Le Neuron, le drone bombardier de Dassault, enfin présenté

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Par Gérard Jouany Modifié le 21 décembre 2012 à 5h28

Il ne manquait pas un galon mercredi à Istres lors de la présentation du Neuron (prononcer Neurone). Les hauts gradés de la Délégation générale de l'armement, la DGA, avaient fait le déplacement de même que tout l'état-major de Dassault, Serge en tête suivi de très près par son fils Olivier. Les Dassaulogues y ont vu un signe du patriarche en faveur d'Olivier pour sa succession. Lui aussi - comme à l'UMP - est en balance avec un autre fils Laurent.

Mais revenons à notre Neuron. En vol, on dirait une grosse tortue ; la taille de l'engin est assez impressionnante : 12,50 mètres d’envergure – c'est un peu plus qu'un Mirage 2000. Il pèse 5 tonnes à vide ; ce sera bien plus quand deux bombes seront cachées dans la soute à munition !

Après un premier vol de 25 minutes réalisé le 1er décembre, le Neuron a tenu l'air pendant 10 minutes pour sa seconde sortie. Il s'est permis de prendre le taxiway pour venir saluer les invités, mais aucun pilote n'a ouvert la verrière pour remercier la petite foule qui l'applaudissait. Et c'est bien normal puisque Neuron est un drone c'est à dire un avion sans pilote. Son vol était quand même contrôlé d'un abri en bout de piste par deux pilotes d'essais . Leur rôle est simple, ils mettent en route manuellement l'appareil, ils l'alignent sur la piste et la décollent grâce à un joy stick. A partir de ce moment là, le Neuron est en mode automatique, il va sur l'objectif qui lui a été désigné.

Chez Dassault, on insiste beaucoup sur le côté européen de ce programme puisqu'autour de l'avionneur français on trouve des ingénieurs suédois, suisses, italiens, espagnols et grecs. Selon Charles Edelstenne, le patron de Dassault Aviation, qui laissera son fauteuil le 8 janvier prochain atteint par le couperet de la limite d'âge à 75 ans, le programme ira à terme malgré la présence des 3 derniers pays en grande difficulté économique. Deux ans d'essais sont prévus avec évidemment les premiers lâchers de bombes sur objectif. L'idée des Français de faire entrer dans le team Dassault la Grande-Bretagne, ce qui donnerait du poids à l'alliance sachant qu'EADS fait également voler des drones qui sont achetés aux Américains ou aux Israëliens. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, va devoir choisir prochainement entre les 2 projets. À l'évidence ce choix ne sera pas facile.

Pour Charles Edelstenne, son bilan à la tête de Dassault Aviation peut être qualifié de bon. Il a fait de Dassault une grosse PME qui dégage 10% de marge, ce qui est exceptionnel dans un secteur compliqué. Il n'aura cependant jamais réussi à vendre le fameux Rafale à l'étranger, ce sera peut-être pour son successeur Eric Trapier, l'ancien directeur général international de la société qui connaît bien la chose militaire. On sait que l'Inde est en train de discuter l'achat de 126 Rafale. Il s'agit de négociations exclusives, les Indiens ayant dit non aux avions américains, au Typhoon d'EADS et au Gripen suédois. Eric Trapier nous a déclaré que l'équipe était chaque jour en train de négocier les derniers détails avec les responsables indiens. « Nous devrions conclure en 2013, j'en suis persuadé ». Nous verrons s'il a raison, mais ce serait un vrai coup de tonnerre dans le lanterneau aéronautique.

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Gérard JOUANY est actuellement consultant spécialisé dans l'automobile, l'aéronautique et l'espace. Il intervient très régulièrement sur France 24 et dans de nombreux colloques. Auparavant,il est passé par Europe 1, la Cinq et BFM. Avec micro et camera, il s'engage dans ses secteurs de prédilection, en participant à de nombreux Paris Dakar ; il a traversé l'Atlantique une première fois en avion de tourisme et une second en hélicoptère ; il a aussi fait un vol en apesanteur dans un avion du Centre National d'études spatiales. Gérard Jouany collabore également au magazine Couleurs Jazz, encore une de ses passions !  

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