Derrière les drapeaux, les uniformes et les fusées multicolores, combien faut-il débourser, en 2025, pour maintenir l’illusion que rien n’a changé depuis 2023 ? La réponse, corrigée de l’érosion monétaire, n’a rien d’anecdotique.
Fête nationale : l’euro s’effrite, le 14 juillet coûte plus qu’hier

Chaque année, le 14 juillet transforme la capitale en théâtre d’apparat, entre défilés militaires, feux d’artifice et tribunes officielles. Pourtant, derrière les images diffusées en boucle se cache une réalité budgétaire plus austère. Le 14 juillet 2025 ne fait pas exception. Si l’État annonce un coût global de 4,5 millions d’euros, ce chiffre brut occulte un phénomène bien plus insidieux : l’inflation. Car entre juillet 2023 et juillet 2025, les prix ont progressé de +2 % environ, ce qui modifie sensiblement la valeur réelle de l’euro.
Le 14 juillet, une fête nationale au coût toujours plus lourd
À première vue, le budget alloué à la fête nationale semble maîtrisé. En 2023, il s’établissait à 4,5 millions d’euros selon Benoît Vrignaud. Le défilé militaire, pièce maîtresse du spectacle républicain, représentait 3,5 millions d’euros à lui seul. À cela s’ajoutaient les 750 000 euros consacrés aux feux d’artifice parisiens, dont 400 000 euros absorbés par les charges de personnel, la scénographie et la sécurité. Mais ces montants, si flatteurs en valeur faciale, dissimulent une hausse insidieuse : celle du coût réel, mesuré en pouvoir d’achat.
Or, entre juillet 2023 et juillet 2025, l’indice des prix à la consommation (IPC) est passé de 117,71 à environ 120,42, selon les données provisoires de l’AOPS Conseil. Cela représente une hausse d’environ 2 %, soit bien moins que les 4,9 % initialement évoqués par erreur. Concrètement, un euro de 2023 équivaut à environ 1,02 euro de 2025. Cette érosion monétaire, modérée mais réelle, oblige les collectivités à réajuster leurs enveloppes si elles souhaitent maintenir une prestation identique.
Défilés militaires : une rigueur budgétaire en trompe-l'œil
Certes, des économies ont été affichées avec vigueur par le ministère des Armées ces dernières années. En 2013 déjà, selon Europe 1, les autorités avaient réduit le nombre de véhicules sur les Champs-Élysées pour « économiser plus de 500 000 euros ». En supprimant les engins non opérationnels – tractopelles, ambulances, véhicules du ministère de l’Intérieur – et en retirant un tiers des véhicules au sol, l'État affichait une économie de 100 000 euros sur le carburant et de 90 000 euros supplémentaires sur les vols aériens.
Mais ce n’est pas parce que l’on rogne sur les tribunes – « 60 000 euros d’économies grâce à la suppression de deux estrades », affirmaient les organisateurs – que la dépense publique cesse de progresser. Elle progresse autrement : par la valeur dégradée de chaque euro. Le général Hervé Charpentier avait beau rassurer les spectateurs sur les ondes : « À aucun moment on aura le sentiment d’avoir un ersatz de défilé », la vraie question demeure : à quel prix ?
Feux d’artifice : un spectacle qui flambe au rythme de l’inflation
Prenons un autre exemple. Le feu d’artifice du Champ-de-Mars, qui coûte en moyenne 750 000 euros depuis 2022, coûte en réalité 765 000 euros en euros constants 2025. Pour un même spectacle, les collectivités doivent donc sortir 15 000 euros de plus. Le constat est identique pour les dépenses globales : 4,5 millions d’euros en 2023 deviennent environ 4,59 millions d’euros en 2025, toutes choses égales par ailleurs. Ce différentiel de près de 90 000 euros, s’il paraît modeste à l’échelle nationale, représente une charge nette pour les budgets municipaux, souvent déjà sous tension.
Les plus petites communes ne sont pas épargnées. Quand Deauville débourse 30 000 euros, ou que les villages paient 5 000 euros leur feu local, le manque d’indexation peut obliger à raccourcir la durée, simplifier la scénographie ou réaffecter des fonds initialement prévus pour la sécurité. La mise en scène républicaine tient désormais à quelques décimales d’inflation.
Le prix réel du 14 juillet : une fête sous perfusion monétaire
Ajoutons à cela les nouveautés festives – telles que les croisières payantes sur la Seine, introduites en 2023 à 130 euros par personne – et l’on comprend que le financement du 14 juillet s’adapte. Mais il s’adapte comment ? En externalisant certains postes aux acteurs privés ? En comprimant les coûts invisibles comme la sécurité ou les prestations annexes ? En jouant sur l’image sans toucher au fond ? La question mérite d’être posée. Car le 14 juillet 2025 coûte plus cher que celui de 2023, même si les chiffres ne le disent pas immédiatement.
L’illusion d’un coût stable pour la fête nationale est balayée par la rigueur mathématique de l’inflation cumulée : +2 % en deux ans. À dépenses constantes, l'État et les communes doivent mobiliser environ 90 000 euros supplémentaires en 2025 pour offrir le même spectacle que deux ans plus tôt. Un feu d’artifice pour les yeux, peut-être, mais aussi un baromètre budgétaire silencieux pour les finances publiques.