Super vacances de la Toussaint : la carotte avant le bâton ?

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Par Pierre Favre Modifié le 16 juin 2012 à 5h35

L’annonce du ministre de rallonger les vacances de la Toussaint dès cette année ne pourra que plaire au plus grand nombre : Les enfants pourront mieux se reposer, ce long premier trimestre deviendra plus digeste, l’économie du tourisme se frotte déjà les mains.

Le Syndicat National des Ecoles (SNE) aurait préféré de la part du ministre une annonce plus courageuse qui indiquerait aux français la contrepartie. Car il faudra bien rattraper ces jours. Vacances d’été raccourcies ? Samedis travaillés ? La réponse après les élections législatives….

Favorable à une alternance de sept semaines de classe et deux semaines de congés, le SNE demeure réservé quant au retour aux cinq jours hebdomadaires. La semaine de quatre jours a été adoptée de façon progressive puis enthousiaste par les conseils d’école lorsqu’ils ont été interrogés. Plus de vingt ans de recul (comme dans l’académie de Lyon) permettent sans difficulté de faire un bilan de cette organisation : fatigue accrue ? Résultats en baisse ? Absentéisme en augmentation ? Nous avons la chance d’avoir sur le territoire national d’autres académies, comme Toulouse, qui sont restées à cinq jours : conditions idéales pour un travail scientifique de comparaison.
Nous admettrons avoir eu tort lorsqu’on nous aura démontré que les enfants du sud ouest travaillent mieux, sont moins fatigués, ont de meilleurs résultats et sont moins d’absents que ceux de Lyon.

A l’heure où chacun s’envoie à la figure des rapports scientifiques de chronobiologistes, nous osons modestement interroger les Français : les enfants iront-ils se coucher plus tôt avec cinq jours de classe ? Leur journée sera-t-elle plus épanouissante lorsqu’ils auront été « gardés » après les cours par des dispositifs plus ou moins bien dotés en moyens humains jusqu’à 18h00 ? Les familles recomposées accepteront-elles le retour des samedis travaillés ? Les enseignants qui subissent une perte continuelle de pouvoir d’achat accepteront-ils encore longtemps de travailler plus pour gagner moins ? (augmentation en janvier des cotisations : baisse sur les fiches de paie) L’aide personnalisée sera-t-elle abandonnée en chemin ? La véritable question n’est-elle pas celle des programmes ?

Vécue par tous les pouvoirs successifs comme la réponse à tous les maux, l’école est devenue au fil du temps le déversoir de toutes les angoisses et de tous les renoncements. Education au goût, au sommeil, à l’hygiène, aux arts, à l’histoire des arts, à l’éducation routière, aux accidents domestiques, aux technologies de l’informatique et du multimédia… et j’en passe. Il est temps de rappeler que l’école ne peut pas tout. Ce qu’elle devrait faire ? Ce pour quoi elle est conçue : apprendre à lire, écrire ; compter, penser. Le reste sera offert de surcroit.

Le SNE refuse cette dérive totalitaire de l’école et reconnaît les familles et les associations comme partenaires à part entière pour parvenir à éduquer la nation. Si une réflexion commençait par « que doit cesser de faire l’école » alors nous serions les premiers à y participer et la liberté de chacun s’en trouverait confortée.

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Pierre Favre est président du Syndicat National des Ecoles. Il a été élu le 14 mai 2012 au congrès de Sète, succède à Jean-Claude Halter à la tête du SNE. Directeur d’école à Saint-Priest et adhérent du Rhône depuis 2001, il prend des responsabilités syndicales départementales en 2006. Après une parenthèse comme chargé de mission auprès de l’Inspecteur d’Académie du Rhône, il fonde une section académique qui couvre trois départements (l’Ain, qu’il habite désormais, le Rhône et la Loire).  Fidèle à la ligne d’indépendance défendue par son prédécesseur, il parvient à rassembler en 2012 l’ensemble des secrétaires départementaux et académiques.