Est-ce le Japon ou la zone euro qui est en déflation ?

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Par Pascal de Lima Modifié le 21 novembre 2013 à 2h30

Les concepts en économie sont très souvent utilisés sans définition préalable. C’est le cas notamment d’un bon nombre d’écrits sur la question de la déflation et de la désinflation. Encore une fois les travaux de Natixis sont précieux. La déflation correspond à une situation où les prix baissent. La désinflation correspond à une situation où la hausse des prix ralentit. Notre sujet est la déflation. Mais il existe une nuance dans la déflation.

En fait, il existe deux formes de déflation : la définition que nous qualifions de stricte qui dit que la déflation est une inflation négative. Ce simple critère permet de dire à certains que le Japon est en déflation. Et la définition juste, au sens large qui pose les conditions de cette déflation à plus long terme : C’est une situation certes de baisse des prix mais combinée à un rapport taux d’intérêt nominal à long terme et taux de croissance nominal, défavorable (nominal c'est-à-dire qui intègre le taux d’inflation).

Nous appelons situation défavorable la situation où les taux d’intérêt nominaux à long terme sont trop élevés par rapport au taux de croissance nominal, ce qui déprime la demande intérieure par plusieurs canaux (découragement de l’investissement, désendettement difficile, baisse du prix des actifs). Nous traitons ici de la juste définition de la déflation au sens large et pas uniquement du phénomène de baisse des prix au sens strict.

Avec cette définition de la déflation de long terme, le ralentissement de la hausse des prix est le résultat de la baisse de la demande de biens et services. Si cette demande continue de reculer, l’inflation continue de reculer et les taux d’intérêt réel (différence entre taux d’intérêt nominaux et taux d’inflation) augmentent pour un taux d’intérêt nominal donné et stable, ce qui complique le désendettement et contribue à diminuer encore davantage la demande et le taux d’inflation pour arriver à une situation finale de baisse des prix (déflation). Cette déflation apparaît lorsque les taux d’intérêt réel montent (pour un taux d’intérêt nominal donné !) dans un contexte de baisse de la demande et de désinflation.

Il faut ajouter un paramètre pour comprendre le cercle vicieux de la déflation : la croissance nominale. Bien que les taux d’intérêt réels montent beaucoup dans un contexte de baisse de la demande et de désinflation, les taux d’intérêt nominaux eux, restent assez élevés en valeur absolue par rapport au taux de croissance nominale.

Alors évidemment en ne regardant que la définition stricte de la déflation, c’est le Japon qui est en déflation mais bon nombre d’autres pays de la planète sont dans la même situation ! Pour prendre l’exemple du Japon, ce dernier connaît une baisse des prix durables combinée à un rapport taux de croissance nominale et taux d’intérêt nominal favorable, c'est-à-dire que son taux de croissance nominal dépasse son taux d’intérêt nominal public (qui se rapproche de zéro d’ailleurs). Or en zone euro, c’est exactement le contraire qui se passe. Elle connaît une baisse des prix durables combinée à un rapport taux de croissance nominal et taux d’intérêt nominal défavorable.

En conclusion si au Japon, le taux de croissance nominal est supérieur aux taux d’intérêt nominal à long terme, (il en va de même aux Etats-Unis et au Royaume-Unis), en zone euro, le taux de croissance nominal est très inférieur au taux d’intérêt nominal de long terme. Nous sommes donc en déflation dans la zone euro, mais pas au Japon.

Pourquoi cette situation dans la zone euro ? Il y a d’abord des taux d’intérêt nominaux publics élevés dans les pays du sud de l’Europe. Aussi, le taux de chômage élevé induit une croissance potentielle faible et donc des gains de productivité impossibles. Enfin, la BCE n’achète toujours pas de dette publique. On attend donc à l’avenir un découragement de l’investissement qui se voit dans la zone euro, avec des difficultés pour les ménages et les entreprises à se désendetter. Enfin, la déflation s’appliquera aussi au prix des actifs.

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Chef économiste, Economiste de l'innovation, knowledge manager des cabinets de conseil en management (20 ans). Essayiste et conférencier français spécialiste de prospective économique, mon travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Responsable de l'offre "FUTURA : Impacts des innovations sur les métiers de demain". Vision, Leadership, Remote of Work, Digital as Platforms...secteurs Banque Finance Assurance, PME TPE, Industrie et Sport du Futur. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Consultant et Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'Altran - dont un an auprès d'Arthur D. Little...), je fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, je deviens en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management. En 2022, je deviens Chef économiste de CGI et Directeur de CGI Business Consulting. Intervenant en économie de l'innovation à Aivancity, Sciences po Paris, ESSEC, HEC, UP13, Telecom-Paris... et Conférenciers dans le secteur privé, DRH, Directions Métiers... J'ai publié plus de 300 tribunes économiques dans toute la presse nationale, 8 livres, 6 articles scientifiques dans des revues classées CNRS et j'interviens régulièrement dans les médias français et internationaux. Publication récente aux éditions FORBES de « Capitalisme et Technologie : les liaisons dangereuses – Vers les métiers de demain ». Livre en cours : "La fin du travail" Site personnel : www.pascal-de-lima.com

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