Le nucléaire conservera son rôle de pilier de notre souveraineté énergétique

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Par Stéphane Piednoir Publié le 1 octobre 2022 à 8h05
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Les Français découvrent avec stupéfaction à quel point leur souveraineté énergétique, patiemment construite depuis les années 1960, a été bradée sur l’autel d’arrangements politiciens successifs. La crise que nous traversons agit ainsi comme le révélateur d’une triste évidence : nous sommes entrés de plein fouet dans l’« écolocène ». En effet, la liste est longue des décisions, plus dogmatiques les unes que les autres et aux conséquences désastreuses, prises par quelques ayatollahs de l’écologisme qui nous ont entraînés dans les abysses d’une lutte aveugle entièrement dirigée contre le nucléaire, considérant sans doute qu’il n’y a pas de désamour mais seulement des preuves de désamour.

Dans l’histoire de ce grand saccage, le point de bascule se situe en 1997, lorsque le parti socialiste pactise avec une partie des écologistes pour favoriser la victoire de la gauche plurielle aux élections législatives. Rappelons que le deal consistait à fermer sans délai la centrale Superphénix de Creys Malville, alors pionnière sur la technologie des réacteurs à neutrons rapides. En assurant l’abondance du combustible grâce aux 300.000 tonnes d’uranium appauvri et en réduisant la production de déchets ultimes, la promesse d’un nucléaire durable était à portée de main. Il faut bien reconnaître un minimum de clairvoyance à ceux qui avaient compris que cette nouvelle génération de réacteurs assurait ni plus ni moins l’avenir du nucléaire … et qu’il était donc urgent de la tuer dans l’œuf ! Cette filière sera relancée par Jacques Chirac en 2006 et Nicolas Sarkozy en 2010 avec le programme ASTRID, confié au Commissariat à l’énergie atomique, et abandonnée par Emmanuel Macron au cœur de l’été 2019 pour satisfaire aux caprices de l’éphémère ministre Nicolas Hulot.

La loi de transition énergétique pour une croissance verte, votée en 2015 sous la présidence de François Hollande, est une autre illustration de cette schizophrénie bien française consistant à saborder son leadership dans un secteur industriel stratégique. Derrière ce nom flatteur se cache notamment l’objectif de réduire d’un tiers la part d’électricité d’origine nucléaire dans notre pays, avec pour corollaire la fermeture de 20 réacteurs en l’espace de seulement 10 ans. Une pure illusion démagogique, calquée sur la programmation énergétique de nos voisins allemands ! Quand la politique consiste à se mesurer à ses petits copains dans un jeu de cour d’école, il ne faut pas s’étonner de résultats d’une telle stupidité.

Dernier exemple en date, la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim illustre à merveille la folie avec laquelle on nous demande de nous accommoder : se priver de 1800 MW d’un parc en état de fonctionnement attesté par l’Autorité de sûreté nucléaire, pour mieux rouvrir nos centrales à charbon que l’on croyait à jamais les vestiges de temps anciens et devoir importer de l’électricité fortement carbonée produite essentiellement en Allemagne. La lutte contre les émissions de CO2 en prend pour son grade.

Tout cela est l’œuvre du logiciel binaire des écolos-radicaux français qui se singularise par son inadaptation au monde réel et son absence totale de considération des forces et faiblesses de notre pays. Plaider pour un scénario 100% ENR, c’est fantasmer sur de nouvelles capacités hydro-électriques qui n’existent quasiment pas, sur un potentiel photovoltaïque comparable à celui du Maroc ou de l’Espagne, ou encore sur une couverture éolienne recouvrant une bonne partie de nos campagnes. Par définition, notre mix énergétique doit être équilibré, et d’ailleurs personne ne réclame a contrario un scénario 100% nucléaire !

Soyons lucides : durant les prochaines années nous serons inévitablement confrontés à des délestages voire des black-out sur notre réseau électrique. Les responsables de cette situation, tellement éloignée des standards attendus, devraient avoir la décence de présenter leurs excuses pour avoir confondu leur délire fantasmagorique avec l’intérêt général de leurs concitoyens et les véritables enjeux écologiques. Si chacun est théoriquement comptable de ses actes, de nombreux responsables politiques devront plaider coupables dans le procès en incompétence qu’il faudra bien ouvrir un jour et ne surtout pas solliciter l’indulgence de l’opinion publique qui n’a que trop duré. Les récents changements de discours de la Macronie sont symptomatiques d’une absence totale de ligne politique qui augure mal de la capacité de l’exécutif à prendre enfin les bonnes décisions.

Un double défi s’impose à nous : restaurer la souveraineté énergétique sur les bases du plan Messmer de 1974 et atténuer le dérèglement climatique en diminuant nos émissions de gaz à effet de serre. Comme le concèdent désormais les experts du GIEC, le nucléaire fera partie de la solution. À l’exception notable de Brice Lalonde, ancien ministre de la transition écologique qui prône désormais le développement raisonné du nucléaire, le temps de la repentance ne semble pas encore venu pour les fossoyeurs de l’atome qui n’ont eu de cesse, depuis 25 ans, de mener un intense « nucléaire bashing ». Il ne faut pas s’étonner que les cohortes d’étudiants se soient détournées de toutes les formations de la filière, comme l’a très bien exprimé le patron d’EDF Jean-Bernard Lévy dans son récent constat à la fois lucide et acide, n'en déplaise à Emmanuel Macron !

L’enjeu est aujourd’hui de sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes et de structurer une vision pour les prochaines décennies. Cela se construit sur le temps long et non sur des injonctions de décroissance à court terme. Ainsi, le prochain projet de loi sur les énergies renouvelables doit impérativement être accompagné d’un plan structurel concernant notre réseau de centrales nucléaires, en dépassant le stade des annonces formelles.

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Stéphane Piednoir est sénateur depuis 2017, membre du groupe d’Études "Énergie" au Sénat et membre de l'Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST). A ce titre, il a rendu deux importants rapports ; l'un sur les scénarios technologiques permettant l'arrêt de commercialisation des véhicules thermiques en 2040 (2018), l'autre sur le nucléaire du futur et les conséquences de l'abandon du projet de réacteur de 4e génération "Astrid" (2021).

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