SEB le géant tricolore du petit équipement domestique lance un vaste plan de transformation. L’objectif ? La survie de tout un modèle industriel qui vacille sous le poids des charges, de la concurrence asiatique et de décennies d’arbitrages politiques défavorables à ceux qui produisent encore en France.
200 M€ d’économies pour rester debout : le fleuron industriel français SEB se restructure pour survivre

Il fut un temps où l'industrie française faisait la fierté du pays. Où l'on brandissait nos champions nationaux comme des étendards. Où produire en France était un acte de souveraineté autant que de bon sens économique. Ce temps semble révolu. L'annonce, ce jour, d'un plan de transformation massif par l'un de nos derniers grands groupes industriels du petit équipement domestique, le groupe SEB, vient rappeler une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : fabriquer en France est devenu un combat quotidien, un exercice d'équilibriste permanent entre excellence industrielle et contraintes réglementaires toujours plus lourdes.
SEB lance le plan Rebond pour se restructurer et continuer d’innover
Le plan Rebond, c'est son nom, prévoit 200 millions d'euros d'économies ciblées. Simplification des organisations, renforcement de l'agilité opérationnelle, accélération de l'innovation. Sur le papier, tout cela ressemble à un exercice classique de gestion d'entreprise. Mais derrière ces mots, il y a une réalité bien plus brutale. Si ce groupe, reconnu mondialement pour la qualité de ses produits, pour sa capacité d'innovation, pour la solidité de ses marques emblématiques connues dans chaque foyer français, en arrive à devoir se restructurer en profondeur, c'est que quelque chose s'est cassé dans la mécanique industrielle française. Quelque chose de fondamental.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur l'exercice 2025, les ventes annuelles atteignent 8,17 milliards d'euros, en légère croissance organique de 0,3 %. L'innovation fonctionne. Les ventes en ligne progressent. Les segments de l'entretien des sols, du soin du linge et des articles culinaires affichent de bonnes dynamiques. Mais tout cela n'a pas suffi. Le résultat opérationnel d'activité s'effondre de 25 % par rapport à 2024, tombant à 601 millions d'euros. Un quart de la rentabilité envolé en douze mois. C'est vertigineux. C'est inquiétant. Et c'est surtout révélateur d'un mal qui dépasse largement cette entreprise.
Un groupe industriel qui résiste malgré des vents contraires exogènes
Comment en est-on arrivé là ? Les causes sont multiples, mais elles ont toutes un point commun : elles sont extérieures à l'entreprise. Droits de douane imposés par les États-Unis dans le cadre d'une politique protectionniste assumée, volatilité des devises liée aux tensions géopolitiques, concurrence internationale féroce de pays qui ne jouent pas selon les mêmes règles. Autant de facteurs sur lesquels le groupe SEB et l’ensemble de l’industrie française n'ont aucune prise, mais dont ils subissent pleinement les conséquences. C'est là que réside le drame. Quand on parle de SEB, on ne parle pas d'une entreprise mal gérée. On parle d'une entreprise bien gérée, remarquablement bien gérée même, dans un environnement devenu toxique pour l'industrie.
La France a fait des choix. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont privilégié l'économie de services au détriment de l'économie productive. On a laissé filer les usines, on a alourdi les charges, on a empilé les normes, on a complexifié chaque acte de production jusqu'à l'absurde. Le résultat est sous nos yeux : un tissu industriel en lambeaux, des emplois qui disparaissent par centaines de milliers, des savoir-faire séculaires qui s'évaporent. Et quand un groupe résiste encore, quand il continue d'investir, de produire, d'employer sur le territoire national, de former des jeunes aux métiers de l'industrie, on le regarde se débattre sans lui tendre la main. Pire, on continue d'alourdir ses charges.
Veut-on encore produire en France ?
Le plan Rebond est une réponse courageuse à cette situation intenable. L'ambition affichée par le groupe SEB est claire : retrouver une croissance organique annuelle des ventes de 5 % et une marge opérationnelle de 10 %, pour ensuite tendre vers 11 %. C'est ambitieux. C'est nécessaire. Mais c'est aussi un aveu. Un aveu que dans les conditions actuelles, même les meilleurs ne peuvent plus se contenter de bien faire leur métier. Il faut en permanence se réinventer, couper, optimiser, rationaliser, simplement pour maintenir la tête hors de l'eau. Simplement pour ne pas couler.
La question qui se pose désormais dépasse largement le cadre de cette entreprise. Elle concerne l'ensemble de la politique industrielle française. Veut-on encore produire en France ? Veut-on encore des usines, des ouvriers qualifiés, des ingénieurs qui conçoivent et fabriquent des produits sur notre sol ? Si la réponse est oui, alors il est urgent de changer de logiciel. De baisser les charges qui pèsent sur la production. De simplifier un environnement réglementaire devenu kafkaïen. De protéger nos entreprises face à une concurrence internationale qui ne joue pas selon les mêmes règles. Ce plan de 200 millions d'euros d'économies n'est pas qu'un plan d'entreprise. C'est un miroir tendu à la France. Et l'image qu'il renvoie n'est pas flatteuse. Il est encore temps de réagir. Mais chaque jour qui passe sans décision rend le sursaut plus difficile et plus coûteux.