Inflation : comment l’État limite la casse

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Par Clément Dubois Modifié le 29 novembre 2022 à 9h22
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44,5%La hausse réelle du prix de l'électricité

Autoroutes, essence, électricité… La France n’est pas épargnée par l’augmentation des tarifs, tous secteurs confondus. Alors que l’inflation dans la zone euro a battu en décembre dernier un record vieux de 25 ans, l’État français n’a pas mille atouts dans sa manche. Mais il joue à plein les leviers à actionner.

La revalorisation de 0,5 à 1% des intérêts sur le Livret A sera une maigre consolation pour les petits épargnants français. Si certains analystes prévoient un ralentissement de l’inflation courant 2022, le pouvoir d’achat en France et en Europe a subi de violentes estocades ces derniers mois. En décembre 2021, l’inflation dans la zone euro a même culminé à +5%, un niveau jamais atteint en 25 ans. Selon le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, l’augmentation des prix aurait toutefois atteint « son pic » en France et en Europe : « Tout en y étant très attentifs, nous pensons que les difficultés d'approvisionnement et les tensions sur l’énergie devraient progressivement décroître au long de l’année. » En attendant, les Français continuent de voir leurs factures grimper.

Autoroutes : l’État encadre bien la hausse

Et le pouvoir d’achat, les Français s’en soucient alors que la dernière ligne droite avant l’élection présidentielle d’avril se profile. Parmi les sujets mis en avant par des candidats aux antipodes les uns des autres comme Jean-Luc Mélenchon (France Insoumise) et Marine Le Pen (Rassemblement National), l’augmentation des tarifs des péages autoroutiers de 2% fait office, comme chaque année à la même période, de marronnier pour la presse. L’occasion, surtout en période électorale, de tirer à boulets rouges sur les SCA (sociétés concessionnaires d’autoroute), accusées de faire des profits sur le dos des usagers. La société civile n’est pas en reste, l’association 40 Millions d’automobilistes considérant cette hausse des prix inacceptable, « la plus forte depuis 2012 » : « Les sociétés concessionnaires d'autoroutes qui ont planifié cette augmentation des tarifs semblent avoir oublié qu’il y a trois ans, avant l’épisode Covid, la baisse des prix des péages était une des principales revendications des Gilets jaunes », s’agace Daniel Quéro, le président de l’association.

Candidats de l’opposition et associations dressent toutefois un constat biaisé, car c’est en réalité l’État qui fixe les règles du jeu concernant la hausse des tarifs des péages, et non les sociétés privées en charge de leur gestion et de leur développement. Les changements tarifaires – calculés en fonction de l’inflation et des investissements en cours – sont en effet stipulés dans les contrats liant l’État aux SCA, et strictement encadrés comme l’explique l’Autorité de régulation des transports (ART) : « Préalablement à chaque hausse annuelle, les grilles tarifaires sont soumises par les concessionnaires à l’autorité concédante (ndlr : l’État), qui s’assure de la conformité des évolutions envisagées avec les dispositions du cahier des charges annexé à la convention de concession de la société et, le cas échéant, du contrat de plan associé ». Chargée de « veiller au bon fonctionnement des tarifs de péage », l’ART a validé l’augmentation de 2% qui aurait pu être plus élevée sans les clauses tarifaires des contrats de concession qui ont joué pleinement leur rôle de garde-fou, contrairement aux harangues de M. Mélenchon ou de Mme Le Pen. Certaines SCA, conscientes du contexte économique difficile auquel font face les automobilistes, ont décidé de faire un geste significatif. C’est par exemple le cas de Vinci Autoroutes qui a pris l’initiative de ne pas augmenter le tarif des péages pour la plupart des trajets de moins de 50km et faciliter ainsi les déplacements domicile-travail. Les autoroutes sont donc plutôt épargnées par l’inflation grâce à un encadrement juridique de l’État et des hausses prévisibles de tarifs. Cela n’est pas le cas dans tous les domaines.

Essence et diesel : les prix battent tous les records

Restons au volant. Car pour pouvoir emprunter les autoroutes, encore faut-il avoir les moyens de payer son plein d’essence ou de gasoil. Le 24 janvier dernier, le litre de carburant a atteint son plus haut niveau jamais enregistré : 1,70 euro pour l’essence, 1,65 pour le diesel. Dans certaines stations parisiennes, le litre de Super sans plomb a même atteint 2 euros. Du jamais vu en France, et en Europe d’ailleurs. En cause, l’augmentation constante du prix du baril de Brent ces dernières semaines, conjuguée à celle du gaz et à la quasi-parité euro-dollar qui renchérit les approvisionnements. « Les difficultés d’approvisionnement dans certains pays producteurs de pétrole importants, comme l’Angola, le Nigeria et la Libye, combinées aux prix exceptionnellement élevés du gaz naturel, continuent de faire pression sur les prix du brut », détaille Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote.

