Le numérique, une priorité stratégique pour l’Europe

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Par Benoît Thieulin Publié le 16 septembre 2013 à 19h49

Il est urgent que le numérique et les transformations qu'il induit soient considérés comme des leviers de compétitivité pour la France et l'Europe.

Aujourd'hui, le numérique représente un potentiel de croissance et de renouvellement économiques sans précédent, et l'absence d'une politique industrielle ambitieuse pour le numérique coûte cher.

Depuis 2007, la France n'a pas progressé dans le classement en matière d'avancement dans l'économie numérique

Elle arrive en vingtième place, loin derrière le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Etats-Unis. Pourtant, nombre de rapports soulignent ce potentiel endormi. Quand l'Inspection générale des finances, dans un rapport de 2012 sur le soutien à l'économie numérique et à l'innovation, évalue à 900 000 emplois le potentiel du numérique en France et un quart de la croissance, une récente étude de la Commission européenne montre que l'économie des applications – app economy- est un marché en plein boom, qui contribue à 22% de la production mondiale actuelle et représente près de 800 000 emplois.

Face à ce déficit de compétitivité, des efforts ont été réalisés. Cependant les actions récemment entreprises pourraient gagner en ambition, et a fortiori, en efficacité. Ainsi lors de sa concertation sur la fiscalité du numérique, le Conseil national du numérique a identifié des leviers d'action pour aider au déploiement d'une stratégie industrielle numérique, à l'échelle de la France et de l'Union européenne, dont les objectifs de l'agenda numérique pour 2020 s'essoufflent à mesure que le renouvellement de la Commission se rapproche.

La simple lecture de l'agenda numérique de la Commissaire chargé de la société numérique, qui a récemment changé sa position en matière de régulation des télécoms, laisse à penser que les enjeux ne sont compris dans leur intégralité au niveau européen. C'est donc aujourd'hui aux décideurs publics et privés de prendre la mesure de la priorité stratégique que représente la promotion du numérique comme un facteur de compétitivité économique et de productivité industrielle.

Ainsi, dans l'avis et le rapport que le Conseil a remis au gouvernement en septembre 2012, il est recommandé de porter un discours de soutien au numérique qui soit traduit dans les faits par des mesures permettant d'accélérer la transformation numérique auprès des entreprises, des acteurs publics et des citoyens.

La bonne volonté des start-up ne peut pas suffire

De nombreuses études et les récents travaux de Mariana Mazzucato ont bien montré à quel point le rôle de la puissance publique était important pour développer un écosystème d'innovation. Il faut donc renouveler des notions clefs afin qu'elles soient adaptées aux activités numériques. Par exemple, l'élargissement de la notion d'innovation des seules activités de recherche et développement technologiques, éligibles au crédit impôt recherche aux activités d'innovation de services, de design, de marketing est un changement à opérer pour mieux soutenir les entrepreneurs du numérique et inciter à l'invention de nouveaux outils.

Le numérique européen ne pourra naître sans un arsenal opérant d'aides à l'internationalisation, à l'innovation et à la prise de risques. Le prochain Conseil européen d'octobre sera consacré au numérique. C'est un signal fort qui correspond à l'application de nos recommandations. Il appartient désormais aux chefs d'Etats de se saisir de ces priorités pour définir ensemble une gouvernance européenne du numérique, afin de coordonner politiques fiscale, économique et industrielle et donner à l'Europe sa place dans les négociations internationales autour du numérique.

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Benoît Thieulin est le fondateur et directeur de l'agence digitale La Netscouade.Spécialiste du web social, Benoît est un observateur et un acteur de la révolution digitale depuis le milieu des années 90. Convaincu qu'Internet est à l'origine d'un changement profond de "civilisation", il s'intéresse en particulier aux phénomènes d'empowerment provoqués par la révolution numérique et aux dispositifs innovants qu'ils permettent, que ce soit pour des entreprises, des marques, des institutions, des ONGs, des médias... Il a ainsi conçu les premières plates-formes participatives et communautaires en France.

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