Les profiteurs d’un Hard Brexit

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Par Nick Hubble Publié le 6 octobre 2018 à 7h04
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Comment les Anglais pourraient se payer du fromage et du vin français sur le dos des contribuables Allemands ? Le scénario d’un « hard Brexit », qui semble de plus en plus probable, pourrait se révéler être un moyen astucieux pour les Anglais de faire payer aux contribuables allemands leurs importations de vins et fromage français.

Chaque semaine qui passe, la perspective d’un compromis entre l’Union européenne et le Royaume-Uni semble s’éloigner. Les négociations sont toujours au point mort après les dernières propositions de Theresa May, dont le seul effet aura été d’entrainer la démission de Boris Johnson et de David Davis.

A présent, Theresa May souhaiterait que les relations commerciales extérieures du Royaume-Uni soient organisées conformément aux règles de l’OMC, après une renégociation de ces dernières, plutôt que de signer un accord directement avec Bruxelles. Si le Royaume-Uni réussit à mettre en place des règles commerciales raisonnables avec le reste du monde, alors les règles devraient être les mêmes avec l’UE. Pourquoi le Royaume-Uni devrait-il avoir une politique différente vis-à-vis des pays membres de l’UE ?

Nous allons revenir à cela, mais d’abord, laissez-moi continuer sur une note plus personnelle. La contrebande à la frontière entre l’EU et le Royaume-Uni devrait devenir un business fleurissant au cours des prochaines années. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que j’envisage de tirer des revenus importants de mes activités de contrebande dans les années qui suivront le Brexit.

Etant donné les subventions européennes généreuses dont bénéficie l’agriculture française, mon plan consistait jusqu’à présent à charger un canoë de fromage et de vin français artificiellement bon marché, puis à traverser la manche depuis Dunkerque jusqu’à Douvres. Cependant, il semble que l’Irlande présente maintenant un terrain encore plus profitable tellement le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, pousse au développement du commerce de contrebande à cette frontière.

Le Premier ministre irlandais a déclaré officiellement qu’en cas de « hard Brexit », les avions civils anglais ne seraient plus autorisés à voler dans l’espace aérien irlandais. Le gouvernement irlandais menace également de mettre en place à la frontière des contrôles draconiens par les services vétérinaires. Ceci nous ouvre une opportunité dont je n’aurais même pas osé rêver dans le domaine de la contrebande des animaux de compagnies et de voyageurs.

Si vous êtes l’heureux propriétaire d’un cheval de course à Belfast et que vous souhaitez le faire concourir à Limerick l’an prochain, mais que vous ne souhaitez pas payer le coût ni endurer les tracas administratifs nécessaires pour obtenir l’autorisation de lui faire passer la frontière, merci de me contacter. Le Premier ministre a également exprimé ses craintes concernant le risque d’embouteillages sur le périphérique londonien en raison des camions cherchant à passer les futurs contrôles à la frontière vers le continent européen.

Personne ne peut sérieusement penser que Mr Varadkar se préoccupe réellement des conditions de circulation des Londoniens. A mon avis, il cherche plutôt à mettre en avant la nécessité urgente de créer un passage plus rapide, efficace et peu couteux. Par exemple, en passant clandestinement la frontière en dehors du champ de vision des caméras de vidéosurveillance. Il s’agit là d’une méthode rapide, efficace et vous ne payerez aucune taxe douanière. En Moldavie, il existe une forte concentration de Land Rovers à la frontière pour faciliter ce genre de choses. Là-bas, il est considéré comme parfaitement normal de faire entrer clandestinement des produits tels que les cigarettes. Tout le monde est gagnant.

Mais cela pourrait bientôt changer. Au cours de mon dernier voyage en Moldavie, les contrebandiers étaient indignés par la politique commerciale impérialiste de l’Union européenne. Leur gagne-pain est en effet menacé par l’accord de libre-échange en cours de négociation avec la Moldavie. Dans le cas où l’UE chercherait à construire un mur à la frontière entre l’Irlande du nord et le Royaume-Uni, nous n’aurions qu’à creuser un tunnel en-dessous.

Creuser un tunnel nous permettrait également de minimiser l’utilisation de l’espace aérien, contournant ainsi l’un des problèmes principaux invoqués par Mr Varadkar : « Vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Vous ne pouvez pas vouloir reprendre le contrôle de votre espace maritime et ensuite espérer pouvoir continuer à utiliser notre espace aérien ».

Les craintes de Mr Varadkar concernant le risque d’engorgement du port de Rotterdam sont également très exagérées. Les ports adorent faire payer à leurs usagers des frais les plus élevés possible. C’est au coeur même de leur business model. Seule la concurrence des contrebandiers tels que moi les freinera. La contrebande est une solution évidente. L’interdépendance économique et les échanges commerciaux gagnant-gagnant favorisent des relations pacifiques entre les individus, même lorsque leurs gouvernements s’en mêlent.

