Areva au Niger : à qui profite l’uranium ?

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Par Ali Idrissa Publié le 21 novembre 2013 à 18h19

L’Etat du Niger, l’un des plus pauvres au monde, et AREVA, l’un des leaders de l’énergie nucléaire et fer de lance de la diplomatie économique de la France, se sont engagés depuis plusieurs mois dans la renégociation du contrat d’exploitation de l’uranium nigérien, qui arrive à échéance le 31 décembre 2013.

Dans une note d’information sur les conventions minières liant AREVA et le Niger publiée aujourd’hui 22 novembre, Oxfam France et l’association nigérienne ROTAB, membres de la coalition ‘Publiez Ce Que Vous Payez’, dénoncent l’opacité et les pressions qui entourent cette renégociation.

Les organisations dénoncent également un régime fiscal plus qu’accommodant pour la multinationale qui exploite depuis 50 ans l’uranium nigérien, représentant près de 40% de son approvisionnement mondial.

Les deux filiales d’AREVA au Niger, la Somaïr et la Cominak, bénéficient en effet de nombreux avantages fiscaux : exemptions sur les droits de douane, exonérations de TVA ou encore une exonération sur les taxes sur les carburants, qu’elles utilisent pourtant en grande quantité. Une « provision pour reconstitution de gisement » leur permet également de mettre de côté 20% de leurs bénéfices, qui échappent ainsi à l’impôt sur les sociétés.

En 2010, les deux filiales avaient extrait un total de 114 346 tonnes d’uranium au Niger, représentant une valeur d’exportation de 2 300 milliards de francs CFA (plus de 3,5 milliards d’euros). Sur cette somme, le Niger n’aurait touché que 300 milliards de Francs CFA (environ 459 millions d’euros), soit 13% de cette valeur exportée.

« Il est incompréhensible que le Niger, 4ème producteur d’uranium au monde, et fournisseur stratégique d’Areva et de la France, ne tire pas davantage de revenus de cette exploitation et reste l’un des pays les plus pauvres de la planète. Les négociations en cours représentent une occasion historique pour le Niger d’obtenir de meilleures conditions pour l’exploitation de ses ressources, y compris de plus grandes retombées financières », souligne Anne-Sophie Simpere d’Oxfam France, auteure de cette recherche.

« En France, une ampoule sur trois est éclairée grâce à l’uranium nigérien. Au Niger, près de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité. Cette situation ne peut plus durer. La France doit prouver que le temps des contrats secrets, des négociations opaques et des pressions sont finies. Les pays africains doivent pouvoir compter sur des revenus équitables pour l’exploitation de leurs ressources par des entreprises françaises », rappelle Ali Idrissa, coordinateur national du ROTAB – Publiez Ce Que Vous Payez Niger.

Le Niger a besoin de revenus supplémentaires pour faire face aux crises alimentaires récurrentes, pour assurer la survie d’un système d’accès gratuit aux soins menacé, investir dans l’éducation, l’agriculture, et faire face à une situation sécuritaire dégradée. Le prochain contrat entre AREVA et le Niger doit permettre de faire augmenter les recettes fiscales de ce pays très dépendant de l’aide publique au développement, qui peut représenter jusqu’à 40% de son budget.

« Malheureusement, Areva n’a à ce jour pas donné suite à nos multiples demandes de rendez-vous Il est extrêmement difficile d’avoir accès aux chiffres de l’exploitation de l’uranium au Niger et de l’imposition des activités d’Areva sur place. Areva clame que 70% de la valeur de l’uranium revient à l’Etat du Niger. Mais le gouvernement du Niger et la société civile nigérienne jugent ce partenariat déséquilibré : l’uranium représentait 70,8% des exportations du pays en 2010, et seulement 5,8% du PIB », ajoute Anne-Sophie Simpere.

Pourtant, la pression pour augmenter les revenus et la transparence des industries extractives est aujourd’hui mondiale et la France affirme vouloir être exemplaire en la matière.

Le gouvernement a soutenu la nouvelle obligation de reporting pays par pays des entreprises minières dans les Directives européennes votées en juin dernier, à la suite de la loi Dodd-Franck qui instaure ce principe aux Etats-Unis. La France a également contribué à hauteur de 10 millions de dollars au nouveau Trust Fund de la Banque mondiale qui vise à aider les Etats Africains à négocier leurs contrats dans les industries extractives.

Le Ministre du développement Pascal Canfin a lui-même affirmé en septembre dernier que la France devait se montrer « exemplaire » dans les négociations des nouveaux contrats d’AREVA. Pourtant, tout indique que le contrat d’AREVA se renégocie en toute opacité. Aucune information n’est disponible : même les conclusions de l’audit externe de la Somaïr et la Cominak rendu en octobre dernier, et qui doit servir de base à la renégociation, n’ont pas été communiquées.

« La France, actionnaire à plus de 80% d’AREVA, a un rôle essentiel à jouer à ce titre : elle doit garantir la transparence et l’équité de cette renégociation. Les jours sont comptés », conclut Anne-Sophie Simpere.

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Ali Idrissa est coordinateur du ROTAB (Réseau des Organisations pour la Transparence et l’Analyse Budgétaire).   Le ROTAB, membre de la coalition Publiez Ce Que Vous Payer, est un collectif d’associations, ONG et syndicats qui travaille sur plusieurs questions, y compris la mise en œuvre de l'ITIE, la transparence budgétaire, le renforcement des capacités et la sensibilisation aux questions relatives au secteur minier au sein des communautés extractives.

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