Le système scolaire français égalitariste ne répond pas aux besoins spécifiques des enfants surdoués (QI > 130), qui représentent 2,5% des élèves. L’auteur propose des adaptations pédagogiques pour mieux les accompagner dans leur scolarité.
Pour une éducation adaptée aux surdoués

Lire la précédente partie : https://www.economiematin.fr/en-finir-avec-legalitarisme-scolaire
Le système scolaire français est marqué par l’égalitarisme. Ceci nuit particulièrement aux enfants et adolescents surdoués. Ce sont ceux dont le quotient intellectuel dépasse 130, ce qui correspond, par exemple, à un âge mental de 13 ans pour un âge réel de 10 ans. Leur proportion étant d’environ 2,5%, plus de 300.000 élèves sont concernés !
Les enfants dont le quotient intellectuel dépasse 130 possèdent des caractéristiques mentales bien établies. On en compte, au moins, une vingtaine. Ce sont des critères (tels que l’hypersensibilité, l’ennui en classe...) qui permettent bien de détecter les enfants surdoués. En effet, on retrouve 80% à 100% (fréquemment !) de ces critères chez presque tous ces enfants, alors qu’ils sont minoritaires chez les enfants au Q.I. proche de la moyenne. La netteté de cette divergence psychologique contredit la propagande de ceux qui réfutent ou minimisent l’importance (qualitative et quantitative) des différences de potentiel intellectuel.
Il faut noter que plusieurs des caractéristiques psychologiques des surdoués sont plutôt handicapantes. On peut citer l’hyperémotivité, les difficultés relationnelles avec les enfants du même âge (attrait vers les plus âgés ou parfois les plus jeunes), des angoisses (particulièrement la nuit), l’excessivité dans les pensées et les actes, le repli sur soi... C’est pourquoi on qualifie parfois les surdoués de « handicapés du haut ».
Ce sont, principalement, ces handicaps spécifiques qui ont conduit la majorité des associations qui soutiennent les élèves surdoués à les qualifier plutôt d’enfants « à haut potentiel » ou « intellectuellement précoces », gommant ainsi la notion de supériorité contenue dans le mot « surdoué ».
Les caractéristiques des surdoués
La particularité des surdoués se fonde sur leur aptitude à comprendre beaucoup plus facilement et rapidement que la moyenne, à partir d’un acquis identique. Ceci provient d’une caractéristique physiologique qui se maintient (sauf accident) durant toute la scolarité, quels qu’en soient les résultats.
Cette donnée est fondamentale pour la détection des surdoués, qui ne doit donc pas se baser sur les performances scolaires. La reconnaissance d’un haut potentiel intellectuel peut débuter par la constatation des caractéristiques psychologiques évoquées ci-dessus, mais elle doit être confirmée par la mesure du quotient intellectuel, qui est nécessaire, malgré ses imperfections. La limite se situe entre 125 et 130. En effet, les résultats scolaires dépendent largement des capacités pour les Q.I. inférieurs à 125 alors qu’ils sont fréquemment inférieurs aux capacités pour les Q.I. supérieurs à 130.
L’inadaptation du système scolaire actuel
L’enseignement destiné à la grande masse des élèves est inadapté aux enfants surdoués, pour plusieurs raisons.
D’abord, la rapidité de compréhension des surdoués provoque leur ennui en classe. Elle cause, fréquemment, la frustration de ne pas apprendre davantage (pendant un temps scolaire dont la durée le permettrait). Il en résulte, très souvent, l’habitude de ne pas faire d’effort dans l’apprentissage, ce qui peut devenir dommageable dans les classes supérieures.
De plus, la perte de temps dans l’acquisition des connaissances oblige ensuite les étudiants à devoir en absorber, dans l’enseignement supérieur, de façon trop massive (et souvent trop spécialisée), ce qui nuit aux possibilités de réflexion et de recherches personnelles.
Les adaptations possibles de la scolarité
La solution consistant à donner une ou deux années d’avance, au début de la scolarité, ne résout pas les problèmes engendrés par la rapidité d’apprentissage des surdoués car ces problèmes ressurgissent après quelques années (le niveau des apprentissages devant être bien distingué de leur facilité).
