Rares sont les affaires qui font trembler à la fois les cuisines, les ambassades et les réseaux sociaux. Pourtant, depuis le 6 août 2025, un ouragan tout romain s’est abattu sur la perfide Albion. Le motif ? Un crime de lèse-tradition : la BBC Good Food, référence outre-Manche en matière de recettes accessibles à tous, a proposé une “cacio e pepe” revisitée qui a fait bondir tout un peuple, du chef étoilé au pizzaiolo de quartier.
Une recette de pâtes de la BBC provoque un incident diplomatique en Italie

Le Royaume-Uni ou l’art de se faire des ennemis… avec du beurre
Tout commence innocemment, un matin d’été, quand la BBC publie :« Préparez une simple cacio e pepe pour un déjeuner rapide. Avec quatre ingrédients simples – spaghetti, poivre, parmesan et beurre – c’est un classique du placard. »
Là où le bât blesse, c’est que la “cacio e pepe” (littéralement « fromage et poivre »), plat phare de la capitale italienne, ne tolère ni compromis ni improvisation : trois ingrédients (pâtes, pecorino romano, poivre noir) et rien d’autre. Pas question de voir débarquer le parmesan ou, pire encore, le beurre sur les tables romaines.
“Nous sommes tous stupéfaits !”
La réaction ne s’est pas fait attendre. Claudio Pica, président de la Fiepet-Confesercenti Lazio, explose dans Le Corriere della Sera : « Nous sommes tous stupéfaits ! [...] Je me demande comment il est possible de se tromper à ce point. »
L’affaire prend une tournure surréaliste : la fédération des restaurateurs saisit la BBC pour exiger une rectification officielle, tout en alertant l’ambassade du Royaume-Uni à Rome. À quand une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ?
La « cacio e pepe » est effectivement, selon la tradition gastronomique romaine, un plat strictement composé de trois ingrédients :
- Pâtes (habituellement tonnarelli ou spaghetti)
- Pecorino romano
- Poivre noir
Aucun manuel de cuisine romaine de référence n’y inclut ni beurre ni parmesan. Selon la Chambre de commerce de Rome, la recette officielle publiée dans le registre des recettes traditionnelles italiennes est : « Tonnarelli, pecorino romano DOP, poivre noir. »
Le patrimoine culinaire, nouveau bien stratégique
Au-delà de l’anecdote, la polémique illustre une économie du goût où chaque recette devient un actif immatériel à défendre bec et ongles. Les restaurateurs locaux voient rouge : la “cacio e pepe” n’est pas seulement une question de saveurs, c’est une affaire d’identité, de tourisme, d’image – et donc d’euros. L’authenticité culinaire, dans une économie mondialisée, pèse aussi lourd que les appellations contrôlées.
Riccardo Aquilani, chef romain, explique : « Notre cacio e pepe respecte la tradition, comme il se doit. [...] La liaison, réalisée à la minute, donne saveur et authenticité. » En langage business, c’est la marque “Rome” qui se défend. Plus comique encore, cette tempête dans une assiette relance la guerre des cultures : l’Italie réclame la reconnaissance internationale de ses recettes, comme elle protège ses monuments.
