Etats-Unis : le FMI valide la croissance mais alerte sur la dette

Aux Etats-Unis, le FMI dresse un diagnostic nuancé : une économie encore solide, mais fragilisée par des déficits persistants, une dette qui grimpe et une politique commerciale plus agressive qui risque de freiner la croissance et de compliquer la lutte contre l’inflation.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 27 février 2026 8h32
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Etats-Unis : le FMI valide la croissance mais alerte sur la dette - © Economie Matin
2,4%Selon le FMI, les Etats-Unis connaîtront une croissance de 2,4% en 2026.

Le 25 février 2026, à l’issue de sa consultation annuelle dite « Article IV », le Fonds monétaire international (FMI) a publié sa lecture de la trajectoire économique américaine. Le message est clair : la dynamique reste favorable, mais les déséquilibres budgétaires et externes inquiètent, d’autant plus que le commerce se tend et que les droits de douane prennent de l’ampleur.

Dans ce contexte, le FMI cherche à répondre à une question simple : que produisent, pour l’économie des Etats-Unis et pour le reste du monde, les orientations de politique économique engagées depuis 2025, notamment sur le budget, l’immigration et le commerce, sous l’administration de Donald Trump, et que faudrait-il corriger pour éviter des chocs plus lourds ?

Etats-Unis : une croissance solide, mais des équilibres plus fragiles

Le FMI commence par reconnaître la résistance de l’activité. Dans son scénario de base, il projette une croissance du PIB réel de 2,4 % en 2026 (en variation quatrième trimestre sur quatrième trimestre), après 2,2 % en 2025. Le même document souligne que l’économie continue de bénéficier d’une progression de la productivité, et d’un marché du travail qui, sans être en surchauffe, reste robuste.

Dans cette lecture, la normalisation de l’inflation se poursuit, mais elle est lente et vulnérable aux chocs. Le FMI écrit que le retour de l’inflation sous-jacente PCE vers l’objectif de 2 % n’est pas attendu avant début 2027. L’Associated Press reprend la même perspective et ajoute que l’institution voit un chômage en baisse, de 4,5 % à environ 4,1 % en 2026. L’agence cite l’idée que la Réserve fédérale pourrait réduire légèrement ses taux, évoquant un passage de 3,6 % à 3,4 %, tout en déconseillant des baisses plus profondes en l’absence de dégradation du marché du travail.

Le FMI insiste toutefois sur une réalité moins visible que les indicateurs de croissance : l’économie américaine est portée par une combinaison de politiques qui creusent les besoins de financement. Les mesures fiscales et de dépenses mises en œuvre en 2025 auraient, d’après les services du FMI, augmenté le niveau de PIB d’environ 0,75 % en 2026-2027, mais au prix d’une hausse du déficit d’environ 1,5 % du PIB. Cette tension apparaît aussi dans la position extérieure. Le FMI indique que le déficit courant devrait rester élevé, autour de 3,5 % à 4 % du PIB « dans les prochaines années ». « Le déficit courant des États-Unis est trop important », juge l’institution.

Etats-Unis : dette et déficits, l’alerte du FMI

Le cœur de la mise en garde du FMI porte sur le budget. Dans sa déclaration de fin de mission, l’institution estime que, « sous les politiques actuelles », le déficit des administrations publiques resterait dans une fourchette de 7 % à 8 % du PIB, et pousserait la dette des administrations publiques à 140 % du PIB en 2031. Pour le FMI, cette dynamique « n’est pas soutenable » et constitue un risque croissant de stabilité pour l’économie américaine et mondiale, selon Reuters.

Le FMI prend soin de nuancer : le risque de stress souverain est jugé faible. Mais il ajoute que la trajectoire ascendante du ratio dette/PIB, et la hausse de la dette à court terme, accroissent un risque de stabilité plus diffus, par exemple via une hausse durable des taux, une sensibilité accrue aux chocs, ou une moindre marge de manœuvre budgétaire en cas de ralentissement. Kristalina Georgieva, à la tête du FMI, résume ainsi : « La conclusion, pour faire simple, c’est que le déficit courant est trop important. Et l’administration le reconnaît », a-t-elle déclaré, relayée par Reuters.

Le sujet dépasse la politique intérieure : il touche au rôle international des Etats-Unis. Plus le Trésor américain doit émettre, plus les taux mondiaux peuvent être tirés vers le haut, et plus les marchés deviennent dépendants d’une confiance durable dans la trajectoire budgétaire américaine. Le FMI ne décrit pas un basculement, mais un risque qui grandit « à mesure » que la dette augmente. AP News, de son côté, résume l’idée en notant que la dette fédérale monterait de moins de 100 % du PIB en 2025 à près de 110 % en 2031.

Droits de douane et commerce : le FMI met en garde contre un choc d’offre

C’est sur le commerce que la critique est la plus sensible politiquement. Le FMI reconnaît que les droits de douane peuvent générer des recettes. Il chiffre même ces recettes à court terme à environ 0,75 % du PIB. Mais, dans le même texte, il explique que des tarifs plus élevés agissent comme un « choc d’offre négatif » : ils renchérissent les intrants, perturbent les chaînes de valeur et pèsent sur l’activité. Les tarifs douaniers plus élevés devraient augmenter le niveau de l’indice des prix PCE d’environ 0,5 % d’ici le début de 2026, et réduire le niveau de production d’environ 0,5 %.

Le FMI insiste aussi sur l’incertitude : une politique commerciale plus heurtée peut retarder des investissements, pousser des entreprises à différer des décisions, ou inciter à reconfigurer des chaînes d’approvisionnement au prix d’une efficacité moindre. Reuters note, en outre, que l’administration américaine a justifié certaines mesures en invoquant des difficultés de balance des paiements, mais que le FMI considère la consolidation budgétaire comme un levier plus efficace pour réduire les déficits externes. Ainsi le FMI appelle les Etats-Unis à travailler avec leurs partenaires pour assouplir les restrictions commerciales. Derrière cette formule diplomatique, le FMI défend un principe : une économie américaine forte gagne davantage, à long terme, dans un système commercial plus prévisible que dans une escalade de mesures et de contre-mesures.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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