François Hollande après six mois : il fallait rester dans la salle !

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Par Frédéric Latrobe Modifié le 13 novembre 2012 à 22h25

Très attendue, la prestation de François Hollande après six mois d'action à la tête de l'État s'achève sur un bilan partagé. La pièce s'est jouée en deux actes et c'est heureux pour l'hôte d'un soir : le deuxième est très largement venu sauver le premier et sans le jeu de questions/réponses avec les journalistes, la conférence de presse présidentielle aurait pu se résumer aux propos lâchés par le Président lui-même dans une pique un peu alambiquée à l'attention de son prédécesseur : "je ne suis intoxiqué à aucune énergie"...

Car, de l'énergie, François Hollande en a mis, mais dans la deuxième partie seulement, au point de laisser penser que la première fut volontairement mauvaise, sans vision, sans souffle et sans dynamisme comme pour mieux libérer un deuxième temps beaucoup plus convaincant. Une fois évacué le bilan, la perspective a pu se dessiner.

Dans son discours introductif, François Hollande n'a jamais semblé trouver son ton. À force de parler de justice, il en oublia souvent la justesse. Pendant près de trois quarts d'heure, le Président a alterné, parfois maladroitement, entre gravité et légèreté, entre le propos présidentiel et le propos de campagne, entre la fermeté et l'hésitation. Malmené dans les sondages, le Président devait conduire une bataille d'opinion, et donc d'émotion. Or, François Hollande n'a pas véhiculé d'émotion : il a fait de l'information et de l'explication de texte. Bref, il a fait du service après vente de l'action gouvernementale.

Outre ce manque d'unité de ton, ce discours a aussi eu du mal à trouver son positionnement sur le fond : il ressemblait davantage à un discours de politique générale, avec la faiblesse d'être construit sur un bilan alors que par définition, ce genre d'exercice se doit de tracer une vision d'avenir. En s'attachant à faire l'inventaire de son action depuis six mois - un temps bien trop court évidemment pour engranger des résultats - François Hollande s'est placé dans la position de démontrer son obligation de moyens alors que les Français lui réclament déjà une obligation de résultat.


Très technique, le Président est descendu à un niveau qui n'est pas le sien. Tout en rétablissant l'équilibre ensuite dans les réponses aux journalistes, avec l'emploi renouvelé du "nous" et du "on" ou bien encore à travers des hommages courageux et appuyés à Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, comme à quelques-uns des locataires de Bercy comme Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, le Président a beaucoup utilisé le "je" dans son discours, jusqu'à déclarer "je suis responsable de tout". Même s'il a précisé ne pas "décider de tout" pour autant, François Hollande a donc décliné à sa façon l'omniprésidence. "Sur proposition du gouvernement, et donc de moi même" a-t-il même dit à un moment : c'est l'expression de son soutien et de sa solidarité, mais c'est aussi en creux l'expression de son autorité, de son pouvoir et de sa position centripète.

En revanche, l'exercice de questions/réponses a été très efficace. François Hollande s'est montré beaucoup plus à l'aise et beaucoup plus convaincant. Cette séquence a même été celle de quelques moments de forte densité présidentielle. La stature de chef d'État qui lui a été souvent refusée jusque-là et que le premier temps de l'exercice n'est donc pas venu lui octroyer, est en revanche une vraie conquête de ce moment de dialogue avec la presse. Chef de l'État sur le plan national, François Hollande s'est aussi affirmé comme un Chef d'État sur les questions internationales. Le ton était juste, précis et ferme.

"La reconquête de notre avenir" a dit le président pour résumer la période qui s'ouvre, comme un titre qu'il aurait voulu souffler aux journalistes pour leurs papiers de demain... En communication, le Président s'est surtout lancé dans "la reconquête de sa popularité" ...auprès des journalistes d'abord, ces relais d'opinion qui lui sussurent depuis des semaines le chant du retour sarkozyste. Sur ce point, François Hollande a des chances d'avoir remis du liant et du lien dans sa relation avec la presse et n'a plus à rougir de la maîtrise dont faisait preuve son prédécesseur.

Un passage obligé mais qui ne fera pas tout, tant les Français ne détestent rien moins que la connivence entre les politiques et les médias et tant les journalistes aiment à brûler ce qu'ils ont adoré.

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Ancien chef du service politique à BFM Radio, Frédéric Latrobe est aujourd'hui directeur associé chez Tilder, un des leaders du conseil en communication pour les Directions Générales des grandes entreprises.

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