Pour le moment, je pense que le scénario d’un hard Brexit reste peu probable. La contrebande ne sera donc probablement pas une activité plus lucrative que d’aller simplement faire des achats dans les magasins en duty free. Mais si vous vous inquiétez d’un hard Brexit, voici quel est le signal que vous devez surveiller et qui pourrait vous permettre d’empocher facilement de jolis profits.

La veille de l’annonce de la mise en place de l’embargo contre Cuba, le porte-parole de John F. Kennedy, Pierre Salinger, a acheté plus de 1 200 cigares cubains Upmann. Si vous aviez eu cette information, vous auriez pu en déduire facilement que quelque chose d’important se préparait. Vous auriez pu vous faire une fortune en achetant les derniers cigares disponibles.

Alors si vous voyez Michel Barnier [responsable du groupe de travail de la Commission chargé de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni, NDT] acheter en masse des stocks de whisky écossais Glenfiddich, ou si vous remarquez que les gardes du corps de Theresa May se bouchent le nez comme si elle sentait le fromage, ou si vous apprenez que Leo Varadkar réalise des investissements immobiliers à la frontière de l’Irlande du nord, c’est que quelque chose d’important se prépare. Si cela arrive, achetez du fromage et du vin français.

Un Brexit alternatif

Owen Paterson, député conservateur pro Brexit, a expliqué sur la chaine Sky News pourquoi la perspective d’un « hard Brexit » ne représente pas une menace pour le Royaume-Uni, mais au contraire une opportunité.

De nombreux Britanniques travaillent dans des secteurs d’activité qui dépendent des exportations vers l’Union européenne. Ces derniers seraient certainement fragilisés si l’Union européenne décidait de rétablir des taxes douanières avec le Royaume-Uni. Le même problème se pose pour les entreprises européennes qui exportent vers le Royaume-Uni et qui craignent que ce dernier ne rétablisse des taxes douanières.

Mais la question qui se pose est la suivante : pourquoi le Royaume-Uni aurait-il intérêt à imposer des taxes douanières sur des produits européens qui en étaient jusqu’à présent exemptés ?

Plusieurs arguments permettent de démontrer que c’est tout le contraire.

Premièrement, si les taxes à l’import bénéficient à une poignée d’entreprises, elles pénalisent l’ensemble des consommateurs britanniques qui devront faire face à une hausse des prix.

Les Anglais devraient au contraire permettre aux marchandises européennes subventionnées d’être vendues librement sur le marché britannique. Les consommateurs bénéficieront ainsi de produits tels que les fromages et les vins français à des prix réduits grâce aux subventions agricoles européennes (que les Anglais n’auront même plus à financer puisqu’ils seront en dehors de l’UE).

Imaginez, les contribuables allemands subventionneraient les repas à la française des consommateurs britanniques !

Comme M. Paterson l’a souligné, si le Royaume-Uni optait pour un hard Brexit et décidait de réduire ou de supprimer ces barrières douanières dans le cadre de l’OMC, l’économie anglaise pourrait s’ouvrir au commerce à l’échelle mondiale, au lieu d’être limité à l’Union européenne.

Le Royaume-Uni échapperait aux barrières douanières imposées par l’UE sur les produits américains et australiens. Les consommateurs anglais bénéficieraient ainsi d’une baisse des prix et d’une plus grande variété de produits. Tout cela me semble plutôt positif…

Les partisans des droits de douane mettent en avant la nécessité de protéger certains secteurs d’activité dans le contexte actuel de guerre commerciale. Mais cet argument ne semble pas s’appliquer dans le cas des relations commerciales avec l’UE. Aucune guerre commerciale n’est actuellement menée contre l’UE et le Royaume-Uni n’a pas intérêt à déclencher un tel conflit.

Le libre-échange est de toute évidence l’option la plus logique sur le plan économique. Mais la politique veut autrement. L’UE ne permettrait jamais que les échanges se développent librement avec un pays décidant de quitter l’union. Elle n’hésitera donc pas à déclencher une guerre commerciale contre le Royaume-Uni.

C’est peut-être précisément la raison pour laquelle le Royaume-Uni devrait adopter unilatéralement une politique de libre-échange. Si le Royaume-Uni décidait d’abolir les taxes et contrôles douaniers aux frontières avec l’Europe, l’UE n’aurait plus d’excuses pour défendre ses politiques hostiles.

En cas de problèmes, seuls la politique et les lubies de l’UE pourraient être tenues pour responsables, et non le Royaume-Uni. Pourquoi un pays aurait-il besoin de mettre en place un accord commercial s’il peut simplement libérer unilatéralement les échanges commerciaux ?

Et si jamais l’UE décide d’appliquer des taxes douanières à grande échelle sur les produits anglais, alors ma société de contrebande s’engage à apporter son aide aux industries Britanniques en acheminant clandestinement leurs produits en Europe.

Pour plus d’informations et de conseils, c’est ici et c’est gratuit

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Diplômé de la prestigieuse université Bond en Finance, Economie et Droit, Nick Hubble est aujourd'hui chroniqueur pour différentes publications financières en ligne telles que "The Daily Reckoning Australia" et "The Money Life Letter".

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