Coupe du monde, Jeux Olympiques.. Pourquoi on ne peut pas s’en passer ?

Par Vincent Chaudel Publié le 24 novembre 2014 à 15h59

Grands ou petits, locaux ou globaux, les événements culturels ou sportifs sont des catalyseurs. Ils sont catalytiques en ce qu'ils touchent une variété d'aspects, fussent-ils tangibles (transports, économie, médias, communication) ou plus émotionnels (réussite, échec, amélioration, orgueil, fierté, passion).

Les événements sportifs impactent nos communautés d'une manière qui transcende les espaces, les cultures et les croyances. Dans ce contexte, le potentiel du sport comme un catalyseur pour le changement a été bien démontré au fil des ans et documenté à la suite de grands événements sportifs comme les Jeux olympiques, la Coupe du Monde de football ou de Rugby et bientôt l'Euro de l'UEFA. Cependant, une question demeure: comment les organisateurs sportifs utilisent le potentiel d'événements sportifs au-delà des supporters? Comment matérialiser cet impact positif dans une réalité commune pour les collectivités, les citoyens, les organisateurs locaux et au-delà? Simplement: comment conduire un changement positif à travers les événements sportifs?

Le sport reste tout à fait sous-estimé et donc sous-utilisé comme un objet politique et outil au service des politiques publiques: santé, éducation, lutte contre les discriminations, etc ... Bien sûr, le sport n'est pas un remède aux problèmes sociaux profondément enracinés de nos sociétés contemporaines dans la mesure où il souffre lui-même aussi de comportements déviants (corruption, dopage, violence, etc.). Au niveau européen, il est devenu peu à peu un enjeu politique, avec l'émergence, plus de cinquante ans après le Traité de Rome, de nouvelles compétences juridiques de l'Union européenne depuis 2009.

Paradoxalement, au moment même où les instances publiques ressentent de plus en plus d'intérêt pour le sport, et en particulier dans l'organisation de manifestations sportives, l'opinion publique se retourne et contre-attaque avec des préoccupations croissantes au sujet de la légitimité et de l'intérêt d'investir et d'accueillir les grands événements sportifs. La pression sur les budgets publics combinée à la crise sociale et économique (qui se traduit dans toute l'Europe en moins de possibilités d'emploi, plus d'isolement et d'individualisme) provoque un débat sur la nécessité pour les pays candidats de dépenser des milliards d'euros pour mettre en valeur le sport d'élite pour quelques semaines.

C'est ici que les organisateurs d'évènements cherchent des réponses. Les événements facilement légitimés hier sont remis en question aujourd'hui. Cette question est souvent débattue dans des conférences internationales et continentales. City Events 2014 abordait précisément ce sujet à travers une série de table ronde les 13 et 14 novembre à Paris , réunissant les acteurs majeurs au niveau mondial, de l'industrie de l'événement sportif.

Candidater pour les grands événements sportifs est devenu une route solitaire pour beaucoup de pays et de villes. Après deux échecs, Paris doute de ses capacités à décrocher l'organisation des Jeux Olympiques, au point qu'un groupe de travail spécial ait été chargé de mener une « étude d'opportunité » pour déterminer si oui ou non la capitale française devrait préparer une soumission et si oui, pour 2024. Autre exemple, toujours du côté européen et donc dans un contexte économique contraint, l'EURO 2020 n'a suscité que le seul intérêt majeur de la Turquie et a fini par une décision sans précédent de la part de l'UEFA : organiser un tournoi dans plusieurs villes à travers l'Europe .
Dans un contexte où des coûts pharamineux pèsent sur ce type d'évènements, il apparait d'autant plus difficile d'embarquer l'opinion publique.

Aussi les événements de moindre envergure peuvent être une alternative à l'adhésion des populations locales et ramener par là-même la notion de «politique publique» et «d'intérêt général» sur le devant de la scène. A titre d'exemple, la Ville de Marseille, Capitale Européenne de la Culture en 2013, vient de recevoir le titre de Capitale Européenne du Sport 2017 . La ville phocéenne mettra en place de nombreux programmes d'éducation et de promotion du sport pour tous, en plus d'investissements dans les infrastructures.

En fin de compte, deux principes directeurs peuvent aider à répondre à la question de la façon d'exploiter le potentiel du sport pour améliorer les territoires. La première serait de s'engager avec la population locale en évitant de trop exploiter le territoire local : il semble primordial d'établir un lien citoyen avant et après l'évènement. Deuxièmement, une approche multi-gouvernance est pertinente afin de connecter toutes les parties prenantes. Après tout, attirer des événements sportifs est-il un objectif en soi ? Ou simplement un moyen au service d'objectifs sociétaux plus larges comme l'amélioration de la santé, les partenariats économiques, le développement culturel, etc ... Autant de questions auxquelles Denis Masseglia – CNOSF, Anne Hidalgo – Mairie de Paris devront trouver une réponse générant l'adhésion du plus grand nombre de parisiens, voire de franciliens, si ce n'est de français. Prochaine épisode, début 2015 !

Vincent Chaudel exerce le métier de conseil en sport business depuis 20 ans. Entre 2003 et 2018, il a été directeur communication / marketing de cabinets de consulting. En 2012, il crée l’Observatoire du Sport Business. Vice-Président du Think tank européen Sport & Citoyenneté de 2009 à 2018, il est désormais membre du Comite Sport du MEDEF et trésorier de l’Observatoire Européen du Sport Féminin.

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