En Norvège, la réquisition potentielle de biens civils ne se limite plus à une mesure militaire. Elle devient un sujet économique majeur, touchant entreprises, particuliers et secteurs stratégiques. Le pays estime qu’un conflit nécessiterait une mobilisation immédiate de ressources matérielles aujourd’hui détenues par des acteurs privés.
Norvège : réquisition possible des biens en cas de guerre !

Pourquoi la Norvège prépare l’usage de ressources civiles
Si la Norvège multiplie les notifications de réquisition, c’est d’abord parce que l’État reconnaît que son armée ne possède pas seule tous les moyens nécessaires à une mobilisation totale. Dans un pays où les infrastructures, les navires, une partie du transport logistique et une grande quantité d’équipements lourds appartiennent à des acteurs privés, la Défense doit anticiper l’accès à ces ressources.
Les notifications envoyées aux propriétaires – environ 13.500 prévues pour 2026 – visent donc autant à préparer le terrain qu’à dresser un inventaire actualisé de ce que la nation peut mobiliser. Bâtiments industriels, entrepôts, bateaux de pêche, engins de chantier, machines agricoles : de nombreux biens intégrés à l’économie norvégienne pourraient devoir changer de fonction du jour au lendemain.
Cette démarche s’appuie sur l’étude annuelle publiée par l’Organisation logistique des forces armées (FLO), qui souligne le coût d’une préparation insuffisante. En cas de crise, le manque de matériel obligerait l’État à recourir à des achats d’urgence, souvent bien plus onéreux et difficiles à sécuriser. Le mécanisme de réquisition apparaît alors comme un moyen de réduire cette vulnérabilité budgétaire.
L’absence d’impact immédiat en temps de paix ne doit pas masquer la dimension économique du dispositif. Pour les entreprises concernées, être inscrites dans le registre des biens mobilisables implique de réfléchir à la continuité d’activité et aux conditions d’indemnisation prévues par la loi norvégienne en cas d’usage effectif.
Le coût de préparer une guerre
La Norvège assume que la préparation à la guerre a un coût. La planification logistique, la modernisation des infrastructures militaires et les programmes de renforcement de la Défense s’inscrivent déjà dans une hausse continue des dépenses publiques. Le système de réquisition, lui, fonctionne comme un amortisseur économique : il limite les achats directs mais repose sur la capacité des secteurs privés à absorber un choc.
Le secteur maritime, essentiel dans l’économie norvégienne, en fait partie. La flotte commerciale et les navires de pêche constituent des actifs stratégiques que l’État pourrait utiliser pour le transport de matériel, la surveillance côtière ou des opérations logistiques. Cette perspective oblige les armateurs à intégrer un risque temporaire de perte d’exploitation en cas de mobilisation.
Le bâtiment et les travaux publics figurent également parmi les secteurs potentiellement sollicités. Une partie du matériel de chantier – grues, excavatrices, véhicules lourds – est indispensable à la construction de fortifications, à l’entretien des voies stratégiques ou à l’ouverture de corridors logistiques. Là aussi, une interruption d’activité aurait des conséquences directes sur les projets en cours et sur l’emploi local.
Du côté de l’État, la question de l’indemnisation est centrale. Le cadre juridique prévoit une compensation financière, mais celle-ci dépend de l’usage réel du bien, de la durée d’immobilisation et de l’évaluation des pertes pour le propriétaire. Pour les économistes norvégiens, une mobilisation à grande échelle pourrait représenter un coût budgétaire significatif, même si inférieur à celui d’achats en urgence.
Enfin, l’économie civile est mise au cœur d’une stratégie plus large : construire une société capable de continuer à fonctionner en situation de tension internationale. Cette approche rejoint celle des pays voisins, notamment la Finlande, où la préparation totale repose sur une coopération permanente entre entreprises et autorités.
Pour Oslo, l’enjeu dépasse la seule Défense : il s’agit d’éviter l’effondrement de l’activité en cas de crise, tout en garantissant que les ressources nécessaires à la protection du pays soient mobilisables immédiatement. Dans un contexte où la Norvège se situe à la frontière d’une zone stratégique sensible, cette capacité de résilience économique devient un élément central de sa politique de sécurité.
