en avant la concertation qu’il appelle de ses vœux pour faire aboutir le projet. Or, si le projet est jugé valide économiquement parlant, il représente un terrain très glissant politiquement. Autant venir défendre en terrain acquis à sa cause les opportunités offertes par le projet de loi.

Mais si Forsee Power a su retenir l’attention de l’Elysée, c’est aussi parce que l’entreprise œuvre dans un domaine cher au cœur du Président : la transition énergétique. C’est d’ailleurs la première raison invoquée par le Chef de l’Etat dans son discours pour justifier sa venue à Moissy-Cramayel, quelques mois après la COP 21. S’il n’hésite pas à évoquer la transition énergétique comme un « avenir industriel », il la définit aussi comme un « avenir tout court ». Forsee Power opère plus précisément sur le volet mobilité de la transition énergétique, un créneau loin d’être négligeable lorsque l’on sait que le secteur des transports représente à lui seul près de 30% des émissions de GES.

S’il fallait donc retenir quelque chose de la visite de François Hollande chez Forsee Power, plus qu’une anecdote sur les négociations politiques en cours, c’est bien la confirmation que la transition énergétique est aussi une des clés des emplois et de la croissance de demain. Et l’activité qui en découle peut en plus prendre la forme d’une réindustrialisation de la France, via des emplois qualifiés et valorisant pour ceux qui les occupent. Difficile pour le Chef de l’Etat, en ces temps toujours moroses sur le front de l’emploi, de ne pas se réjouir, au moins l’espace d’une après-midi, d’un succès notable dans la bataille contre le chômage.

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