États-Unis : une équipe sociale libérale pour un programme très keynésien

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Par Christophe Morel Publié le 29 janvier 2021 à 15h56
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1900 MILLIARDS $Le plan d'urgence des Etats-Unis débloque 1.900 milliards de dollars.

Dans une mandature, les « 100 premiers jours » sont toujours les plus propices aux changements. D’ores-et-déjà, les débuts de l’administration Biden permettent de dégager quelques éléments sur les orientations de politique économique.

D’abord, nous notons que l’équipe économique de J. Biden a une teinte fortement « sociale libérale ». En effet, elle comporte

Beaucoup d’anciens de l’ère Obama à l’image de Janet Yellen, désormais Secrétaire au Trésor mais qui avait été nommée présidente de la Fed en 2014 par Barack Obama, ou encore d’Isabel Guzman qui dirige désormais l’Agence des PME ;

De représentants de l’aile droite du parti démocrate tels Neera Tanden la directrice du Budget, ou encore Gina Raimondo la Secrétaire au Commerce qui avait initialement co-dirigée la campagne de Mickael Bloomberg à la primaire démocrate ;

Et en revanche, très peu de partisans de l’aile gauche progressiste, à l’exception du Secrétaire au Travail, Marty Walsh, un ancien syndicaliste.

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Source : Groupama AM

Cette composition de l’équipe économique peut laisser craindre que le mandat de J. Biden soit en fait un « troisième mandat Obama ». Pour autant, les premières propositions montrent que J. Biden n’est pas B. Obama, et qu’il y a une prise de conscience que l’enjeu principal est de réduire la fracture sociale. Les plans de soutiens budgétaires seront tout simplement exceptionnels :

Le plan d’urgence de 1900 mds USD représente 8.6% du PIB. Il s’ajoute à l’impulsion budgétaire de l’année dernière à hauteur de 6.6% du PIB et au plan complémentaire en cours de 3.4% du PIB (graphique 1). Ce plan Biden est en cours de négociation, mais un passage en force est possible via la procédure dite de « Réconciliation budgétaire ». La composition de ce plan montre clairement un soutien aux ménages avec une distribution de chèques pour 2% du PIB et une extension de l’assurance-chômage représentant près 1% du PIB (graphique 2).

Lors de son discours sur l’État de l’Union, J. Biden devrait donner des précisions sur son plan infrastructure. A priori, il s’agirait d’un plan de 2400 mds USD (11% du PIB étalé sur 4 ans) envisageable à partir de mi-2021 qui se déclinerait en 900 mds pour les transports, 500 mds pour l’énergie verte, 300 mds pour les autres infrastructures et 700 mds pour le « made in America » (plan sur 4 ans pour relancer l’industrie américaine avec 300 mds pour la R&D et 400 mds pour les achats publics de biens produits aux États-Unis).

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Source : Groupama AM

Le programme fiscal pourrait accentuer cette inflexion du « made in America » et de la redistribution des ménages les plus aisés vers les bas revenus. D’une part, son programme envisage une taxe à la délocalisation et des subventions à la relocalisation sous forme de crédits d’impôts pour soutenir la production manufacturière américaine. D’autre part, les mesures sur la fiscalité des ménages devraient comporter une hausse du taux marginal d’imposition de 37% à 39.6%, ainsi qu’une hausse de l’imposition sur les plus-values et dividendes pour les revenus supérieurs à 1 million USD. Politiquement, un virage encore plus à gauche est très envisageable après les élections de mi-mandat fin 2022.

Si la priorité de l’administration Biden concerne incontestablement le domaine intérieur, les sujets géopolitiques sont des facteurs à suivre, mentionnés d’ailleurs dans notre balance des risques. L’équipe de J. Biden est sans aucun doute atlantiste à l’image du Secrétaire d’État A. Blinken, et la diplomatie sera plus apaisée dans sa forme. Cependant, le rapport de force avec la Chine est désormais installé, et la diplomatie américaine sera rapidement testée sur les sujets du nucléaire iranien et de la Corée du Nord, de son rapport avec la Russie et sur la rénovation du multilatéralisme sous la pression croissante de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie et du Latam.

Au final, J. Biden assume sans doute actuellement la plus forte responsabilité économique et sociale depuis F. Roosevelt. L’ampleur des plans évoque un « Moment de type New Deal ». Le principal risque est même de provoquer un choc de demande positif provoquant des tensions sur les prix.

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Christophe Morel est titulaire d'un DEA Finance (1994), et d'un Doctorat en Gestion (spécialisation finance) de l'Université Paris IX-Dauphine (1997-2000). Il débute sa carrière en 1998 comme Economiste au Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Il était en charge des secteurs banques et assurances. Entre 2000 et 2004, il a rejoint les équipes d'Ixis Asset Management comme Stratégiste de marché " Asie et pays émergents " puis stratégiste " global ". De 2004 à 2006, il fut responsable des départements " Allocation stratégique " et " gestion Overlay " au Fonds de Réserve pour les Retraites. Entre 2006 et 2008, il était Directeur de la gestion " Allocation tactique " chez Natixis Asset Management. Depuis 2008, il avait rejoint Lombard Odier Investment Managers en tant que Deputy CIO du groupe " Asset Allocation ". Début 2013, Christophe Morel rejoint le pôle d'analyse économique de Groupama AM en tant que Chef Economiste.

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