APL : la réforme qui divise

Un rapport parlementaire propose de réformer en profondeur l’allocation personnalisée au logement (APL) pour financer une refonte des bourses étudiantes. Jugée « structurelle et indispensable », cette réforme pourrait exclure des milliers d’étudiants des aides au logement, en recentrant son attribution sur les foyers modestes et en supprimant certaines niches fiscales.

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By Rédacteur Published on 14 juillet 2025 9h00
Logement : une hausse des loyers deux fois supérieure à l’inflation en 2025 ?
Logement : une hausse des loyers deux fois supérieure à l’inflation en 2025 ? - © Economie Matin
3,26%Les APL ont augmenté de 3,26% en octobre 2024

Les APL dans le viseur des réformateurs

Un rapport parlementaire de la commission des Finances, publié le 11 juin 2025, s’attaque à deux dispositifs majeurs de soutien aux étudiants en France : l’APL et la réduction d’impôt sur les frais de scolarité. L’objectif des rapporteurs, les députés Thomas Cazenave et Charles Sitzenstuhl (Renaissance), est clair : dégager entre 300 et 600 millions d’euros pour financer la réforme des bourses sur critères sociaux, selon la Direction générale de l’enseignement supérieur.

Parmi les propositions les plus marquantes figure celle de restreindre l’APL aux seuls étudiants issus de foyers modestes et de la classe moyenne. Le texte met en avant un chiffre révélateur : « 45 % des étudiants bénéficiaires d’APL ont des parents appartenant aux 30 % les plus aisés », indique la DREES (2025). Ce ciblage plus strict pourrait permettre d’économiser entre 400 et 500 millions d’euros.

Suppression d’une niche fiscale dans l’enseignement

La réduction d’impôt sur les frais de scolarité est également dans le collimateur. Applicable à l’ensemble des niveaux du secondaire et du supérieur, elle a coûté 218 millions d’euros en 2024 selon la Cour des comptes. Les rapporteurs dénoncent une mesure « inefficace et inefficiente, loin de remplir son objectif d’aide à la scolarité », comme l’écrivaient déjà en octobre 2024 deux membres du Conseil des Prélèvements Obligatoires.

Les parlementaires souhaitent réallouer des aides aujourd’hui dispersées et peu ciblées, bénéficiant souvent à des familles n’en ayant pas besoin, vers un nouveau système de bourses plus juste et plus lisible. Il se fonderait sur un montant socle, ajusté par des « modulations selon la situation personnelle de l’étudiant », afin d’éliminer les effets de seuil liés aux revenus parentaux, jugés trop brutaux et peu cohérents.

Vers une aide recentrée, un débat relancé

Derrière ce projet se joue un débat plus large sur la redistribution des aides publiques à la jeunesse. Si la réforme vise une meilleure efficacité budgétaire, elle pourrait priver certains étudiants non boursiers mais logés hors du domicile familial d’une aide essentielle. Une piste « plus ambitieuse » évoquée dans le rapport consisterait à intégrer les ressources parentales dans le calcul de l’APL, un changement de paradigme qui pourrait remettre en cause l’autonomie financière de nombreux étudiants.

Les rapporteurs assument néanmoins un choix stratégique. Cette « réforme structurelle » est, selon eux, « indispensable » pour moderniser un système jugé obsolète. Mais dans un contexte de forte précarité étudiante, cette orientation pourrait susciter de vives oppositions politiques et sociales, à l’heure où la question du logement étudiant reste l’un des points les plus sensibles de la rentrée universitaire.

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