Réseau de bus de Riyad : la RATP ouvre la voie en Arabie saoudite

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Par Adrien Desjardins Modifié le 29 novembre 2022 à 10h07

Après deux ans de négociations, les 19 et 20 novembre derniers, Pierre Mongin, PDG de la RATP, était en voyage en Arabie saoudite afin d’y signer un contrat pour l’exploitation de réseaux de bus dans la capitale, Riyad. Un contrat de 1,675 milliard d’euros à la hauteur des ambitions de la filière dans la région.

Pierre Mongin signe le plus gros contrat d’exploitation de bus de la RATP

C’est la première fois qu’une mégalopole confie à une entreprise la création de son réseau de bus de A à Z. Autant dire qu’il faudra beaucoup de travail à la RATP Dev pour arriver à la mise en circulation des 1 000 véhicules qui devront composer la centaine de lignes de bus à créer (dont 24 principales), elle-même supposée venir mailler la capitale de 5,7 millions d’habitants. La RATP Dev se donne 36 mois pour construire du début à la fin ce réseau et 12 ans pour finir définitivement les travaux. Climatisation et Wi-fi seront par ailleurs au programme. In fine, 4 200 salariés, dont 3 200 conducteurs, animeront ce réseau qui devrait accueillir 120 millions de passagers par an.

« Les Saoudiens m’ont exprimé de nombreux signes de sympathie », s’est réjoui Pierre Mongin, avant de préciser que c’est le « plus important contrat de la petite histoire de la RATP Dev », pour lequel la filiale internationale de l’entreprise publique s’est alliée à Saptco (Saudi Public Transport Company). Sa partenaire locale, également entreprise leader du transport public en Arabie saoudite depuis 40 ans et créatrice de la première liaison interurbaine d’Arabie saoudite en 1979, travaille avec la RATP Dev depuis 4 ans et gère d’ores et déjà 3 500 bus dans le royaume. Rien ne semble être laissé au hasard alors même que les enjeux du développement des transports publics en Arabie saoudite sont bien plus vastes qu’on ne pourrait l’imaginer.

Pollution, embouteillages et rajeunissement de la population

À Riyad, alors que l’eau minérale coûte plus cher que l’essence et qu’il suffit de 4 euros pour faire le plein d’une voiture, les véhicules personnels sont des milliers à sillonner les rues de la capitale, au grand damne des autorités saoudiennes. Le pays, qui utilise aujourd’hui le quart du pétrole qu’il produit, s’est ainsi lancé dans un vaste programme de développement des transports publics afin d’économiser de l’énergie, réduire la pollution et faire face aux embouteillages, mais pas seulement.

Les grandes villes saoudiennes – Riyad, mais aussi Dammam, Djeddah, Médine et La Mecque – sont confrontées à des évolutions démographiques importantes. Aujourd’hui, 65 % de la population saoudienne a moins de 25 ans et ce chiffre est voué à augmenter. Des millions de jeunes qui n’ont pas forcément le permis et qui constituent une manne de clients importante pour les opérateurs des transporteurs publics. Autres bénéficiaires de l’apparition d’un réseau de bus dans la capitale : les femmes. Rappelons qu’elles n’ont pas l’autorisation de conduire dans le royaume. La création d’un réseau de bus représente pour elles une possibilité supplémentaire de déplacement par rapport à la situation actuelle et ce n’est pas négligeable.

Finalement, la croissance démographique du royaume fait du développement des transports publics une nécessité. La population du royaume augmente de 4 % par an et rien qu’à Riyad, 8,3 millions d’habitants sont attendus d’ici à 2030. Des millions de Saoudiens qui ne pourront pas tous se déplacer en voiture et pour lesquels il est urgent de combler le manque de transports dont souffre l’Arabie saoudite aujourd’hui.

L’Arabie saoudite : une mine d’or pour les transports publics

Le royaume, et plus largement toute la région du Golfe, investi ainsi dans des programmes d’infrastructures de transports depuis une dizaine d’années. « L’ensemble des pays du Golfe s’est lancé dans une phase massive d’équipements en transports publics et ferroviaires. Dans la région, 300 milliards de dollars sont aujourd’hui investis dans des projets pour créer 33 000 km de voies ferrées et 3 000 km de métro. Ce niveau d’investissement représente dix fois le Grand Paris », précise Bertrand Mouly-Aigrot, expert du cabinet Archery Strategy Consulting. L’Arabie saoudite constitue aujourd’hui une véritable fenêtre d’opportunité, que la RATP a entrouverte aux acteurs français de la filière avec ce contrat.

L’entreprise publique, qui vise 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le monde en 2020, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et s’intéresse désormais au métro de la ville de Riyad qui devrait bientôt lancer un appel d’offres. Six lignes sur 175 km de rails à construire d’ici 2019 et 17 milliards d’euros à la clé. « Cela fait longtemps que l’on s’est investi ici (…) Comme nous l’avions fait en Algérie, il faut savoir travailler dans la durée. Exploiter les bus et le métro en même temps aurait du sens, car nous offrons le modèle de Paris », précise Pierre Mongin.

La concurrence sera rude, la SNCF et Alstom étant eux aussi intéressés par ce contrat lucratif. La RATP Dev dispose cependant d’une longueur d’avance alors même qu’elle présente également sa candidature à l’appel d’offres pour la gestion du métro de Doha en consortium avec Keolis. Une seule chose est sûre aujourd’hui : les transports publics sont promis à un bel avenir dans la région et le rayonnement français dans le secteur semble d’ores et déjà assuré.

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Longtemps analyste buy-side au sein d'un cabinet international, je travaille aujourd'hui à mon compte en tant que chargé d'études financières. J'aime aussi donner mon avis sur des sujets d'actualité plus macro.

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