Automobile : Stellantis ne veut plus du 100% électrique en 2035

Pour Antonio Filosa, nouveau directeur général de Stellantis, l’échéance de 2035 pour l’interdiction des véhicules au moteur thermique est intenable. Dans un entretien au quotidien Les Échos, il demande qu’elle soit repoussée.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 8 septembre 2025 8h11
Automobile : Stellantis ne veut plus du 100% électrique en 2035
Automobile : Stellantis ne veut plus du 100% électrique en 2035 - © Economie Matin
12 ansEn moyenne européenne, l’âge moyen du parc roulant dépasse désormais 12 ans.

Les constructeurs automobiles face à une réglementation jugée irréaliste

Dans un entretien aux Échos le 6 septembre 2025, Antonio Filosa, nouveau directeur général de Stellantis, a pris position sur un dossier brûlant : l’interdiction des moteurs thermiques à l’horizon 2035 en Europe. Selon lui, ce calendrier est intenable dans l’état actuel du marché et pourrait fragiliser durablement les constructeurs automobiles. Cette déclaration intervient dans un contexte où l’ensemble du secteur interpelle Bruxelles pour exiger une stratégie plus réaliste, conciliant électrification et viabilité économique.

L’argument central d’Antonio Filosa repose sur un constat chiffré : le marché automobile européen s’est contracté. En 2019, environ 18 millions de voitures avaient été vendues sur le continent, contre moins de 15 millions en 2025, soit une perte de 3 millions d’unités en cinq ans, l’équivalent des marchés italien et espagnol réunis. Cette baisse structurelle rend plus difficile une transition rapide vers l’électrique, car les volumes ne permettent pas d’amortir les investissements massifs requis.

Le patron de Stellantis insiste également sur l’état du parc roulant. L’âge moyen dépasse désormais 12 ans, avec plus de 250 millions de véhicules anciens encore en circulation en Europe. Pour lui, concentrer tous les efforts sur les nouvelles immatriculations électriques est une erreur stratégique : encourager le renouvellement des voitures existantes, y compris via des moteurs thermiques modernes et hybrides, aurait un impact plus significatif sur les émissions globales.

La critique portée par Stellantis n’est pas isolée. Fin août 2025, plusieurs groupes européens, dont Mercedes-Benz et Schaeffler, ont affirmé que les objectifs climatiques fixés par l’Union européenne, soit -55 % d’émissions de CO₂ en 2030 et -100 % en 2035, n'étaient « tout simplement plus réalisables dans le monde d'aujourd'hui ». Ces constructeurs automobiles réclament que la réglementation tienne compte des hybrides, des carburants décarbonés et de l’hydrogène, plutôt que d’imposer une électrification totale. « Les véhicules électriques mèneront la danse, mais il doit également y avoir de la place pour les hybrides rechargeables, les prolongateurs d'autonomie, les véhicules à moteur à combustion interne hautement efficaces, l'hydrogène et les carburants décarbonés », ont-ils affirmé dans un communiqué commun.

Une ligne de fracture entre stratégie européenne et réalités industrielles

Antonio Filosa a choisi ses mots : « Interdire la vente de moteurs thermiques d’ici 2035 est irréaliste ». Pour le dirigeant, l’Europe risque de s’enfermer dans une stratégie rigide au moment même où la compétition mondiale s’intensifie. Aux États-Unis, les moteurs thermiques conservent une place dominante, illustrée par le retour du Hemi V8. En Chine, l’électrification progresse de façon fulgurante, soutenue par des investissements publics massifs. L’Europe, quant à elle, persiste dans un modèle contraignant, risquant de fragiliser sa propre industrie.

Dans un entretien au Financial Times, le président de Stellantis, John Elkann, ainsi que Luca de Meo, patron de Renault, ont d’ailleurs appelé à « moins de règles fragmentées et plus de stratégie industrielle ». Selon eux, la multiplication des normes européennes, combinée à l’incertitude autour de l’échéance de 2035, crée un brouillard stratégique qui empêche les constructeurs automobiles de planifier efficacement leurs investissements.

Pour une flexibilité technologique pour sauver l’industrie

Concrètement, Stellantis plaide pour une flexibilité technologique. Cela inclut la production de modèles hybrides, hybrides rechargeables, ou équipés de prolongateurs d’autonomie, tout en continuant à investir dans l’électrique pur. Antonio Filosa rappelle également la nécessité d’investir dans les infrastructures de recharge, jugées encore insuffisantes pour accompagner une transition totale.

Sur le terrain réglementaire, le dirigeant propose un ajustement précis : allonger de trois à cinq ans la période de calcul des émissions de CO₂ pour les véhicules utilitaires légers, afin de donner plus de marge aux constructeurs automobiles. Cet assouplissement permettrait d’éviter des pénalités trop lourdes et d’accorder du temps au secteur pour adapter ses chaînes de production.

En Italie, la production de voitures thermiques et hybrides bat son plein

Si Antonio Filosa plaide pour plus de souplesse, il insiste aussi sur la rapidité nécessaire : « Un dialogue stratégique est très important, mais il est désormais essentiel d'agir de toute urgence. Il n'y a pas de temps à perdre ». Derrière cette déclaration, une double exigence : Bruxelles doit ouvrir un cadre de négociation, mais surtout apporter des réponses immédiates pour éviter une déstabilisation du marché.

Dans cette logique, Stellantis mise sur le « Piano Italia », un plan de relance centré sur des modèles abordables produits localement. Les Jeep Compass fabriquées à Melfi et les Fiat 500 hybrides assemblées à Mirafiori doivent contribuer à relancer la demande d’ici fin 2025. Une manière de montrer que les moteurs thermiques, modernisés et associés à l’hybride, peuvent encore jouer un rôle de transition.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

1 comment on «Automobile : Stellantis ne veut plus du 100% électrique en 2035»

  • RENARD

    L’Europe dirigée par des élus déconnectés des réalités économiques que vivent les citoyens européens, a déjà détruit l’ère industrielle et est en très bonne voie pour démolir l’ère commerciale. Nous sommes dirigés par des incapables depuis plus de 50 ans, le fond du trou approche, ensuite nous ne pourrons que rebondir ou disparaître.

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