Grandes fortunes, bon cœur

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Par Sandrine L'Herminier Publié le 2 novembre 2012 à 7h42

Une évidence : le riche n’a pas bonne presse au pays de Marianne. D’ailleurs, à écouter les Cassandre, les meilleurs de nos riches seraient prêts à quitter le pays pour aller se faire taxer ailleurs. Ce qui serait dommage pour nos entreprises, nos emplois, mais aussi pour la philanthropie.

Car, on ne le sait pas assez, les plus riches sont souvent les plus généreux…. Alors que la crise s’aiguise, sur fond d’inégalité croissante et de peur de l’autre, la philanthropie connaît chez nous un nouvel élan. Elle pose néanmoins des questions de fond qui font aujourd’hui débat dans la société. Quels sont le rôle et la place de l’aide privée (mécénat) par rapport à l’aide publique (l’Etat) ? La philanthropie pourrait-elle être un moteur pour réhabiliter la richesse en France ? Comment valoriser, développer les vertus du don (don de temps, don en nature don matériel) ?

Est-il possible de créer une culture "positive" philanthropique en incitant par exemple les patrons philanthropes à communiquer sur leurs projets, leurs actions, leurs convictions ? La place longtemps marginale de la philanthropie en France s’explique aisément : rôle de la religion, poids de l’Etat, conception spécifique de l’intérêt général, réglementation et fiscalité, pour l’essentiel.

On estime en effet qu’il y a 75 000 fondations aux Etats-Unis, contre 3 000 environ en France ! Depuis une petite dizaine d’années toutefois, la progression de la philanthropie en France est forte : +100 % en 9 ans, avec des dépenses essentiellement consacrées à la santé et l’action sociale.

C’est que la notion d’intérêt général elle-même évolue. Si, en France, l’Etat s’est présenté comme seul garant du bien commun, l’initiative privée intervient de plus en plus souvent à ses côtés, en relais et support. Dans le même temps, la richesse, ou l’extrême richesse, progresse mais est de plus en plus mal perçue par l’opinion. Les chiffres sont clairs : les 10 % les plus riches détiennent en France environ 50 % du patrimoine total.

Si certaines grandes fortunes investissent, dans l’outil de production –créateur de richesse- ou dépensent dans la philanthropie –créateur de sens et de lien social, la tendance reste encore marginale en France ou du moins peu connue du grand public. On estime que la philanthropie pèse un peu plus de 2 % du PIB aux Etats-Unis, et dix fois moins en France.

Les perspectives de développement sont réelles et la philanthropie peut contribuer à élargir les contours de la richesse en France en valorisant d’autres formes de richesses plus immatérielles (spirituelle, culturelle, humaine). Peut-être faudrait-il ajouter au mérite individuel, l’utilité sociale en incitant les patrons, traders, sportifs de haut niveau, consultants de haut vol, etc. à s’engager en recyclant une partie de leur richesse au profit du bien commun. Une idée à méditer !

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Sandrine L’Herminier est experte RSE et journaliste. Elle réalise des missions de conseil éditorial sur la démarche RSE des entreprises. Elle compte plus de 20 ans d’expérience dans le domaine de la presse écrite (Le Monde Argent, Les Echos, La Tribune). Auteur de : « Tu seras un manager responsable, mon fils ! » Editions Yves Michel. Collection Place publique. Février 2015.

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