OpenAI face à Elon Musk : les raisons d’un procès à 123 milliards d’euros

Le conflit judiciaire opposant OpenAI à son cofondateur historique Elon Musk a franchi un seuil inédit. En réclamant l’équivalent d’environ 123 milliards d’euros de dommages et intérêts, l’entrepreneur entend faire reconnaître une rupture de mission fondatrice et une captation de valeur qu’il juge illégitime.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 19 janvier 2026 6h31
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OpenAI face à Elon Musk : les raisons d’un procès à 123 milliards d’euros - © Economie Matin
500 MILLIARDS $OpenAI serait valorisée près de 500 milliards de dollars.

Déposée à la mi-janvier 2026 devant une juridiction fédérale californienne, la plainte visant OpenAI et son partenaire stratégique Microsoft s’inscrit dans une bataille juridique de grande ampleur. Le dossier, désormais renvoyé devant un jury à Oakland pour une audience prévue en avril 2026, cristallise les tensions entre le milliardaire fondateur de Tesla et OpenAI.

OpenAI et Elon Musk : les fondements juridiques d’un procès hors norme

Le procès intenté par Elon Musk contre OpenAI repose, avant tout, sur une lecture contractuelle et morale de la création de l’entreprise. Selon les faits exposés dans la plainte, OpenAI avait été fondée comme une structure à but non lucratif, dédiée au développement d’une intelligence artificielle bénéfique à l’humanité. Or, selon l’entrepreneur, cette orientation aurait été progressivement abandonnée au profit d’un modèle hybride, qualifié de « capped-profit », ouvrant la voie à une commercialisation massive. Ainsi, OpenAI se serait éloignée de ses engagements initiaux, ce qui constituerait, selon la demande, une rupture caractérisée de la mission fondatrice, un point central du procès.

Dans ce contexte, Elon Musk rappelle avoir été un soutien déterminant lors des premières années. D’après les éléments judiciaires rapportés par Reuters, il aurait injecté environ 38 millions de dollars, représentant la majorité des financements initiaux. À cela s’ajoutent, selon ses conseils, l’apport de crédibilité publique et l’expertise stratégique. « Sans Elon Musk, il n’y aurait pas eu OpenAI », a affirmé son avocat dans une déclaration relayée par Reuters, soulignant que ces contributions auraient permis à l’entreprise de franchir des seuils décisifs de croissance.

Une demande financière massive contre OpenAI et Microsoft

Au cœur du procès figure une demande de réparation financière exceptionnelle. Elon Musk réclame jusqu’à 134 milliards de dollars, en arguant de « gains injustifiés » réalisés par OpenAI et Microsoft grâce à des actifs et une trajectoire rendus possibles par son engagement initial. Selon les calculs produits au dossier et cités par Reuters, OpenAI aurait généré entre 65,5 et 109,4 milliards de dollars de valeur attribuable à ces apports, tandis que Microsoft aurait bénéficié de retombées estimées entre 13,3 et 25,1 milliards de dollars, soit respectivement entre 60 et 101 milliards d’euros pour OpenAI et 12 à 23 milliards d’euros pour Microsoft.

Ces montants visent à établir une proportionnalité entre l’investissement initial et la valeur actuelle captée. L’argumentation s’appuie également sur une estimation de la valorisation globale d’OpenAI, évoquée dans plusieurs médias économiques récents, qui dépasserait les 500 milliards de dollars, soit environ 460 milliards d’euros. Pour l’équipe juridique de Musk, cette valorisation illustre l’ampleur des bénéfices réalisés depuis l’abandon progressif du cadre non lucratif. Toutefois, OpenAI conteste fermement cette lecture, qualifiant la plainte de « sans fondement » et dénonçant, selon une déclaration rapportée par Reuters, une « campagne de harcèlement » à l’encontre de l’entreprise.

Un procès majeur pour l’avenir de l’intelligence artificielle

Au-delà des montants, le procès entre Elon Musk et OpenAI soulève des enjeux structurels pour l’ensemble du secteur de l’intelligence artificielle. La décision d’un juge fédéral de renvoyer l’affaire devant un jury, confirmée le 17 janvier 2026, confère à ce dossier une portée symbolique et juridique considérable. En effet, le tribunal devra se prononcer non seulement sur la validité des demandes financières, mais aussi sur la nature des obligations morales et juridiques liant une entreprise technologique à sa mission initiale.

Le contexte concurrentiel renforce la complexité du dossier. Depuis son départ d’OpenAI en 2018, Elon Musk a fondé xAI, une entreprise développant des systèmes concurrents, dont le chatbot Grok accusé d’avoir largement permis la création d’images de femmes dénudées sans leur consentement, mais aussi d’avoir des réponses biaisées malgré la promesse de vérité. OpenAI, de son côté, est dirigée par Sam Altman et s’appuie sur un partenariat stratégique avec Microsoft pour déployer ses technologies à grande échelle. Ce double positionnement nourrit les arguments de défense, qui voient dans la plainte une manœuvre liée à la concurrence, alors que Grok n’arrive pas à s’imposer face à son concurrent.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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