Suppression d’emplois chez Thalès

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
Par Jérôme Tullier Publié le 28 février 2014 à 15h16

Thales Alenia Space annonce des réductions d’effectifs en France. Refonte de son organisation commerciale, départs volontaires, plan de réorganisation, le numéro deux des fabricants de satellites en Europe subit de plein fouet le retour en force des fabricants américains et la concurrence de nouveaux acteurs émergents.

La filière des satellites européens est rattrapée par son manque de compétitivité. Thales souhaite réduire un peu plus de 6 % de ses effectifs en France. 270 emplois sur un total de 4 300. Des postes supprimés sur la base du volontariat et grâce à des mesures d’âge.

« Un manque de compétitivité technique et financière »

Paradoxalement, à l’heure où l’industrie de l’armement français est au beau fixe, le groupe Thales en tête ; sa filiale Thales Alenia Space est à la traîne. La direction fait le constat amer d’un « manque de compétitivité technique et financière » pour remporter les appels d’offres, notamment sur les satellites de communication.
La décision prise en comité central d’entreprise le mercredi 29 janvier est sans appel : 270 emplois menacés, 146 à Cannes (pour un effectif de 1 900 employés) et 124 à Toulouse (pour un effectif de 2 400 personnes), à l’horizon 2015. La codirection du Français Thales et de l’Italien Finmeccanica, justifie ces mesures par un carnet de commandes en baisse et la nécessité de rétablir la compétitivité.
« Il n'y aura pas de plan social. Tout se fera sur la base du volontariat. Nous allons aussi jouer sur la mobilité en réalisant des redéploiements internes entre par exemple l'activité télécoms qui est plus faible actuellement et l'activité observation-exploration-navigation (OEN) dont le plan de charge est plus important », explique un dirigeant de l’entreprise.
Thales Alena Space souffre ces dernières années : trois contrats en 2013 et deux seulement en 2012. Alors qu’inversement, son activité OEN se porte bien avec cinq contrats signés ainsi qu'une étude commandée par la Direction générale de l'armement.
Le grand rival de Thales Alenia Space, Astrium (Airbus Group), prépare également de son côté un plan de suppression de postes, dans le cadre d’une restructuration, pour rapprocher ses activités spatiales et de défense (Astrium et Cassidian). Selon le projet de la direction, Astrium devrait réduire ses effectifs en Europe de 2 400 salariés sur 17 000, dans les trois ans à venir.

Une concurrence féroce dans le segment des satellites de communications

Les deux acteurs subissent une concurrence sévère sur le marché des satellites de télécommunications. Une poignée de satellites sont construits chaque année – environ une vingtaine – pourtant, la concurrence est toujours plus forte.
Confrontés à la baisse de commandes de la part du gouvernement américain, des géants de l’industrie comme Boeing, Raytheon et Lockheed-Martin, se retrouvent sur les marchés du satellite, raflant tous les contrats au passage. En 2013, Boeing a ainsi remporté huit des vingt contrats. Associé à une parité euro-dollar problématique (l’euro fort est un handicap de taille pour Thales), le retour de Boeing dans le secteur spatial touche directement les champions européens.
En outre, les pays émergents ne sont pas en reste. Le Brésil, la Chine et l’Inde affichent aussi de nouvelles ambitions, à un coût moindre. Les Européens, pris en tenaille, peinent à conserver leurs parts de marché.
Le fabricant de satellites s'apprête à lancer le plan de compétitivité dans les deux à trois mois à venir. Il s'agit d'un plan global qui vise une amélioration de 20% de la compétitivité de Thales Alena Space d'ici deux ans. « Nos produits sont plus chers que la concurrence. Nous voulons gagner 20% de compétitivité d’ici 2015 » affirme-t-on chez Thales. Une remise en mouvement de la société spatiale, qui se fera, non sans mal.
Cropped Favicon Economi Matin.jpg

Jérôme Tullier est détenteur d’un Master 2 en Économie des Marchés et des organisations obtenu à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Toulouse. Il s’est ainsi intéressé à l’économie, l’économétrie, l’économie industrielle, la politique de la concurrence, la régulation et l’économie des réseaux. Il est aujourd’hui chargé de missions dans un cabinet réputé de conseil en stratégie concurrentielle et d’innovation.