Rachat de SFR : Vivendi penche pour Numericable

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Par Edouard Nadeau Modifié le 9 octobre 2014 à 11h43

Vivendi, la maison-mère de SFR, a annoncé vendredi 14 mars qu'il avait choisi d'entrer en « négociations exclusives » avec Altice, le groupe auquel appartient Numericable, pour une période de trois semaines. Cette décision écarte l'offre de rachat de Bouygues Telecom qui était pourtant soutenue par Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif.

La campagne de soutien dans les médias orchestrée par Arnaud Montebourg n'aura pas suffit. Soutenant bec et ongle la proposition de Bouygues Telecom, le ministre s'était déplacé sur le plateau de France 2 pour faire entendre sa voix : « Nous souhaitons qu'il n'y ait pas de casse sociale, nous souhaitons qu'il y ait des investissements » avait-il alors déclaré, insinuant que la reprise de SFR par Numericable amènerait inévitablement à des licenciements.

Mais Montebourg ne s'est pas contenté d'allusions, adressant à Patrick Drahi, le patron d'Altice, une série de reproches plutôt explicites : « Il est propriétaire du câble dans de nombreux pays européens, mais il a une holding au Luxembourg, il est propriétaire de ses actions à Guernesey, la société est cotée à Amsterdam et il est résident suisse. Donc il va falloir qu'il fasse preuve de patriotisme fiscal et qu'il rapatrie un peu tout ça en France. ».

Depuis l'annonce de la décision de Vivendi, on parle beaucoup de la personnalité du discret Patrick Drahi. C'est un fin financier qui a notamment réussi à sortir Numericable du gouffre en 2008, en pleine période de crise financière. La méthode de Patrick Drahi est bien connue : l'homme rachète des entreprises mal gérées dans le but de les remettre sur pieds. C'est d'ailleurs grâce à vingt ans de fusions et d'acquisitions qu'il est passé de Sud Câble Services, un petit opérateur créé en 1994 à Cavaillon au géant qu'est Altice.

La remise en question du patriotisme économique de Drahi est décidément au goût du jour. Après Arnaud Montebourg, c'est au tour de Fleur Pellerin, la ministre déléguée à l'Economie numérique de demander au patron d'Altice de rentrer en France. « Si Patrick Drahi devient le deuxième opérateur de télécoms en France, il serait logique qu'il rapatrie sa résidence fiscale en France et gère ses affaires depuis Paris » a déclaré la ministre dans un entretien donné au Journal du dimanche du 16 mars 2014.

L'entourage de Patrick Drahi s'est dit choqué par ces propos rappelant qu'il s'est installé en Suisse, en 1999, quand il a été muté à la tête de la filiale européenne du câblo-opérateur américain UPC. « Il n'avait pas encore fait sa fortune à l'époque (elle est aujourd'hui de 10 milliards de dollars, ndlr), c'est donc absurde de dire qu'il souhaitait s'exiler fiscalement [...] Sa famille habite à Genève depuis quinze ans, ses enfants y sont arrivés jeunes et y sont scolarisés, il ne va pas les déraciner comme ça » explique un de ses proches.

Ce débat relance la question de l'exil fiscal car, même si cela n'était pas l'intention de Patrick Drahi quand il s'est installé en Suisse, il passe maintenant pour un exilé fiscal. Le patron d'Altice ne s'est toujours pas prononcé sur cette question mais il est certain qu'il ne pourra pas rester silencieux encore longtemps et qu'il devra faire part de ses intentions rapidement.

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Consultant en stratégie, Edouard Nadeau aide les entreprises à façonner leur futur en développant de nouvelles stratégies et en les conseillant sur des choix déterminants pour leur avenir. Il livre pour Economie Matin ses analyses sur des sujets économiques qui font l'actualité.

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