Transports connectés : L’optimisation énergétique passera par l’électrification

Par Bernardo Cabrera Modifié le 25 juillet 2022 à 5h57
Voiture Electrique Ventes Majoritaire 1
9,8%En 2021, les voitures électriques représentaient 9,8% du marché.

C’est officiel, d’ici 2035, les véhicules thermiques seront interdits à la vente en Europe. Une grande annonce qui vient bousculer l’industrie automobile et implique le développement de nouvelles infrastructures connectées. Les normes Européennes en vigueur et la prise de conscience écologique grandissante de la société nous conduisent naturellement vers des moyens de transports dits plus verts.

Dans cette même dynamique, les services d’intermodalité, toujours accompagnés de l’IoT, augmentent pour faciliter la transition énergétique. Toutefois, l’optimisation énergétique des transports privés et publics passe d’abord par l’électrification des infrastructures, des véhicules, et des services associés à l’intermodalité.

Une demande grandissante d’intermodalité des services de transport

L’intermodalité désigne le fait de recourir à plusieurs modes de transport pour un même trajet. Cette pratique a pour objectif de faciliter l’utilisation de moyens de transport divers et variés, privés et publics. L’intermodalité prend également place dans les zones où les transports publics sont moins développés. En promouvant le co-voiturage et les services associés, l’intermodalité vise à augmenter le nombre de personnes à bord d’une même voiture et à réduire le nombre de véhicules utilisés. Avec la popularisation de ce nouveau moyen de déplacement, une succession de services se créent, afin d’offrir la meilleure expérience possible à l’utilisateur et de faciliter la transition écologique de tous. C’est notamment à travers des services d’informations sur le trajet et l’état de celui-ci, la mise en place de systèmes de divertissements, etc. que les transports publics et privés comptent séduire ce marché en pleine révolution.

L’intermodalité dépend également de la connectivité des transports (voitures, bus, trains, etc.). Les données remontées sont toujours plus conséquentes, créant des exigences réseau supplémentaires.

Pour optimiser les connexions et favoriser l’intégration de services innovants, il est nécessaire que les entreprises de transport se tournent vers l’IoT et les réseaux cellulaires (4G/5G, LTE-M, NB-IoT), qui décuplent les possibilités en termes de temps de latence (plus faible), de débits, de couverture et de sobriété énergétique, en fonction des besoins métier…

La connectivité des infrastructures et des véhicules facilite le partage des transports mais pas seulement. Grâce à la connectivité intégrée qui vient avec les véhicules électriques, il est dès à présent possible d’optimiser sa consommation énergétique en ayant accès aux statistiques de dépenses d’énergie, aux profils de conduite, à la récupération d’énergie lors du freinage, aux horaires de charge, etc. Les transports ferroviaires sont actuellement les plus équipés en connectivités, mais, en termes d’électrification, les bus et voitures électriques disposent encore d’une large marge de progression, que ce soit pour les véhicules en eux-mêmes, ou pour les infrastructures associées.

Les véhicules connectés, une nouvelle norme pour les constructeurs

Le marché automobile est en pleine révolution. Les moteurs thermiques sont progressivement remplacés par des moteurs électriques, la conduite autonome s’immisce dans nos habitudes, et les conducteurs attendent toujours plus de services à bord. Ces besoins grandissants passent obligatoirement par la connectivité des voitures. Selon le CCFA (Comité des constructeurs français d'automobiles), les modèles de voitures 100% électriques représentaient 14.65% de la part totale des voitures vendues en 2021. Parmi les modèles phares les voitures Tesla Model 3, Renault ZOE et Dacia Spring représentent à elles-seules 44 % du total des immatriculations du segment.

Les consommateurs sont largement encouragés par l’État à utiliser des véhicules électriques (avec l’aide de primes gouvernementales) mais leur choix est aussi fortement conditionné par l’augmentation du prix de l’essence. Côté bus, le sujet intéresse également, à l’image de la RATP qui a renouvelé son parc automobile et a commandé 450 bus électriques pour sa flotte, livrés courant 2022-2023. Que ce soit à petite ou grande échelle, il devient beaucoup plus simple de se tourner vers les véhicules électriques qui ne nécessitent presque aucun entretien.

L’accès aux infrastructures de recharge reste un point difficile pour certains propriétaires de véhicules électriques ou hybrides rechargeables. L’objectif gouvernemental d’installer 100 000 points de charge ouverts au public d’ici fin 2022 semble difficilement réalisable. De plus, la problématique des départs en vacances, associée au besoin de recharge sur les grands axes routiers, n’est pas encore solutionnée… Finalement, l’achat d’une borne de recharge pour particulier n’est pas toujours simple : en copropriété, les travaux de pré-équipement doivent être validés en Assemblée Générale ; en maison individuelle, le coût et la charge sur le réseau électrique inquiètent.

En France, des initiatives ont d’ores-et-déjà été prises pour déployer des bornes, plusieurs grands groupes proposent désormais des services d’installation de bornes de recharge. L’émergence du marché de la borne de recharge fait apparaitre de nouvelles technologies pensées pour soulager le réseau électrique. Les algorithmes de supervision et de gestion des consommations se développent et viendront bientôt normer ce marché. Dans un futur proche, des technologies telles que le Plug&Charge ou encore le Vehicle-to-Grid (V2G) viendront également améliorer l’expérience utilisateur tout en solutionnant les problèmes de réseaux.

L’IoT et les réseaux cellulaires, premiers partenaires de l’écomobilité

Les objectifs de décarbonation du pays obligent aujourd’hui les conducteurs à limiter leur rejet de CO2 (interdiction des véhicules diesel en ville, âge du véhicule, etc.). L’avènement de la 5G contribue au développement du retro-fitting, technique permettant de convertir des modèles thermiques en modèles électriques. Ainsi, les véhicules ne répondant plus aux normes (diesel ou véhicules trop polluants) peuvent être convertis, ouvrant le droit aux aides gouvernementales à leurs propriétaires. De nombreuses sociétés françaises proposent déjà ce service sur les modèles les plus vendus en France (Twingo, Fiat, Citroën C1...) par le biais de l’installation d’une batterie électrique et de capteurs IoT. Ces capteurs communiquent via les réseaux 4G/5G/LTE-M/NB-IoT, remontant en temps réel les informations telles que le niveau de batterie. Les voitures thermiques de plus de 5 ans et les deux-roues de plus de 3 ans peuvent légalement être rétrofités et passer à l’électrique depuis 2020, sans l’accord préalable du constructeur. Une solution qui peut également s’appliquer, selon l’AIRe (Association des Acteurs de l’Industrie du Rétrofit électrique), aux camions, bus, péniches et bateaux. Un pas de plus vers l’intermodalité.

L’électrification des infrastructures et des véhicules continue donc à s’intensifier. L’IoT et les connectivités cellulaires offrent de multiples possibilités technologiques dans ce domaine. Ce n’est qu’à travers un système multimodal, supporté par des technologies IoT, que nous pourrons observer une réelle fluidification du trafic ainsi qu’une croissance pérenne des écomobilités et micromobilités. Notre manière de nous déplacer, tout comme notre impact environnemental, en seront profondément modifiés.

Bernardo Cabrera est Directeur de la BU Objenious (Bouygues Telecom).