Grèce, Prix Nobel : jusqu’ici, tout va bien…

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Par Thierry Le Gueut Publié le 12 octobre 2012 à 21h05

Ce matin, dés l’aube, à l’heure ou je rejoignais RTL et ma tartine (encore) beurrée, l’annonce de la remise du Prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne a failli engendrer une nouvelle victime collatérale de cette merveilleuse construction, par un étouffement lié à la crise de rire mélangé à une évidente indignation.

On peine à croire que cette vénérable institution ait pu, dans un moment aussi conflictuel que la crise économique génère, dans une période ou s’exacerbent les tensions civiles, dans ce temps ou la démocratie vacille sur ses bases, à commencer par le lieu ou à elle a été créée, oui, on peine à croire à une telle hérésie. Et pourtant, il convenait, semblet-il, à ce moment précis, d’accorder un satisfecit aux dirigeants de l’Union, et à ses regrettés pères fondateurs.

Dut-on en oublier les peuples constitutifs de cette dite "Union". A commencer, donc, par le peuple grec.

Certes, l’Etat grec, n’est guère plus peuplé que l’Ile-de-France, et dispose d’un PIB annuel équivalent à celui des Hauts de Seine. Certes, l’Etat grec n’a eu dans sa longue histoire d’Etat que le nom, tant se sont toujours entremêlés intérêts personnels, clans familiaux, oligarchies héréditaires, et armateurs dérogataires au droit commun. Entre autres. Certes, l’Etat grec a accepté de renoncer, sur recommandation insistante des Etats Unis, contrairement à nombre d’autres nations européennes, aux dommages causés par l’armée allemande dans la funeste période de l’Occupation. Sans en être comptable, les dirigeants actuels de la Grèce en sont, de fait, les héritiers. Certes, encore, la comptabilité n’a pas été, en Grèce un produit rigoureux d’importation….

Pour autant, on reste confondu de ce prix décerné par les Sages d’Oslo. Sans doute, font ils référence à l’absence de guerre sur le continent européen, depuis six décennies(!), puisqu’on vient d’entendre cette ânerie sur un grand media radiophonique, alors que l’Union européenne n’a rien à voir avec la CECA, la CED ou la défunte CEE. On peinera à penser qu’ils aient omis la guerre fratricide dans l’ex-Yougoslavie, mais sans doute Croatie, Serbie, Bosnie, et Kosovo…ne font ils pas partie de l’Europe. Péché véniel, sans doute, ils n’ étaient pas inclus à la sacro sainte Union.


Au delà de cet affront, indirect, aux Balkans, on n’arrive pas bien à comprendre ce qu’il en advient de la Paix civile. Et de quelles réussites, au moment ou ce Prix est attribué, la dite Union peut se vanter. Haine montante entre les peuples allemands et grecs, confusion entre la Hongrie et la Roumanie (voire la Bulgarie) , animosité renforcée entre Flamands et Wallons, insolubilité de la très longue crise chypriote, montée des distorsions communautaires en Espagne, (sans oublier l’Italie), et last but not least, mise en coupe réglée de la Grèce, réduite à un mépris, couplé de vassalisation, comme on ne l’avait pas vu depuis…6 décennies.

Je ne partage pas les avis de Panagiotis Grigoriou sur nombre de sujets. Son appartenance à gauche radicale grecque m’éloigne, à priori, de ses présupposés. Pour autant, je ne suis pas dans une bulle, et je lis ce qu’il écrit. Dans son remarquable blog « Greek crisis », il y décrit la vie quotidienne des grecs. Un pays au bord de la rupture, une désespérance sociale, un retour à la terre, dans les campagnes, forcé, et un exil provoqué vers des contrées sinon lointaines, du moins accueillantes. Et un parti néonazi en très forte progression, sans doute l’hommage que le vice rend à la vertu.


Sans doute, par les bienfaits de l’Union Européenne, est il naturel qu’à marche forcée d’austérité, devenue insoutenable, l’Ordre des chirurgiens dentistes grecs a-t-il comptabilisé la migration de 1000 d’entre eux. Admettons. Chacun, pour peu qu’il s’informe, sait qu’il devient difficile de Athènes à Patras en passant par Salonique de trouver des médicaments pour se soigner, d’abord parce que les pharmacies n’en disposent plus, et qu’accessoirement les laboratoires ne veulent plus en vendre à la Grèce, pour cause de défaillance présumée des paiements. Admettons. Encore un raté. La machine mise en place et qui fait pleurer Jacques Delors se grippe. On restera plus perplexe sur le projet de déplacer, de force, les habitants des ilots de la Mer Egée, pour peu que ces ilots n’abritent pas plus de 150 habitants. Pourquoi ? Parce que ça coute trop cher à l’Etat grec. Et on pourrait continuer comme ça longtemps.

On admirera par ailleurs ce conditionnement d’une aide de 30 milliards d’euros à un nouveau plan d’économies de 13 milliards. Rappelons tout de même que c’est le cinquième, et que le pays est déjà exsangue.

Donc, on reste confondu devant tant de nombrilisme satisfait, et de tant de gâchis vécus. On ne sait trop bien qui réceptionnera ce Prix Nobel. Le charismatique Van Rompuy ou la tres pertinente Madame Ashdown, dont le pays d’origine a tellement contribué à la construction de l’union des peuples européens. La vraie.

On espérera, du moins, que cette personne, toute honte bue, tienne sa légitimité du suffrage universel.Ca serait déjà ça. Par les temps qui courent cela ne sera pas facile à trouver.

Mais puisqu’on vous le dit, la Paix règne et est récompensée sur le territoire européen.

Jusqu’ici, tout va bien.

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Thierry Le Gueut, vieux routier des médias (20 ans notamment au journal Le Monde) a été dans le civil dirigeant d'un club amateur pendant 17 ans, et est supporter de l'AS Saint Etienne et du Football Club de Rouen.

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