Le 5 juin 2025, les autorités turkmènes ont annoncé que la Porte de l’Enfer, cratère en feu depuis 1971, amorçait enfin sa fermeture. Située dans le désert de Karakoum au Turkménistan, ce feu terrestre alimente depuis plus d’un demi-siècle la pollution au méthane de la région. Mais cette fois, les efforts entrepris portent leurs fruits et ils sont visibles, mesurables, confirmés.
La Porte de l’Enfer s’éteint enfin après 54 ans de feu

Un gouffre en flammes : les origines accidentelles de la Porte de l’Enfer
Il ne s’agissait, à l’origine, que d’un forage soviétique de plus. En 1971, une équipe cherche du gaz naturel dans le désert turkmène. Ce qu’elle trouve, c’est une poche instable de méthane. Un effondrement du sol plus tard, un cratère de 69 mètres de diamètre pour 30 de profondeur est né. Pour éviter la dispersion de ce gaz hautement toxique, une solution expéditive est choisie, y mettre le feu.
On pensait l’incendie temporaire. Il dure depuis 54 ans. Le site, rebaptisé cratère de Darvaza, devient vite une curiosité internationale, attirant touristes et amateurs de paysages apocalyptiques. À son apogée, les flammes se voyaient à plusieurs kilomètres à la ronde. Mais sous le pittoresque, une catastrophe climatique couvait. Le cratère est identifié comme la première source d’émissions de méthane du Turkménistan, un des pays les plus émetteurs au monde de ce gaz à effet de serre.
La Porte de l’Enfer sous surveillance
Depuis mars 2024, le Turkménistan s’est intégré au programme MARS (Methane Alert and Response System), piloté par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). L'objectif est de surveiller en temps réel les émanations de méthane, et intervenir. L’organisme Kayrros, acteur-clé du projet, confirme : les émissions du site ont atteint des niveaux quasi nuls sur plusieurs mois, notamment entre juin 2024 et février 2025.
Le 5 juin 2025, lors de la conférence TESC 2025 à Achgabat, Turkmengas, entreprise publique gazière, a annoncé officiellement dans des propos rapportés par Phonandroid : « La réception de gaz à basse pression et d’eau de formation légèrement gazéifiée à partir de différents puits indique une diminution de la recharge en gaz du cratère ». Les nouveaux puits de captage détournent le gaz avant qu’il n’atteigne la surface et ne s’enflamme.
Une extinction lente, mais inéluctable : pourquoi la Porte de l’Enfer s’éteint
Les données convergent. D’après Popular Science, la luminosité et l’activité visible ont chuté de 66 % par rapport à août 2023. Les images satellites confirmées par le site Akipress montrent une réduction spectaculaire de la lueur nocturne. D’autres puits sont en cours de forage pour « affamer » le cratère de ses combustibles. Mais pourquoi maintenant ?
Car le président turkmène Serdar Berdimuhamedow avait déclaré dès janvier 2022 vouloir éteindre le site pour des raisons « environnementales et de santé publique ». Une volonté politique rare dans un pays peu transparent, mais ici, elle s’est concrétisée par un plan méthodique et appuyé par des partenaires internationaux.
La planète respire : un brasier parmi d'autres
Le cas de Darvaza n’est pas isolé. Centralia, en Pennsylvanie, brûle depuis plus de 60 ans à cause d’un feu de charbon souterrain. Jharia, en Inde, vit avec les flammes depuis un siècle. Et l’Australie détient un record saisissant : la « montagne qui brûle » y est active depuis plus de 6 000 ans. Mais la Porte de l’Enfer, elle, pourrait bien être la première de ces cicatrices terrestres à se refermer par l’action humaine. Et cela, même dans un pays peu habitué aux gestes verts. Un symbole et un espoir pour la planète.
