Quelques méfaits du processus d’héritage (2/2)

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Par Denis Oulés Modifié le 6 août 2012 à 7h03

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Des systèmes financiers (ceux qui sucent l'économie productive au lieu de l’oxygéner, et qui se nourrissent de produits financiers dérivés et de CDS...) ont tout intérêt à ce processus : ils prélèvent leur part d'intérêts dans les LBO et autres montages financiers qui tentent de poursuivre l'activité productive de l'entreprise créée par le fondateur. Ils ont un intérêt évident dans ce processus d'héritage: la captation de richesses créées par un entrepreneur productif au profit d'héritiers incompétents devenant rentiers, et au détriment des besoins d'investissement dans l'appareil productif.

Hériter de valeurs portées par les gênes, de valeurs éducatives et morales a un sens positif naturel, et est producteur de liens sociaux de fraternité. En ce sens, on peut parler de civilisation, et cela peut susciter désir d'accouplement pour adhérer à la fratrie porteuse de ces valeurs...

Hériter de biens matériels et financiers à la création desquels on est étranger est à la fois source d'injustice (on n'est pas sur la même ligne de départ dans la course aux mérites) et gaspillage de ressources pour un développement "durable". On ne cesse de répéter que le mot "droit" doit être équilibré par celui "devoir": qui donc édicte et fait respecter des devoirs aux bénéficiaires d'un droit à héritage ?

Ces quelques réflexions n'expliquent elles pas la lente perte de compétitivité de l'économie productive française ? Aux USA, la fiscalité épargne les revenus de l'entrepreneur de son vivant, et favorise les donations aux universités plutôt qu'aux enfants. En Allemagne, les institutions financières des "Lander" favorisent la transmission des entreprises et donc les successions familiales en privilégiant les systèmes productifs...

Au delà, les mêmes réflexions n'expliquent elles pas les échecs d'intégration de nos immigrés ? Ceux qui viennent vers nous - généralement les plus entreprenants de leur pays d'origine - sont attirés depuis 1789 par nos valeurs républicaines (liberté, égalité, fraternité) et découvrent les profondes inégalités et injustices générées par ce sacro saint droit à héritage. Ils découvrent amèrement que leurs leurs enfants sont les premières victimes de ces inégalités.

Ne connaissons nous pas d'innombrables exemples de situations injustes entre cousins, fils de deux soeurs dont l'une a épousé un homme sans héritage (ou un immigré précité) et l'autre un homme fortuné par héritage et rentier ? Des cousins aux mérites initiaux identiques, lancés sur des trajectoires injustement inégales !

Face à la mondialisation, c'est à dire face à des acteurs qui dans des pays dits 'émergents' bousculent par leur inventivité et leur agressivité productiviste nos positions antérieurement acquises par l'inventivité de nos ancêtres, ne sommes nous pas désarmés et en position de faiblesse, avec notre état d'esprit d'héritiers confits, alors que le leur est celui de pionniers créateurs et conquérants ?

Et que dire de notre système de reproduction des élites par ce processus d'héritage sans mérite, déjà scruté il y a un demi siècle par Pierre Bourdieu, et qui n'a nullement changé depuis ? La République du mérite - que certains créateurs de jeunes entreprises appellent de leurs voeux, que nos dirigeants politiques (dument protégés par des héritiers rentiers) d'une pseudo démocratie de séduction ne théorisent guère - remettra nécessairement en cause ce "droit à héritage de biens créés par autrui" sans contrepartie de devoirs équilibrés.

Parce qu'elle s'articulera autour des mérites de chacun, elle organisera la transmission des richesses créées par l'entrepreneur créateur, au service d'une économie productive dans un développement durable...

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Avec une formation d’ingénieur complétée plus tard par des formations pour le management d’activités productives, Denis Oulés a exercé des fonctions très variées dans EDF et Gaz de France : sur le terrain en région industrielle comme en région rurale, et dans des responsabilités centrales (stratégie dans Gaz de France, développement d’activités nouvelles puis internationales dans EDF). Après des missions de détection et accompagnement de spin-offs dans les années 2000, il apporte bénévolement son réseau de contacts avec le monde de la recherche et des entreprises technologiques au service d’un territoire d’un million d’habitants: Sud Essonne et Seine-et-Marne et Nord Loiret et Yonne, appelé ‘Grand GÂTINAIS’.