La survie des monnaies virtuelles passera par la refonte du modèle qui a fait leur succès

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Par Christopher Dembik Modifié le 10 mars 2014 à 2h49

Après la plateforme MtGox basée au Japon, une nouvelle péripétie vient ternir encore un peu plus la réputation des monnaies virtuelles, en particulier de la plus connue, le Bitcoin. Flexcoin, une plateforme canadienne, a fermé récemment ses portes. Là encore, il est question officiellement de hackers ayant tiré profit de failles de sécurité pour voler plusieurs millions de dollars d’actifs.

Le Bitcoin est en fait victime de ses propres faiblesses. Ce qui a fait son succès hier auprès d’un nombre croissant d’utilisateurs et d’investisseurs cause sa perte aujourd’hui.

Décentralisation – Evoluant de manière complètement décentralisée, le Bitcoin est soumis aux aléas techniques et financiers des nombreuses plateformes d’échanges qui se sont développées de façon un peu anarchique. Les difficultés d’une seule d’entre elles sont ensuite répercutées sur l’ensemble du marché et accentuent la volatilité déjà importante de cette monnaie virtuelle dont les fluctuations reposent essentiellement sur la spéculation.

Anonymat et opacité – L’anonymat et l’opacité remontent aux origines de la monnaie. Les informations à propos des détenteurs du Bitcoin et les volumes en jeu sont très parcellaires. Ainsi, Flexcoin a été incapable de révéler le montant total des Bitcoins détenus. Nous sommes face à un marché non efficient où l’accès à l’information n’est pas garanti pour tous. L’anonymat a favorisé l’expansion initiale mais il pose désormais deux problèmes majeurs. Premièrement, il favorise potentiellement le blanchiment d’argent, ce qui peut constituer une bonne excuse pour les gouvernements afin d’intervenir et d’encadrer davantage le Bitcoin. Deuxièmement, l’anonymat permet la formation de cartels de prix, c’est-à-dire qu’un petit groupe d’investisseurs est en mesure d’influencer complètement les prix sur le marché. Sans transparence accrue sur le marché, on voit mal comment le Bitcoin pourrait assurer sa survie.

Absence de régulation – Comme de nombreuses innovations financières, le Bitcoin est né hors du cadre de la réglementation. Cependant, l’Histoire financière et économique nous enseigne que c’est seulement la régulation qui est en mesure d’assurer la pérennité d’un nouveau produit. Les récents évènements sont là pour abonder dans ce sens : des milliers de détenteurs de Bitcoins ont perdu leur capital du jour au lendemain et n’ont aucun espoir d’être indemnisé puisque les plateformes d’échanges ne relèvent nulle part du régime de dépôt des garanties. Si le Bitcoin était régulé, des garde-fous pourraient être mis en place afin d’assurer qu’un système d’indemnisation ce qui a pour effet notable d’éviter les phénomènes de panique sur les marchés.

La seule planche de salut pour les monnaies virtuelles, est de passer le cap difficile de la régulation, éventuellement au niveau européen, comme réclamé par la France, voire même à un échelon international sous l’égide du Fonds monétaire International. Plus certainement, ce seront certains acteurs privés qui s’intéressent de plus en plus à ce phénomène, comme SecondMarket, une plateforme spécialisée dans la vente de part d’entreprises privées, qui vont probablement faire les premiers pas décisifs. Pour le Bitcoin, les mésaventures des dernières semaines laissent assez peu d’espoir sur sa longévité mais il ne fait aucun doute qu’il aura permis d’ouvrir la voie aux autres monnaies virtuelles.

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Christopher Dembik est économiste chez SaxoBank.

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