La science économique à la lumière de sa spécificité

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Par Dominique Michaut Publié le 3 avril 2018 à 21h53
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La science économique réduite à l’étude de ce qui est spécifique aux échanges marchands et aux transferts de termes de ces échanges paraît à première vue trop strictement délimitée. Elle ne l’est pourtant pas pour paver de certitudes la pratique qu’elle étudie.

Au titre de ce qui n’est pas spécifique à la pratique des échanges et des transferts économiques, on peut par exemple considérer que l’homme étant égoïste par construction, cette fatalité domine toutes les activités humaines. On peut également exhiber un riche tableau clinique pour montrer que l’homme est aussi par construction un animal social, appartenant à des groupes avec ce que cela comporte souvent de rapports de force. Toutefois, établir la théorie économique sur des généralités de ce genre expose à ne pas cerner d’assez près le réel et le réalisable propres à la pratique étudiée.

L’économie politique centrée sur sa spécificité montre tout au contraire qu’elle procure des élucidations essentielles, dont les formations normales des rémunérations du travail et des placements ainsi que celles des autres prix salaires compris, et dont la dynamique elle aussi normale des répartitions de revenus. Sur ces questions notamment, la théorie économique rate son parcours lorsqu’elle prend pour point de départ, comme le dit et l’approuve Dani Rodrik dans son livre Peut-on faire confiance aux économistes ? Réussites et échecs de la science économique (De Boeck, 2015), la « bête de somme des modèles » économiques – celui de l’offre et de la demande « connu de quiconque a suivi un cours d’introduction à l’économie », base qui d’après cet auteur sur ce point de même avis que tant et tant d’autres aujourd’hui dans sa profession conduit de fil en aiguille… « à faire la lumière sur certains phénomènes sociaux, allant des pratiques de lutteurs de sumo à la triche [dans les écoles], à l’aide d’une analyse empirique minutieuse et d’un raisonnement fondé sur les incitations », vive le comportementalisme subjectiviste tenant lieu de science économique…

Depuis Jean-Baptiste Say, on répète beaucoup que l’économie a pour objet la production, la répartition et la consommation de richesses, à savoir de biens corporels et incorporels ayant une valeur d’échange marchand. Incontestablement l’homme ne fait rien, pas même respirer, sans produire et consommer. Une autre constatation est que la distinction entre l’économique et le non économique tend à être respectée au quotidien : l’économie circonscrite par une définition recevable en logique des ensembles finis va au-devant de ce sage tropisme. Or dans une telle économie, il n’y a en vérité que deux productions et pas une seule consommation. Les deux productions sont d’une part celles de ventes et de marges par la voie d’échanges marchands, d’autre part celles de transferts de termes de ces échanges. Là on est dans ce qui fait le propre de la science économique et ce propre a pour conséquence qu’en dépit de ce qu’on en répète ad nauseam consommer n’est pas en soi un acte économique.

Suite : la monnaie, les niveaux de réalité économique

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Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).

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