OTAN : un budget à 5 % du PIB pour réarmer l’Europe

Derrière l’appel au renforcement du « bouclier de l’OTAN » se joue bien plus qu’un simple virage militaire. C’est une démonstration de pouvoir, une recomposition des équilibres entre Alliés et un bras de fer feutré entre Bruxelles, Londres et Washington. Jusqu’où ira cette relance militaire à haut potentiel politique ?

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By Amandine Leclerc Published on 9 juin 2025 15h21
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OTAN : un budget à 5 % du PIB pour réarmer l’Europe - © Economie Matin
+ 400% Otan : Rutte veut augmenter de 400% la défense aérienne

Le 9 juin 2025, à Londres, Mark Rutte, nouveau secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), a livré un message de rupture : face à une Russie « qui sème la terreur par le ciel », il appelle les membres de l’Alliance à quadrupler leurs capacités de défense aérienne et antimissile. Derrière cette montée en puissance, se trame une réorganisation politique des rapports de force au sein de l’OTAN.

Une offensive politique signée Rutte

Intervenant à la tribune du think tank Chatham House, Mark Rutte a voulu frapper fort, à quelques semaines du sommet de l’OTAN à La Haye (24–25 juin). Il martèle : « Nous avons besoin de faire un bond en avant dans notre défense collective (...) Le fait est que le danger ne disparaîtra pas, même avec la fin de la guerre en Ukraine. »
Cette déclaration n’est pas neutre. En choisissant Londres pour lancer ce signal fort, Rutte envoie un message clair : l’Europe ne peut plus tergiverser, et son leadership au sein de l’Alliance est désormais une affaire de responsabilité politique, pas seulement militaire.

Trump contre l’OTAN ? Rutte contre Trump

Ce tournant intervient alors que Donald Trump, réélu à la Maison-Blanche, fait monter la pression :

Il exige que les membres européens et le Canada consacrent au moins 5 % de leur PIB à la défense, sous peine de ne plus garantir leur sécurité.
La diplomatie du chantage revient, et l’OTAN tangue entre alignement tactique et rupture stratégique. Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, annonce qu’un accord sur ce seuil pourrait être formalisé à La Haye.

Rutte contre-attaque politiquement : plutôt que d’imposer brutalement un taux uniforme, il propose une lecture plus souple du seuil des 5 %, combinant fonctionnement et investissement. Un compromis habile, mais aussi une manière de réaffirmer la souveraineté budgétaire des pays membres.

Keir Starmer, l’atlantiste à la manœuvre

Dans ce nouvel échiquier, Keir Starmer incarne le contrepoids britannique au rouleau compresseur américain. Reçu à Downing Street par le Premier ministre britannique, Mark Rutte a salué une stratégie de défense qui « renforcera la défense collective de l’OTAN ».

Starmer, avec son plan de construction de 12 sous-marins nucléaires d’attaque et 6 usines de munitions, s’impose comme le nouveau pilier politique de l’Alliance en Europe. À mi-chemin entre le fédéralisme stratégique et le souverainisme opérationnel, le Royaume-Uni joue les équilibristes.

L’Europe politique au défi de la dissuasion collective

Reste la question centrale : l’Union européenne est-elle politiquement prête à suivre ? Car derrière l’appel de Rutte, c’est bien un projet politique de sécurité collective européenne qui ressurgit.

Le discours ne se limite pas aux menaces immédiates : il évoque une Europe qui « a besoin de milliers de véhicules blindés, de chars et de millions d’obus »
L’OTAN ne veut plus seulement prévenir les conflits, elle veut peser politiquement par sa capacité à y répondre avant même qu’ils ne surgissent.

Ainsi, sous couvert de renforcement militaire, le discours du 9 juin signé Mark Rutte esquisse un nouveau pacte politique transatlantique. Entre pressions américaines, calculs britanniques et réponses européennes en gestation, l’OTAN devient un lieu de confrontation idéologique autant que stratégique.

La montée à 5 % du PIB en dépenses militaires ? C’est désormais autant une question d’adhésion politique qu’un enjeu de sécurité. Rutte a lancé la manœuvre ; aux capitales européennes de répondre – sans faux-semblants.

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