Au début du quinquennat en 2017, le sans plomb 98 était à 1,43 euro, le diesel à 1,22 euro. Emmanuel Macron, président en campagne encore non officielle, le sait : il sera jugé sur le pouvoir d’achat. Mais il avoue aussi que ses marges de manœuvre sont minces dans le dossier des carburants : « Le gouvernement continue de travailler sur ces sujets avec les producteurs et les distributeurs, en fonction de l’évolution des cours, pour chercher des mesures pratiques. Mais il y a très peu de mesures qui ont un impact substantiel sur quelque chose qui ne dépend pas de nous et qui sont les cours mondiaux. Et si on veut le faire dans un temps utile, les instruments sont assez réduits. »

Période électorale oblige, le gouvernement était donc dans l’obligation de réagir vite pour éviter une nouvelle épreuve de force avec la rue et les Gilets jaunes, premiers impactés par les hausses des carburants. Le 25 janvier, Jean Castex a donc annoncé un changement du barème de calcul de l’indemnité kilométrique en faveur des ménages imposés déclarant leurs frais professionnels, « rehaussé de 10% ». La mesure devrait concerner quelque 2,5 millions de foyers en France. « L’effet sera rapide et direct dès leur déclaration d’impôt sur les revenus 2021 ou les bénéfices de l’année dernière, a assuré le Premier ministre. Cette revalorisation a vocation également à servir de référence, et donc potentiellement à se répercuter, sur les indemnités kilométriques directement versées par les employeurs à leurs salariés qui utilisent leur véhicule personnel. » Pour les autres, il faudra donc attendre une baisse des cours du pétrole car « il n’y aura pas de chèque carburant ou de mesure massive pour tout le monde », murmure-t-on au ministère de l’Economie. L’État, s’il met la main à la poche en fonction des crises, n’est pas encore prêt à toucher à la TVA sur les produits pétroliers.

Electricité : les prix bloqués pour éviter tout dérapage

Dans le domaine du gaz et de l’électricité, toucher à la TVA n’est pas non plus une option pour le gouvernement français. Il a donc choisi un autre levier pour limiter une augmentation qui aurait dû – si les prix avaient suivi ceux du marché – atteindre +44,5% pour l’électricité selon la Commission de régulation de l’énergie. L’option blocage des prix a dont été retenue par Bercy, limitant la hausse à 4% pour 2022 comme assuré en septembre dernier par Jean Castex lors de l’annonce du « bouclier tarifaire ». Pour les comptes publics, cette mesure d’urgence représente 8 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent environ 8 milliards pour EDF.

Malgré tout, les ménages français ont bien ressenti l’augmentation des prix de l’énergie. Et cela fait des mois que cela dure. Pour accompagner les plus précaires, l’État a choisi, en octobre dernier, d’octroyer une prime de 100 euros directement versée aux Français disposant de moins de 2000 euros nets par mois. Au total, 38 millions de Français auront été concernés par la mesure, élargie le 25 janvier dernier aux demandeurs d’emploi.

Cette politique ciblant les ménages les plus en difficulté – et non la population générale – a également été retenue dans les préconisations de la Commission de l’Union européenne. Car la flambée des prix de l’énergie depuis la fin de l’an dernier est générale. Bruxelles a donc demandé aux États membre de l’UE d’aider directement « ceux qui en ont le plus besoin » via des chèques spécifiques, rejetant le scénario d’une baisse de la TVA. « Ce qui pèse le plus sur les ménages et notamment les ménages défavorisés, c’est l’augmentation de l’énergie, assure Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur et à l’Industrie. Il y a au moins 25% de la population française qu’il faut aider, et je crois que c’est beaucoup plus efficace que de faire quelque chose d’uniforme. D’où notre recommandation, qui a été mise en œuvre notamment en France, d’avoir des chèques spécifiques. Et il faudra le faire encore vraisemblablement jusqu’à l’été. »

A l’État, maintenant, de continuer de trouver les mécanismes pour préserver le pouvoir d’achat des Français. Car le sujet, c’est une certitude, perdurera bien après le 2e tour de l’élection présidentielle le 24 avril prochain.

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