La loi de finances 2016 programme un déficit de 72 milliards d’euros

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Par Janin Audas Publié le 13 octobre 2015 à 5h00
Projet Loi Finances 2016 Etat Deficit
278 milliards ?Les recettes fiscales de 2015 s'élèveront à 278 milliards d'euros.

Qui accepterait un dépassement de dépenses de plus de 20% dans son budget et qui y ferait face en s’endettant ? La France, Monsieur.

Tous les résidents français contribuent aux dépenses de l’Etat, que ce soit en payant leurs impôts directs, impôt sur le revenu et ISF, les impôts et taxes indirectes, TVA, TIPP…, ou encore les innombrables taxes ou contributions diverses. Chacun devrait donc s’intéresser au budget de l’Etat contenu dans le projet de loi de finances, le PLF dans le jargon de Bercy. Malheureusement, rien n’est fait pour rendre ce document accessible à tous. Nous vous proposons une approche simplifiée du « compte d’exploitation » de l’Etat français.

Le compte de résultat de la France

Un déficit de 24 %

On constatera que le budget 2016 devrait se solder par un déficit de 72 milliards ce qui représente une perte de 24 % des recettes. Le déficit était de près de 30% en 2014 et devrait s’établir à 25% pour 2015. Les recettes fiscales de 2015 s’élèveront à 278 milliards € contre 274 Md€ en 2014 et en 2016, les impôts devraient rapporter 286 Md€, soit une hausse des recettes fiscales de 7,8 Md€, en augmentation de 2,8 % par rapport à 2015.

Il est intéressant de noter l’importance de rendement des différents impôts : TVA 50,5%, Impôt sur le revenu 25%, Impôt sur les sociétés 12%, TIP 5,5%, et les autres impôts 7%. Après une baisse de 7,7 Md€ en 2015, les dépenses pour 2016 de 374,8 Md€ retrouveront leur niveau de 2014 et sont en augmentation de 2,3% par rapport à 2015. Ces dépenses peuvent se résumer ainsi :

« Faire des économies en dépensant plus » !

Ce sont principalement les dépenses des ministères qui augmenteront (de 5,6%), alors que les transferts aux collectivités locales baisseront de 6,4%. C’est donc une augmentation des dépenses de 7 milliards qui interviendra en 2016 ; alors que Bercy indique, dans sa présentation du PLF, que l’effort d’économie des administrations publiques sera de 16 milliards ! Cette curiosité doit être ce que Bercy appelle « une maîtrise des dépenses publiques » car les dépenses « augmentent moins vite qu’elles auraient pu ».

Avec un effectif de 1.916.276 emplois (en équivalent temps plein), le projet de budget de 2016 prévoit la création de 11.851 postes en faveur de l’enseignement (éducation et université), de 2.300 postes à la défense, de 943 à la justice, de 428 à l’intérieur et de 79 aux services du Premier ministre. Les autres ministères verront leurs effectifs diminuer de telle sorte que les effectifs 2016 n’augmentent que de 8.202 emplois (ETP).

La France est comptablement très mal gérée depuis les années 1980

En synthèse, on retiendra que le budget de l’Etat se soldera par un déficit de 73 milliards en 2015 et de 72 milliards en 2016 soit respectivement 25% et 23% des recettes de l’Etat. Fin 2016, la dette publique atteindra certainement les 2.100 milliards représentant 96,5% du Produit intérieur brut (PIB). Observons que la dette publique représente près de 7 années de recettes budgétaires (ce que l’on ne nous dit jamais !). La mesure par rapport au PIB est beaucoup moins préoccupante.

Quelle entreprise pourrait survivre avec un résultat déficitaire annuel moyen de l’ordre de 25% et à un endettement de 7 ans de chiffre d’affaires ? On peut en conclure que la France est comptablement très mal gérée et ce depuis 35 ans. En 1980, la dette publique était inférieure à 100 milliards.

Par notre bulletin de vote, nous confions les cordons de notre bourse aux élus qui prennent des décisions politiques ou sociales sans toujours avoir pleinement conscience des conséquences de leurs choix en matière budgétaire et je crains que, lorsque nos représentants votent des budgets, ils aient toujours conscience que c’est l’argent des français qu’ils dépensent. Le nombre d’hommes politiques que j’ai entendu déclarer, avec un brin de condescendance, « ne pas avoir une approche comptable du problème » est légion, y compris le la part de Présidents de la République et Chefs de Gouvernement, qu’ils soient de droit ou de gauche. Peut-être auraient-ils dû prêter un peu plus d’attention aux conséquences comptables de leurs décisions ?

En effet, aucun chef d’entreprise n’accepterait un dépassement structurel de dépenses de plus de 20% et s’endetterait chaque année un peu plus pour y faire face, sauf à aller tout droit à la faillite. Nous espérons que ces quelques lignes permettront à ceux qui souhaitent avoir une meilleure connaissance de l’utilisation de leurs impôts, de s’intéresser au budget de la France. Cette question, quelque peu ardue, est trop peu développée par les médias même si toutes ces informations sont accessibles sur le site du Gouvernement, car on ne peut pas dire qu’elles soient présentées de façon pédagogique, comme si on voulait réserver cette question aux spécialistes. Un peu plus de transparence serait bien venu.

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Commissaire aux comptes, conseil en management d'entrepriseExpert-comptable honoraireVice-président du Mouvement ETHICPrésident fondateur du cabinet 01 AUDIT ASSISTANCE

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