Mario Draghi, super-trouillard (1/2)

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Par Olivier Delamarche Modifié le 8 octobre 2019 à 19h51
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20La BCE compte redémarrer un programme de rachats d'actifs au rythme de 20 milliards d'euros par mois à partir de novembre 2019.

La Banque centrale européenne va bientôt « changer de main » : retour sur la dernière décision de son actuel président… et ses implications pour l’économie et les marchés.

Jusqu’au 11 septembre dernier, j’ai eu le maigre espoir qu’à défaut d’être intelligent, Mario devait être au moins malin. Mais après le 11, il y a eu le 12 et un nouvel abaissement des taux – et là, mon optimisme légendaire s’est effondré : il n’est même pas malin.

Finalement, ce n’est peut-être pas plus mal, comme cela, il n’y aura pas un trop grand contraste avec sa « successeuse »…

Le contexte

Les marchés actions sont au plus haut historique. Les taux sont pour la plupart déjà à zéro, voire en dessous. L’économie subit un léger ralentissement qui a peu de chances de se transformer en récession, nous disent les savants. Trump va signer un traité de paix avec les Chinois ce soir, demain, dans trois jours.

À chaque fois que le S&P 500 montre des signes d’essoufflement, le chômage baisse, les salaires augmentent, les impôts baissent ! L’inflation va repartir ce soir, demain ou dans trois jours. Alors quel est le problème ? Pourquoi se précipiter pour baisser les taux et reprendre un QE ?

Le mois dernier, la BCE a quand même annoncé : 1. un redémarrage du programme de rachats d’actifs au rythme de 20 Milliards d'euros par mois à partir du 1er novembre prochain ; 2. une baisse du taux sur les dépôts de 0,10 point, qui passe ainsi de -0,40 % à -0,50 % ; 3. la continuation officielle de ses programmes de rachats d’actifs et de taux négatifs aussi longtemps que son objectif d’inflation ne sera pas atteint.

Ils ont tellement peur de ne pas pouvoir enrayer la baisse des marchés quand elle sera enclenchée qu’ils essaient à tout prix d’empêcher qu’elle arrive. C’est non seulement idiot, mais surtout destructeur pour l’économie réelle.

Là où je pensais Mario Draghi plus malin, c’est surtout sur le timing. Je pense qu’il fallait attendre que les marchés baissent de 25% pour intervenir, car cela rendait légitime l’intervention par rapport à une situation « exceptionnelle, dangereuse et bien sûr totalement inattendue ».

Un voyage sans retour

Les opposants à ces mesures n’ont pas tardé à s’exprimer sur le sujet au sein même du conseil de la BCE. Le moins que l’on puisse dire est que cette décision ne fait pas l’unanimité. En intervenant trop tôt, il troque son statut de super-héros avec celui de super c… trouillard.

Cela dit, la polémique ne porte que sur le timing. Dès les premiers QE, j’ai dit que c’était un voyage sans retour. Il était donc certain que cela finirait ainsi.

Lorsque vous n’avez plus de croissance « naturelle » par l’augmentation des revenus, de la productivité, du progrès technique, de la démographie, vous avez recours à la dette – ne serait-ce que pour créer l’illusion de la croissance.

A un certain niveau aujourd’hui largement dépassé, la croissance n’est plus suffisante pour conserver son mode de vie, pour rembourser la dette et payer les intérêts. Le seul moyen pour éviter la faillite est donc la création monétaire « sans limite », dirait un idiot que je connais.

Comment cela va se terminer

Argentine, Russie, Venezuela, Zimbabwe… les conséquences de la planche à billets sont toujours les mêmes : cela se termine par de l’hyperinflation parce que la monnaie ne vaut plus rien.

Nous sommes en train d’assister à une japonisation des banques centrales. Toutes ensemble, toutes ensemble, toutes ensemble !!

Mais – et c’est en cela que Draghi n’est pas très malin – il va falloir qu’il ait un bon prétexte pour aller au-delà de ce qui est initialement permis à la BCE. Aujourd’hui, la BCE n’a pas le droit d’acheter des obligations à taux négatifs, des obligations d’entreprises mal notées, des actions et des ETF. Or, c’est précisément ce qu’elle va être amenée à faire à carnet ouvert.

Quelle est la réaction de la Bourse ? Pour l’opérateur, c’est globalement Noël avant Noël. Pas de récession. L’économie réelle, cela fait longtemps qu’il s’en fiche.

Des résultats d’entreprises fortement révisés à la baisse vont donc tomber meilleurs que prévu, tout plein de rachats d’actions sont annoncés, les taux d’intérêt sont en baisse, les banques centrales vont elles aussi acheter sur les marchés…

… Si avec ça, on ne refait pas des plus hauts, c’est à n’y rien comprendre.

La suite dès demain !

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Analyste financier et gestionnaire d’un Family Office en Suisse ; il est aussi le fondateur des Econoclastes. Riche de ses 10 années de carrière médiatique, c’est surtout un esprit libre qui ne supporte pas la paresse intellectuelle des pseudo-experts qui se contentent de passer les plats élaborés par la bien-pensance économique. Enfin un analyste pour vous expliquer ce qui se passe vraiment dans l’économie mondiale... et avec style !

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