Après la bulle spéculative, la bulle régulative

Par Eric Delannoy Publié le 16 septembre 2013 à 4h20

Le 15 septembre 2008, la banque Lehman Brothers, l'un des acteurs majoritaires sur les marchés financiers américains et notoirement « too big to fail » déposait le bilan. Il s'en suit une réaction chaine menant à la crise des subprimes et plus généralement à la remise en cause du modèle libéral basé sur l'auto-régulation. 5 ans et de nouvelles règlementations après, quelles leçons l'économie mondiale et la finance ont elles tiré de la crise ?

Le constat est sans appel : le fonctionnement du système financier a été durablement bouleversé par les conséquences de la chute de Lehman Brothers. Mieux maitrisé et davantage encadré par une régulation internationale, le système bancaire et financier mondial est aujourd'hui plus conscient des risques systémiques à anticiper.

Pourtant, tout danger n'a pas encore été écarté ! Au niveau financier par exemple, on subit encore les effets de la crise via la question de la dette souveraine. Plus impactant à long terme, l'ensemble des règlementations n'a pas été sans générer de nouveaux risques et effets pervers :

La « bulle régulative » après la bulle spéculative !

On a basculé de l'autorégulation à l'accumulation non cohérente et pléthorique de nouvelles réglementations bancaires dont le curseur en matière de contraintes est si mal ajusté qu'il peut avoir pour conséquence d'empêcher les banques de fonctionner. C'est un risque pour l'économie réelle et son modèle de consommation actuel, qu'au final personne ne souhaite réellement remettre en cause.

« La finance serait à l'origine de tous les maux »

Cette idée, outre un risque d'image, engendre un problème de défiance généralisée vis-à-vis du secteur qui amplifie la focalisation des acteurs économiques sur une logique de court terme. Il y a risque d'effets pervers sur l'investissement et plus généralement sur la capacité de l'économie à préparer efficacement l'avenir.

La chute de Lehman a tué durablement le marché interbancaire en Europe

Provoquant le début des mesures non conventionnelles de la BCE destinées à en pallier les effets. Ces mesures durent encore et les voies de sortie ne sont toujours pas à l'ordre du jour. L'arrêt de ces mesures est pourtant nécessaire au bon fonctionnement du système financier, qui est aujourd'hui sous perfusion.

Les crises font partie de l'histoire du capitalisme. La mondialisation de la finance est encore jeune et cherche ses limites. Elle continuera à construire sa légitimité et ses fonctionnements sur les enseignements des crises successives.

Eric Delannoy, 47 ans, est vice-président de Weave. Diplômé de l'ENSAE, de Dauphine et de Science Po Paris, il a commencé sa carrière chez Cetelem avant de devenir directeur chez PricewaterhouseCoopers puis, en 2003, responsable de la business unit CRM pour le secteur finance chez IBM Business Consulting Services. Il a rejoint Weave en 2005 pour créer l’activité banque.

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