Placée en redressement judiciaire le 2 mars 2026, le spécialiste du transport routier Ziegler France n’a pu éviter la liquidation sans poursuite d’activité qui menaçait 1500 employés, selon ses avocats. L’entreprise faisait face, depuis des années, à une explosion des coûts et des marges sous tension. Une gouvernance défaillante a précipité son effondrement, qui illustre les déséquilibres croissants d’un secteur clé de l’économie française.
Transport routier : la chute de Ziegler, symptôme d’un secteur sous pression

Une faillite révélatrice d’un modèle fragilisé
Ce mardi 31 mars 2026, le transporteur Ziegler France et l’une de ses filiales ont été placés en liquidation sans poursuite d’activité par le tribunal de commerce de Lille Métropole, une catastrophe pour leurs quelque 1 500 salariés dans tout le pays. Cette décision marque l’aboutissement d’une lente dégradation financière pour le groupe. Des « pertes abyssales » accumulées sur plusieurs exercices ont fini par rendre la situation intenable.
Pour les représentants des salariés, l’issue ne fait désormais guère de doute. « C’est un gâchis absolu », déplore Jean-Louis Borie, avocat des salariés de Ziegler France, qui questionne toutefois la chronologie. La cessation des paiements remontant à septembre 2024, l’avocat se demande pourquoi la société ne s’est pas déclarée en dépôt de bilan à l’époque, et a attendu mars 2026 pour être placée en redressement judiciaire.
« Si la situation avait été prise à bras le corps bien avant, il aurait pu y avoir un plan social avec peut-être un peu de casse, mais moindre que celle qu'on va subir à l'heure actuelle », précise David Clairet, délégué syndical central CGT de Ziegler France.
L’effet ciseau des coûts et des marges
Cette liquidation prend la forme d’un choc social immédiat. « C’est arrivé comme une tornade […] Du jour au lendemain on n’a plus de travail », témoigne un salarié. L’absence de solution de continuité transforme une restructuration potentielle en rupture nette, sans amortisseur social suffisant.
La faillite de Ziegler France intervient dans un contexte sectoriel particulièrement dégradé. Le transport routier subit de plein fouet la flambée des prix des carburants, accentuée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Cette hausse agit comme un choc exogène qui comprime des marges déjà faibles, voire négatives pour certains acteurs.
Le mécanisme est bien connu des économistes : un effet ciseau entre des coûts variables en forte hausse et des prix de vente qui ne peuvent pas trop augmenter, notamment dans un marché très concurrentiel. Les aides publiques, jugées insuffisantes, peinent à amortir le choc. « Il faudrait 50 centimes. Sinon, ce sera des faillites ; on ne peut pas continuer à travailler à perte », alerte une professionnelle du secteur (AFP).
Une crise sociale et systémique
Cette onde de choc de la liquidation de Ziegler s’inscrit donc dans une dynamique plus large de fragilisation du tissu des PME du transport, confrontées à une volatilité accrue des coûts et à une intensification de la concurrence. Les mobilisations récentes du secteur, comme les opérations escargot, traduisent cette tension croissante entre impératifs économiques et survie des entreprises.
Dans cet écosystème sous pression, la faillite n’apparaît plus comme une exception, mais comme un risque systémique, renforcé par la conjonction de facteurs exogènes et de vulnérabilités internes.
Dans ce contexte, la recherche de repreneurs pour Ziegler relevait de la gageure. En moins d’un mois, et dans un climat d’incertitude, les offres se sont révélées « tellement dérisoires » qu’aucune solution globale n’a pu émerger.