L’ouverture du procès en appel de Marine Le Pen marque une étape décisive pour l’avenir politique du Rassemblement National. Au-delà de la bataille judiciaire, cette audience engage des enjeux économiques majeurs, de la stabilité des marchés à la lisibilité du paysage politique français à l’approche de 2027.
Procès en appel de Marine Le Pen : l’audience qui peut tout changer

Ce mardi 13 janvier 2026, Marine Le Pen comparaît devant la cour d’appel de Paris. Le chef de file du Rassemblement National conteste sa condamnation prononcée en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Pour Marine Le Pen, l’enjeu dépasse largement le cadre judiciaire. Il conditionne directement sa capacité à se présenter à l’élection présidentielle de 2027, dans un contexte économique et politique déjà marqué par de fortes incertitudes.
Un appel aux conséquences immédiates
Le procès en appel de Marine Le Pen s’inscrit dans la continuité d’un dossier judiciaire ancien mais explosif. En première instance, la justice a estimé que le système mis en place par le Rassemblement National, alors Front national, avait permis l’utilisation de fonds du Parlement européen pour financer des activités partisanes nationales. Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics, une qualification pénale lourde, au cœur de ce procès en appel.
Selon les éléments retenus par le tribunal correctionnel, les faits se sont déroulés sur une période longue, entre 2004 et 2016, impliquant plusieurs élus européens et assistants parlementaires. Le préjudice total a été évalué à 4,4 millions d’euros, un montant cité par la justice et repris par Le Monde lors de l’ouverture de la procédure d’appel. Cette somme correspond aux rémunérations d’assistants considérés comme travaillant prioritairement pour le parti et non pour le Parlement européen.
Marine Le Pen a été condamnée, le 31 mars 2025, à quatre ans de prison, dont deux ferme aménagés sous surveillance électronique, ainsi qu’à 100 000 euros d’amende. Mais c’est surtout la peine d’inéligibilité de cinq ans, assortie de l’exécution provisoire, qui constitue le cœur du dossier politique. Cette mesure empêche, à ce stade, toute candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027, tant que la décision d’appel n’est pas rendue.
Devant la cour d’appel de Paris, qui juge l’affaire du 13 janvier au 12 février 2026, Marine Le Pen conteste la qualification pénale et la portée politique du jugement. Elle a déclaré vouloir « rétablir sa réputation devant la Cour », selon Public Sénat, affirmant contester « fermement » les faits qui lui sont reprochés. Ce procès apparaît donc comme une seconde chance judiciaire, mais aussi comme un test de crédibilité politique.
Marine Le Pen et l’inéligibilité : un risque majeur pour le Rassemblement National
Pour le Rassemblement National, le procès en appel de Marine Le Pen représente un point de bascule stratégique. Depuis plusieurs années, le parti s’est structuré autour de sa figure centrale, à la fois candidate récurrente à la présidentielle et garante de la stratégie de dédiabolisation. Une confirmation de l’inéligibilité aurait des conséquences immédiates sur l’organisation interne du RN et sur sa capacité à incarner une alternative politique crédible à court terme.
Marine Le Pen elle-même a reconnu l’enjeu. « Ce procès déterminera si je peux encore me présenter à la présidentielle de 2027 », a-t-elle déclaré avant l’ouverture des audiences. L’absence de candidate naturelle, en cas de confirmation de la peine, poserait un problème de succession et de crédibilité électorale. Or, le RN pèse lourdement dans les équilibres institutionnels, avec un groupe parlementaire important et une implantation territoriale renforcée lors des dernières élections.
Plusieurs responsables reconnaissent une inquiétude grandissante à l’approche des audiences. Même si le RN affirme disposer de plans alternatifs, l’image d’un parti fragilisé par une condamnation judiciaire pourrait peser durablement sur sa capacité à mobiliser son électorat et ses soutiens financiers. La stabilité du paysage politique français reste un facteur clé de prévisibilité. Une recomposition forcée du RN, ou une exclusion durable de Marine Le Pen du jeu électoral, pourrait modifier les équilibres politiques anticipés pour 2027, avec des effets indirects sur les anticipations économiques et budgétaires.
Le calendrier judiciaire ajoute à la tension. Le délibéré est attendu après plusieurs semaines d’audience, ce qui prolonge l’incertitude jusqu’au cœur de l’année 2026. Or, cette période correspond à une phase cruciale de préparation budgétaire et de positionnement stratégique pour les grandes forces politiques. L’absence de visibilité sur la candidature de Marine Le Pen complique les projections électorales, mais aussi les stratégies d’alliance et de communication des autres partis.
Enfin, ce procès en appel pose une question institutionnelle plus large : celle de la place du juge dans la vie démocratique. Le fait qu’une décision judiciaire puisse écarter durablement une candidate majeure interroge une partie de l’opinion. Ce débat, déjà présent lors du jugement de première instance, ressurgira inévitablement au fil des audiences, renforçant la portée politique et symbolique de ce procès hors norme.
