Uber, un succès qui (les) dérange

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Par Daniel Fauvert Publié le 19 novembre 2014 à 18h01

Uber prospère, et dérange. La « société de technologie » originaire de San Francisco, dont l’éventail de services inclut des VTC mais aussi d’autres solutions innovantes, fait les frais d’offensives judiciaires de la part d’une concurrence tremblant pour son pré carré. Paradoxalement, ces attaques, émanant de professionnels dépassés par la marche du progrès, ont pour effet de mettre en relief le caractère moderne du Californien, dont l’activité crée de l’emploi, du pouvoir d’achat, du partage, et s’avèrerait même eco-friendly.

Les corporatismes contre le progrès

L’arrivée sur le marché des voitures de tourisme avec chauffeur, ou VTC, ne s’était pas faite sans remous. Le premier semestre 2014 a été émaillé de grèves à répétition, essaimant dans un certain nombre de capitales européennes. De Londres à Paris en passant par Berlin, les taxis protestaient contre ce qu’ils considéraient être une « concurrence déloyale », les chauffeurs de VTC n’ayant pas de licence à acquérir ni d’examens à passer pour pouvoir exercer leur activité, et proposant de venir chercher leurs clients où ils le souhaitent, sans facturer ce déplacement à vide.

Mi-septembre, le Parlement adoptait définitivement la loi Thévenoud, du nom du tristement célèbre ex-ministre du gouvernement Valls II. Ligne de force du texte : interdire la possibilité offerte jusqu’à présent aux VTC d’être repérées via smartphones par leurs clients. Principaux perdants de l’histoire : les VTC, bien sûr, mais aussi et surtout les usagers, puisque leur utilisation du service a ainsi perdu en souplesse.

Fin juin, l’Association française des éditeurs de logiciels et solutions Internet (Afdel) qualifiait cette décision d’ « anachronique ». A raison, puisque la loi Thévenoud bride l’écosystème entrepreneurial français au seul motif que les VTC préfigurent un bouleversement du système rentier dans lequel se complaisent les taxis. On le voit, les motifs ayant conduit à la Fronde - durant laquelle les parlementaires protestent contre la mise en péril de leurs privilèges par la monarchie -ne sont pas loin. Anachronique, oui.

En entravant le développement des VTC, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron et la secrétaire d’Etat chargée du Numérique et de l’Innovation Axelle Lemaire manquent l’occasion de témoigner leur soutien à une filière d’avenir. Surtout, difficile de ne pas percevoir dans ce choix une faveur concédée au puissant lobby des taxis, secteur d’activité au chiffre d’affaires d’environ un milliard d’euros par an pour la seule ville de Paris.

Suivre les chauffeurs de taxis dans leur logique corporatiste et rétrograde, en plus d’écorner l’image de l’Hexagone sur le plan de l’innovation, apparaît doublement douteux de la part du gouvernement et de la justice, pour la simple et bonne raison que les taxis n’exercent pas la même activité que les VTC. Leur licence confère en effet aux premiers l’exclusivité du droit de maraude ou de stationnement devant des bornes dédiées.

Dans la mesure où leurs « privilèges » ne sont, de fait, en rien menacés, leurs protestations résonnent comme les caprices de professionnels jaloux de leur monopole. Un peu comme si, il y a 20 ans, les sociétés de Minitel s’en étaient prises aux pionniers d’Internet au motif que cette nouvelle technologie mettait en danger leur activité. Un raisonnement qui, poussé à l’extrême, nous conduirait encore à nous déplacer à dos d’âne sur des chemins pierreux. Le Conseil d’Etat, en suspendant début 2014 l’exécution d’un décret prévoyant un délai de 15 minutes minimum entre la réservation et la prise en charge du client imposé aux VTC, ne s’y était pas trompé, donnant ainsi un coup de pouce en faveur du progrès.

Ironie du sort, ce sont désormais des sociétés de VTC classiques, LeCab et Transdev en tête, qui s’en prennent à Uber, accusant en substance ce dernier d’avoir su se renouveler en créant UberPOP, filiale permettant à des particuliers de s’improviser taxis sur des trajets courts, pour moins cher, et d’arrondir ainsi leurs fins de mois. Traduction : dès qu’un palier supplémentaire est franchi dans le sens de l’innovation, les retardataires cherchent à entraver la course des avant-gardistes, à défaut de pouvoir les dépasser. Comme souvent dans ces cas là, in fine, c’est le porte-monnaie du consommateur qui trinque.

Le combat contre le corporatisme dans l’intérêt du client – l’exemple UberPOP

L’économie collaborative a le vent en poupe. Uber en est un exemple parmi tant d’autres. Ces dernières années, de nombreuses plateformes articulées autour de la notion de partage entre utilisateurs se proposent de révolutionner les modes de consommation : Blablacar, Airbnb, Sensee, Ornikar, MyMajorCompany, KissKissbankbank, Viagogo, Buzzcar, Drivy, Djump, Costockage ou encore OuiShare en sont les exemples les plus célèbres.

En lançant UberPOP, le Californien se met au transport entre particuliers, perçu par 83 % des Français comme un moyen d’améliorer leur pouvoir d’achat, selon un sondage CSA. 82 % des Français considèrent par ailleurs que le système, en diminuant drastiquement le nombre de voitures sur la route, contribue à la protection de l’environnement.

Emmanuel Macron, farouche combattant du corporatisme, devrait également voir d’un bon œil le service UberPOP, puisqu’il défend un modèle de transport citoyen, où le monopole des taxis et VTC est brisé. Dans l’ensemble, Uber s’avère un formidable levier de compétitivité, permettant, à en croire la startup californienne, la création de 20 000 emplois par mois à travers le monde. Axelle Lemaire, en tant que secrétaire d’Etat au Numérique et à l’Innovation, devrait également y trouver son compte.

Surfant sur le succès d’UberPOP, Uber vient de lancer UberPool, déclinaison permettant de partager à plusieurs tout ou partie d’une course en voiture, pour un prix défiant toute concurrence : jusqu’à trois fois moins cher qu’un taxi. Une offre qui devrait séduire bon nombre d’usagers, et provoquer la grogne d’une concurrence encore une fois dépassée.

Judiciaire, le message renvoyé par le tribunal de commerce de Paris le 21 novembre en réponse à la plainte des sociétés de VTC et de taxis à l’encontre d’Uber sera aussi politique. Deux options : soit il choisit de protéger l’intérêt des taxis et VTC traditionnels, optant pour un conservatisme douteux, soit il appuie la voie de la déréglementation, prônant une fluidification de la concurrence, une amélioration de l’offre et la défense du consommateur. Deux options pour un seul jugement décent, donc.

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Consultant en stratégie à mon compte, après avoir longtemps officié au sein d'un célèbre cabinet originaire du Massachusetts.

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