Et si les transports publics devenaient gratuits ?

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Par Jean-Louis Sagot-Duvauroux Publié le 19 septembre 2012 à 11h16

Voilà trois ans que la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Etoile – 103 000 habitants, 12 communes, 11 lignes de bus – a institué la gratuité des transports publics. Avec des résultats qui ont dépassé toutes les espérances.

La fréquentation ? Elle a explosé, avec près de 150 % de déplacements supplémentaires. Du temps du payant, on osait à peine envisager une croissance de 2 % par an. L’environnement ? 10 % du trafic automobile évité ! Quand on sait qu’il est la source de la moitié des émissions de gaz à effet de serre, ce résultat obtenu sans coercition et en une seule mesure est loin d’être négligeable.

Les conditions de travail des conducteurs ? Débarrassés de leur fonction de receveurs, de la caisse qui va avec et des tentations qu’elle provoque, aucun ne reprendrait de bon cœur l’ancien système. Les finances publiques ? La gratuité a pu être entièrement absorbée par le "versement transport" des entreprises, un dispositif légal à la disposition des collectivités.

Mieux : du fait de l’augmentation spectaculaire de la fréquentation, l’investissement de l’agglomération par déplacement a été divisé par deux. Le pouvoir d'achat des habitants ? Augmenté d'autant. La désertification des zones rurales ? La gratuité a multiplié les va-et-vient entre le centre urbain et les villages de la périphérie dont on redécouvre les bars et les paysages.

Cependant, la modification la plus suggestive est l’engouement de la jeunesse pour une innovation qui a transformé ses habitudes. Même quand elle est désargentée, la gratuité lui donne une mobilité qu’elle a immédiatement mise à profit. En prime, elle abolit la fraude et le contrôle. Les mauvais regards, les tensions entre passagers payants et jeunes fraudeurs, la crainte du contrôleur ? Evanouis. Pour des usagers qui souvent n’ont pas de revenus propres, c’est une révolution.

Désormais, les adolescents quittent leurs cités et habitent leur agglomération. A égalité avec tous leurs concitoyens. Les dégradations et les incivilités diminuent, sans caméra ni patrouilles, et chacun note un sursaut de convivialité. Le maire d’Aubagne déclare : "aucune mesure de politique de la ville n’a eu une telle efficacité". On entend souvent l’opinion dépressive selon laquelle la politique ne pourrait rien contre l’organisation marchande de l’économie. Cette inscription de l’utopie dans le réel modifie la donne.

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Jean-Louis Sagot-Duvauroux est philosophe. Il est l’auteur avec Magali Giovannangeli, la présidente de l’agglomération, de "Voyageurs sans ticket", ouvrage qui décrit et analyse l’expérience aubagnaise. Editions Au diable Vauvert, 234 pages, 15 € 

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