Pourquoi la localisation des données est-elle devenue un enjeu central ? La question de la localisation des données s’est imposée, en quelques années, comme un sujet clé des débats numériques.
La souveraineté des données, un impératif stratégique pour les CRM en 2026

Souvent présentée comme le cœur de la souveraineté numérique, l’hébergement des données en France ou en Europe est-il suffisant pour les protéger ? La réalité est bien plus complexe : la localisation géographique n’est qu’un maillon d’une chaîne bien plus large, où se croisent enjeux juridiques, technologiques, sécuritaires et politiques.
Un cadre réglementaire exigeant
Le RGPD reste le socle de cette exigence. En 2025, la CNIL a prononcé des sanctions records, totalisant 478 millions d’euros d’amendes (dont 325 M€ pour Google et 150 M€ pour Shein), marquant un durcissement sans précédent du contrôle des données. Les entreprises et organismes publics sont désormais juridiquement responsables des données qu’ils traitent et hébergent, avec des risques financiers pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires mondial ou 20 millions d’euros en cas de manquement.
Un contexte géopolitique tendu
La mondialisation des services numériques, autrefois synonyme de fluidité et d’efficacité, se heurte aujourd’hui à des lois extraterritoriales, comme le Cloud Act américain. Ce texte permet aux autorités américaines d’exiger l’accès à des données détenues par des entreprises américaines, même si elles sont hébergées hors des États-Unis. En 2026, 85 % des modèles de base d’IA proviennent encore des États-Unis, et l’Europe dépend à 99 % des câbles sous-marins contrôlés par des acteurs non européens pour son trafic de données
Souveraineté numérique et cloud mondial : compatibles ou contradictoires ?
La question n’est plus simplement « Où sont mes données ? », mais « Qui peut y accéder ? ». Un cloud peut être physiquement situé en France, tout en restant soumis à une législation étrangère du fait de l’origine de l’éditeur ou de l’hébergeur. Ce conflit entre le RGPD européen et certaines lois étrangères, comme le Cloud Act, illustre la tension entre protection des droits des citoyens et impératifs de sécurité nationale.
La souveraineté, une chaîne à maîtriser
Parler de souveraineté numérique, c’est parler de la maîtrise complète de la chaîne :
- Infrastructure d’hébergement : Où sont stockées les données ?
- Fournisseur de cloud : Qui contrôle l’accès et la gestion des données ?
- Éditeur du logiciel : Quelle est la juridiction applicable ?
- Cadre juridique : Quelles sont les garanties contre les accès non autorisés ?
Sans cette vision globale, la localisation géographique devient un argument rassurant, mais insuffisant. En 2026, seuls 16 % des répondants à une enquête européenne se disent optimistes quant à la capacité de l’Europe à atteindre une souveraineté numérique complète dans les cinq prochaines années.
Le score de souveraineté du cloud : une avancée concrète
Pour répondre à ces enjeux, la Commission européenne a introduit en 2025 un « score de souveraineté du cloud », évaluant les fournisseurs selon huit critères :
- Souveraineté juridique et technologique (20 % du score)
- Chaîne d’approvisionnement et sécurité (15 % chacune)
- Données et IA, opérationnelle, durabilité environnementale (10 % chacune)
- Stratégique (5 %)
Ce score, exprimé sur 100 %, reflète la capacité d’un fournisseur à garantir que ses services, données et infrastructures restent sous contrôle européen, sans dépendance critique vis-à-vis de juridictions extérieures. Une initiative qui vise à harmoniser les achats publics et à favoriser les acteurs locaux, mais qui reste controversée : certains y voient un outil de transparence, d’autres un cadre trop rigide ou peu réaliste.
Cinq axes pour aborder concrètement la souveraineté des données
1 - Qualifier le type d’hébergement requis : Cloud public, privé ou qualifié pour le secteur public ? Chaque usage appelle un niveau d’exigence différent.
2 - Analyser l’origine juridique de chaque acteur : Hébergeur, éditeur, sous-traitants tous doivent être pris en compte.
3 - Évaluer la sécurité de bout en bout : Infrastructure, réseau, logiciels, processus internes la souveraineté est indissociable de la cybersécurité.
4 - Encadrer contractuellement la protection des données : Clauses de confidentialité, engagements sur l’accès aux données, audits possibles.
5 - Mettre en place une gouvernance partagée : La décision doit associer DSI, directions métiers et gouvernance exécutive.
Une prise de conscience encore incomplète
Malgré ces avancées, la souveraineté numérique reste un défi. En 2026, 71 % des décideurs publics placent la protection des données en tête de leurs priorités, mais les pratiques peinent à suivre. Les organisations continuent d’héberger des données sensibles dans des environnements exposés à des législations extraterritoriales, souvent par inertie ou manque d’alternatives perçues comme crédibles.
La souveraineté des données n’est ni un slogan, ni une case à cocher. C’est un choix stratégique, qui suppose lucidité, expertise et parfois renoncement à un certain confort technologique. À l’heure où la donnée est devenue un actif critique économique, politique et démocratique la question n’est plus de savoir si l’on peut se permettre de réfléchir à la souveraineté, mais si l’on peut encore se permettre de l’ignorer.
Sources :
https://wire.com/fr/blog/souverainete-numerique-europe-etat
https://itdaily.fr/nouvelles/cloud/cispe-critique-les-scores-souverainete/
https://goodtech.info/barometre-numspot-2025-securite-souverainete-cloud/
