Appeler le dérèglement climatique un canular ne le fait pas disparaître.
Nucléaire vs solaire : arrêtons de fuir la réalité économique

Cela aggrave simplement la situation en retardant les mesures d'atténuation indispensables. De même, traiter la question énergétique comme une affaire purement géopolitique, en occultant sa dimension économique et financière, pourtant déterminante, relève de l'aveuglement. La souveraineté énergétique est un enjeu majeur, certes. Mais ignorer les coûts, c'est prendre des décisions que la réalité finira par invalider.
C'est précisément le piège dans lequel nous risquons de tomber avec les EPR2. La Cour des comptes l'a dit sans détour dans son rapport de 2025 : le dossier n'est pas bouclé.
Le vieux nucléaire rapporte. Le nouveau nucléaire coûtera trop cher.
Personne ne conteste sérieusement que le parc nucléaire existant est rentable pour la France, même si le prix calculé par la Cour des comptes dépasse souvent le prix de marché. C'est notre rente, fruit de décennies d'amortissement.
Mais le nouveau nucléaire ne sera jamais compétitif. Et l'argument qui le soutenait encore sur l'intermittence des énergies renouvelables est en train de s'effondrer.
Le solaire pilotable 24h/24 : désormais deux fois moins cher que l'EPR2
Selon une analyse publiée en décembre 2025 par Ember, le coût du stockage par batterie industrielle est tombé à 65 $ par MWh. Les chiffres qui en découlent sont implacables :
- Coût moyen du solaire dans le monde : 43 $ / MWh
- Stocker la moitié de la production diurne pour couvrir la nuit : 33 $ / MWh
- Solaire pilotable 24h/24 : 76 $ / MWh
Ce résultat est rendu possible par une baisse du prix des batteries de 40 % en 2024, avec une trajectoire similaire attendue en 2025.
Face à cela, le nouveau nucléaire devrait être acheté à 100 € / MWh, et en coûtera vraisemblablement 150 €, soit 50 € à la charge du contribuable. Dans la situation budgétaire actuelle de la France, comment justifier un tel écart ?
Les signaux d'alarme s'accumulent
Quatre milliards d'euros ont déjà été engagés par EDF pour les EPR2. Pourtant, l'Autorité de sûreté nucléaire a remis en cause les premiers dossiers, à Penly comme à Gravelines, et pour des raisons distinctes. Le chantier n'a pas encore démarré que les problèmes s'annoncent.
Regardons aussi ce qui se passe outre-Manche : Hinkley Point C devrait coûter 2,7 milliards de livres de pertes à EDF pour la seule année 2025, un chiffre qui ne cessera de croître. Cette réalité britannique devrait nous alerter davantage que les annonces de la PPE3, rappelons que les fermetures prévues par la PPE2 n'ont jamais été exécutées.
La Cour des comptes a formulé une recommandation de bon sens : ne rien décider de définitif tant que le coût réel et le financement certain des EPR2 ne sont pas établis.
Ce que nous devrions faire à la place
Plutôt que de bloquer les projets des collectivités territoriales au motif d'impossibilité de raccordement, plutôt que d'empêcher particuliers et entreprises d'installer des systèmes solaire/batterie pour la même raison, il serait infiniment plus rationnel :
- d'utiliser notre rente nucléaire pour financer la modernisation des réseaux électriques, dont nous avons un besoin urgent ;
- d'Investir dans les SMR pour évaluer sérieusement leur potentiel ;
- et de laisser le solaire et le stockage se déployer, maintenant que l'intermittence n'est plus l'obstacle qu'elle était.
La France dispose d'atouts réels. Encore faut-il les mobiliser avec lucidité plutôt que de s'arc-bouter sur des choix dont la rentabilité est de plus en plus difficile à défendre.
