Sortir de la zone euro, une fausse bonne idée

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Par Jean-Marc Daniel Modifié le 27 avril 2013 à 5h04

On pouvait penser que depuis l'annonce faite par M. Draghi selon laquelle il ferait le nécessaire pour faire perdurer la zone euro, les doutes sur l'avenir de l'Union monétaire européenne n'avaient plus court.

Mais, il n'en est rien et chaque déclaration d'un officiel européen, chaque remontrance américaine sur l'austérité- « Européens, dépensez pour que nous croissions... » ravivent le doute ou pour certains l'espoir de voir la zone exploser.

L'espoir car en France, subsistent une intelligentsia économique nostalgique du stop and go, de l'enchaînement dévaluation/inflation, un patronat archéo-protectionniste qui ne cesse de crier à la concurrence déloyale et réclame baisse des salaires et baisse du taux de change, un sentiment diffus que l'inflation effaçant les dettes nous libérera de l'austérité imposée par la rigidité des Allemands.

Regardons en fait ce que signifierait une sortie de la zone euro. En pratique pour la France ou tout pays de l'Europe du sud, le but serait de dévaluer. Dévaluer pour rétablir la compétitivité alors que dans le cadre de la zone euro, ce rétablissement passe par la déflation salariale et fiscale.

Les gains de compétitivité à l'export obtenus par une dévaluation sont effectifs si l'augmentation du prix des importations inhérente à toute dévaluation n'érode pas les gains en question

La dévaluation agit en effet en deux temps :
-on subit d'abord une baisse des termes de l'échange qui se traduit par un alourdissement du coût des importations sans modification des exportations : le déficit extérieur se creuse (on parle d'effet termes de l'échange) ;

-on bénéficie ensuite de la baisse des prix à l'exportation qui se traduit par une augmentation du volume exporté et donc par un rééquilibrage des comptes extérieurs (on parle d'effet volume sur la balance courante).

La succession de ces deux mécanismes constitue ce que l'on appelle la courbe en J. Pour que la dévaluation soit efficace, il faut que l'effet volume l'emporte sur l'effet termes de l'échange. Or rien n'est moins sûr pour des pays comme la France dont la facture énergétique est incompressible et les produits exportés assez basiques.

Le verdict s'impose donc: la dévaluation sert en fait bel et bien moins à exporter davantage de marchandises qu'à importer davantage d'inflation. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter en ce moment le Premier ministre japonais. Mais si l'inflation est théorisée par certains comme une aubaine, car elle « euthanasie les rentiers », efface les dettes, pousse l'épargnant à agir pour préserver ses futurs revenus, il ne faut pas ignorer qu'elle est d'abord un vol ; certains parlent de « l'impôt d'inflation ».

En outre, elle peut échapper au contrôle de ceux qui la déchaînent. Karl Otto Pöhl qui dirigea la Bundesbank entre 1980 et 1991 est réputé pour avoir lancé la métaphore du dentifrice : l'inflation est comme le dentifrice, il est facile de la faire sortir du tube, très difficile de l'y remettre ...

De façon moins imagée et plus économique, on peut dire qu'une sortie de la zone euro d'aujourd'hui, ce serait l'inflation de demain, la politique monétaire restrictive d'après demain et le chômage d'après après demain.

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Jean-Marc Daniel enseigne l’économie à l’ESCP Europe. Chroniqueur au journal « Le Monde » et sur « BFM Radio », il dirige également la revue « Sociétal ». Il est également l’auteur de : « Le taureau face aux tigres » aux Editions Pearson « Histoire vivante de la pensée économique » aux Editions Pearson

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