Le saut de classe comporte le même inconvénient et, en outre, il expose au risque de lacunes dommageables au cours de la scolarité ultérieure.
Deux options sont donc envisageables : des classes spécifiques ou un enseignement adapté dans des classes ordinaires.
Les surdoués scolarisés en classe ordinaire doivent cependant, dans ce cas, recevoir un enseignement adapté à leurs particularités, comportant des compléments et des modalités spécifiques.
Ainsi, la pédagogie doit donner une place spécialement importante aux points habituellement faibles (paradoxalement!) chez les surdoués. Ce sont, entre autres, l’écriture manuscrite (car la main a du mal à suivre la rapidité de la pensée) et la présentation (car le surdoué a tendance à négliger la forme, étant concentré sur le fond).
D’autre part, en toutes matières, il faut privilégier l’expression rigoureuse de l’analyse (même si cela paraît fastidieux) car les surdoués ont tendance à aller trop vite à la conclusion (en utilisant fréquemment l’intuition, plutôt que le raisonnement détaillé). Les surdoués doivent donc apprendre à bien décomposer leur cheminement intellectuel, par exemple en le représentant sous forme de schéma. L’enseignant doit leur demander systématiquement l’explication de la solution trouvée.
Dans les classes spéciales pour surdoués, on met en œuvre, évidemment, les principes pédagogiques exposés ci-dessus. Mais d’autres adaptations sont permises par l’homogénéité (relative) des élèves.
Ainsi, la facilité des surdoués est beaucoup plus forte dans les domaines scientifiques (où la logique domine) que dans les littéraires (où la mémorisation est plus importante). Pour éviter un déséquilibre excessif, il faut donc apporter aux surdoués un complément dans les matières littéraires, en particulier celles faisant le plus appel à la mémoire, telles que l’acquisition du vocabulaire.
L’apprentissage d’une langue étrangère dès le CE1 (deuxième classe primaire) est souhaitable, car l’étude des autres programmes (dont la durée est réduite) laisse le temps pour cela, et car c’est l’âge le plus jeune qui est le plus propice à cet apprentissage.
Par ailleurs, afin d’éviter une trop grande spécialisation ultérieure et répondre à la grande curiosité des enfants surdoués, on doit développer leurs activités culturelles (au sens large) de toutes sortes : découverte des arts, de la Nature, du patrimoine...
D’autre part, il faut essayer de donner le goût du sport à tous, car la plupart des surdoués en manque. On doit combattre leur faiblesse habituelle (avec des exceptions) en cette matière, qui se manifeste surtout en sport collectif et dans la coordination des mouvements.
Plus généralement, face au risque d’une trop grande spécialisation (typiquement dans les domaines scientifiques), il faut imposer à l’élève surdoué un effort suffisant dans toutes les matières. Donner systématiquement le choix n’est pas une bonne méthode pédagogique. En effet, ceci restreint la possibilité de choix ultérieurs de l’enfant, qui ne pourra réellement choisir ce qui l’intéresse que plus tard, lorsqu’il aura acquis les connaissances de base dans une gamme suffisamment large de domaines.
Cependant, à l’intérieur de chaque matière scolaire, il faut favoriser le développement de l’imagination, de la recherche personnelle et donc de la créativité, sans toutefois oublier que ceci exige un minimum d’acquis.
Par ailleurs, l’activité cérébrale des surdoués étant généralement très intense, ils ont besoin de pauses, courtes mais fréquentes . Notre système scolaire doit être profondément remanié, dans l’optique de mieux concrétiser l’intelligence. Ceci a un coût mais c’est un investissement fortement rentable à long terme. Il est indispensable. En effet, si la France ne valorise pas l'intelligence de ses enfants, elle se retrouvera reléguée dans la compétition mondiale. Elle ne pourra plus prétendre au statut de grande puissance scientifique et intellectuelle. Elle ne sera donc plus capable d'attirer les talents du monde entier et continuera sa course vers le déclin.
