Le vent tourne chez les géants de l’automobile. Tandis que les conseils d’administration peaufinent leurs stratégies à coups de milliards, une autre mutation s’opère, plus symbolique : celle des sièges, des salaires, et des centres de gravité du pouvoir. Stellantis, quatrième groupe automobile mondial, en offre une illustration saisissante.
Stellantis : Antonio Filosa pourra toucher 23 millions de dollars en 2028

Un virage stratégique acté le 28 mai 2025
Le 28 mai 2025, Stellantis a officialisé la nomination d’Antonio Filosa, 52 ans, à la tête du groupe. Cette décision prendra effet après son intronisation prévue lors de l’assemblée générale du 18 juillet. Dès le 23 juin, il recevra officiellement les pleins pouvoirs de directeur général, remplaçant Carlos Tavares, l’homme qui avait conduit PSA (Peugeot Société Anonyme) à fusionner avec Fiat-Chrysler en 2021.
Mais le vrai choc n’est pas seulement nominal. Il est géographique. Le nouveau PDG, d’origine italo-brésilienne, restera basé à Détroit, aux États-Unis. Un changement qui, pour ce groupe franco-italo-américain aux quatorze marques (Peugeot, Citroën, Opel, Jeep, Alfa Romeo...), n’est pas seulement logistique mais géopolitique.
Stellantis mise sur l’Amérique : une stratégie de rentabilité plus qu’européenne
Si l’Europe demeure le premier marché de Stellantis en volume, l’essentiel de ses bénéfices provient désormais de l’Amérique du Nord. En 2024, les difficultés sur ce continent ont précipité le départ de Carlos Tavares, à la tête de PSA depuis 2013, et de Stellantis depuis 2021. Ce repositionnement transatlantique, acté par la direction, marque une volonté claire de cibler les profits plutôt que les origines.
Comme l’a indiqué le groupe, Antonio Filosa "travaillera à travers le monde entier", mais sa base restera Détroit, où il dirigeait jusqu’ici les opérations du groupe pour le continent américain.
Une rémunération à l’américaine : 23 millions de dollars dans le viseur
Mais ce transfert transatlantique ne s’arrête pas au bureau. La rémunération du nouveau patron sera en dollars. Elle symbolise autant un changement de continent qu’un glissement de culture managériale. Le contrat d’Antonio Filosa prévoit un salaire de base annuel de 1,8 million de dollars (soit 1,6 million d’euros), auquel s’ajouteront des bonus et incitations à long terme pouvant porter sa rémunération à 23 millions de dollars en 2028, soit environ 21,4 millions d’euros, selon l’article de France 3 Régions.
En attendant cette apothéose salariale, le calendrier prévoit une montée progressive : 3,8 millions de dollars en 2025, puis 4 millions en 2026. Ces montants incluent des primes pouvant représenter jusqu’à 400 % du salaire de base, et des incitations de long terme plafonnées à 600 % de ce même salaire, selon le document préparatoire de l’assemblée générale.
Carlos Tavares : la comparaison inévitable
Impossible de parler de cette rémunération sans évoquer son prédécesseur. Carlos Tavares avait touché jusqu’à 36,5 millions d’euros en 2023, un record qui avait déclenché de vives polémiques en France. « Les 23 millions représentent un plafond dans le meilleur des scénarios », a tenu à rappeler un porte-parole du groupe, cherchant à tempérer les critiques.
Pourtant, même avec cette nuance, Antonio Filosa rejoindra le cercle fermé des patrons les mieux payés du CAC40, dès lors que ses primes entreront en vigueur. Seul le patron d’EssilorLuxottica a perçu en 2024 une enveloppe équivalente ou supérieure.
Jet privé, protection rapprochée : la panoplie complète du PDG globalisé
Outre sa rémunération, le contrat d’Antonio Filosa inclut un jet d’affaires, un service de sécurité personnelle, ainsi que plusieurs véhicules de fonction. Objectif : garantir une mobilité totale pour ce PDG globetrotter, chargé d’incarner un groupe qui se veut agile, transnational et offensif face aux mutations de l’industrie automobile européenne.
Son profil, loin d’être celui d’un outsider, est celui d’un vétéran maison : 25 années passées chez Fiat puis Stellantis, occupant des fonctions opérationnelles clés sur divers marchés. Cette biographie interne rassure un conseil d’administration soucieux de continuité stratégique, mais n’empêche pas certaines voix de s’interroger sur l’absence de lien direct avec les racines françaises du groupe.
Conclusion : une nomination stratégique, mais à double tranchant
Le transfert du pouvoir exécutif de Stellantis vers les États-Unis, accompagné d’une rémunération colossale en dollars, signe une américanisation accélérée du groupe. Ce choix stratégique, motivé par la rentabilité nord-américaine, interroge sur le devenir de la filiale Peugeot, fondement historique du conglomérat.
Alors que les syndicats français s’inquiètent déjà des signaux envoyés, l’assemblée générale du 18 juillet prochain sera scrutée de près. Le nouveau patron de Stellantis, Antonio Filosa, y recevra les pleins pouvoirs pour tenter de guider ce géant bicéphale dans une industrie bousculée par l’électrification, les pressions écologiques et la compétition mondiale. Avec, à la clé, une promesse de 23 millions de dollars. Une promesse qui, elle, n’a rien de symbolique.