Retraite-chapeau de Gérard Mestrallet, beaucoup de bruit pour rien

Par Alain Santerre Modifié le 29 novembre 2022 à 10h08

En apprenant le montant de la « retraite-chapeau » du PDG de GDF Suez Gérard Mestrallet, les syndicats, c’est leur rôle, ont levé le bouclier, sont montés au créneau. Ce champ lexical médiéval trahit une réaction un peu vieillotte de la CGT et des autres centrales. Comme si leur logique contestataire répondait davantage à un réflexe enfoui en elles depuis des temps immémoriaux, et réactivé à la première occasion, qu’à une analyse circonstanciée. Un rapide examen de la situation montre en effet que la rente de Mestrallet n’a rien d’outrancier, tout de légitime.

Retraite-chapeau oui, mais pas obtenue d’un coup de baguette magique…

« Hors de l’entendement ». C’est ainsi que la CGT a qualifié la retraite-chapeau du PDG de GDF Suez, dont le mandat s’achèvera en mai 2016, pour cause de limite d’âge atteinte (67 ans). «Hors de l’entendement », c’est vite dit. La CGT évoque le chiffre de 21 millions d’euros, et c’est vrai que ça paraît un peu gonflé. Seul hic, Mestrallet ne touchera pas cette somme. On se demande d’où la CGT sort ce chiffre. En fait, on part sur 831 641 euros par an.

831 641 euros l’année, ça reste confortable. Ceci dit, avant de crier à la saignée des comptes du groupe gazier, il s’agirait de se demander si le principal intéressé les a mérités, ces 800 milles euros et des brouettes. En d’autres termes, la question est moins de savoir si sa retraite apparaît importante dans l’absolu (elle l’est, indéniablement, on parle quand même du dirigeant d’un des plus grands groupes mondiaux de l’énergie) que si elle l’est relativement. Et, en l’occurrence, relativement à ce que Mestrallet a apporté à GDF Suez. Flash back.

Après un rapide passage sous les ors de la République comme conseiller technique auprès de Jacques Delors, alors ministre de l’Economie et des Finances, le jeune Gérard Mestrallet rejoint la Compagnie financière de Suez comme chargé de mission. Il ne la quittera plus. Elle deviendra entre temps Suez Lyonnaise des eaux, puis GDF Suez, sous son impulsion, et au gré des fusions qu’il conduira.

A ce jour, GDF Suez est un groupe à la santé de fer, qui se développe en permanence. Chaque année, il recrute près de 9 000 collaborateurs en France et investit 8 milliards d’euros. En 30 ans, Mestrallet a fait de GDF Suez la plus grande société de services au public au monde en termes de chiffre d’affaires, et le premier producteur indépendant d’énergie de la planète. Reconnaissons lui qu’il n’a pas volé son salaire, au demeurant plutôt bas au regard de ceux des dirigeants de grandes entreprises étrangères, américaines en tête. Reconnaissons-lui également que ces 800 mille euros par an une fois sa retraite prise, soit 28 % de ce qu’il gagne à présent, apparaissent légitimes.

On voit mal, en effet, pourquoi la retraite d’un grand patron ne serait pas, au même titre que celle de tout un chacun, calculée au juste prorata de ce qu’il gagnait durant ses années d’activité.

... ni sortie du chapeau

Ces quelques vérités rétablies, demandons-nous comment a été prise la décision d’accorder ce montant à M. Mestrallet. En fait, n’en déplaise à la CGT, ce chiffre n’est nullement sorti du chapeau du patron de GDF Suez. Aucun arbitraire là-dedans, aucun avantage individuel, Mestrallet bénéficie des régimes retraite obligatoire et supplémentaire du groupe.

Sa retraite-chapeau a été, au même titre que l’ensemble de sa rémunération, validée par deux Assemblées générales d’actionnaires, en 2009 et 2012. A 99,55 %. Des dispositions également entérinées par le Conseil d’administration de GDF Suez. Enfin, pour ceux qui seraient tentés de le taxer de cupidité, il n’est pas inutile de rappeler que Mestrallet s’est souvent illustré par sa propension à décliner certains avantages dont il aurait pu avoir la jouissance. De 2008 à 2013, il a ainsi, à plusieurs reprises, renoncé à percevoir stock options, actions de performance ou encore unités de performance.

Bref, la France continue de tomber à bras raccourcis sur ses patrons, rien de nouveau là-dedans. On peut toutefois regretter l’opportunisme de certains de nos ministres, qui attendent que le sujet fasse l’actualité pour s’indigner, alors que le montant de la future retraite de Mestrallet est connu depuis des années.

Beau joueur, Gérard Mestrallet, par le truchement du Secrétaire Général de GDF Suez, a décidé de saisir le Haut Comité du Gouvernement d’Entreprise afin de recueillir son avis sur la conformité de son régime de retraite au regard des règles du code Afep-Medef. Affaire à suivre.

Alain Santerre est diplômé d'économie à l'Université Lyon 2 et s'est lancé dans une carrière d'actuaire. Du bassin lyonnais à l'Asie du sud-Est, l'assurance et les relations internationales n'ont presque plus aucun secret pour celui qui travaille beaucoup en lien avec Axa.

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