Austérité : Lecornu va couper dans les allocs des ménages

C’est une réforme discrète mais lourde de conséquences : le gouvernement veut repousser à 18 ans l’âge de revalorisation des allocations familiales. Une mesure présentée comme « rationnelle » et « budgétairement responsable », mais qui risque de priver des milliers de ménages de plusieurs centaines d’euros chaque année. L’austérité est bien là.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 20 octobre 2025 6h26
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Austérité : Lecornu va couper dans les allocs des ménages - © Economie Matin
3000 EUROSCertaines familles pourraient perdre plus de 3000 euros sur 4 ans.

Depuis le 17 octobre 2025, la France débat d’une proposition gouvernementale inédite : décaler de 14 à 18 ans la revalorisation des allocations familiales versées à partir du deuxième enfant. L’annonce, confirmée par le ministère de la Santé à l’AFP, intervient dans un contexte de tension sur les finances publiques. Selon BFMTV, un décret est en préparation pour une entrée en vigueur au 1er mars 2026. Objectif affiché : économiser environ 200 millions d’euros. Objectif réel ? Certains y voient surtout un signal d’austérité déguisé, qui fera perdre de l’argent à de nombreuses familles.

Austérité : Ce que veut faire le gouvernement avec les allocations familiales

Le projet consiste à retarder de quatre années la revalorisation des allocations familiales accordée lorsque le deuxième enfant atteint 14 ans. Jusqu’à présent, ce mécanisme augmentait le montant mensuel de 18,88 euros à 75,53 euros, selon les ressources du foyer. À partir de 2026, cette majoration ne s’appliquerait qu’à 18 ans, supprimant ainsi quatre années de complément.

Selon le ministère de la Santé, cité par BFMTV, « il est justifié que le niveau de soutien [des allocations familiales] s’adapte au niveau de dépense généré par l’enfant ». Une justification qui renvoie à une étude de la DREES selon laquelle le coût réel des adolescents n’augmenterait sensiblement qu’après 18 ans. Cette explication technique masque mal un objectif budgétaire : réduire les dépenses sociales. L’État espère en effet dégager 200 millions d’euros d’économie dès 2026, selon la même source.

Mais pour les foyers concernés, cette évolution aura un effet immédiat sur leur porte-monnaie. Une famille modeste, qui touche aujourd’hui la majoration maximale de 75,53 euros par mois à partir des 14 ans du deuxième enfant, perdrait près de 3 625 euros sur quatre ans. Même pour les ménages aux revenus moyens (18,88 euros de majoration mensuelle), la perte atteint environ 907 euros.

Faire des économies sur les ménages avec un tour de passe-passe

Derrière la neutralité du vocabulaire administratif — « ajustement », « rationalisation » — se cache un virage austéritaire. Le ministère justifie la mesure en expliquant qu’« elle est aussi nécessaire pour financer un congé de naissance ambitieux dans un contexte de tension sur les finances publiques et les comptes de la Sécurité sociale ». Autrement dit : on coupe dans une aide pour en financer une autre, sans budget supplémentaire.

Selon les données du CLEISS (Centre de liaisons européennes et internationales de sécurité sociale), le montant de base des allocations familiales pour deux enfants est actuellement de 151,05 euros par mois, auquel s’ajoute la majoration dès 14 ans. En repoussant cette revalorisation à 18 ans, l’État réduit donc la dépense directe versée à des millions de familles, pour un gain budgétaire immédiat mais un coût social certain.

Cette politique de revalorisation différée intervient dans un climat d’austérité budgétaire assumée. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026) s’inscrit dans la volonté de réduire les déficits, alors même que l’inflation pèse sur les prix alimentaires et l’énergie. Autrement dit, au moment où les familles ont le plus besoin de soutien, l’État décide d’en donner moins.

Les ménages les plus touchés par la perte d’argent

Les ménages modestes et les familles nombreuses seront les plus exposés. Le report de l’âge de revalorisation signifie que pendant quatre ans, ils percevront le montant standard sans majoration, alors que les dépenses liées à l’adolescence augmentent. Le coût des activités scolaires, de la mobilité, ou de l’alimentation s’accroît justement à cet âge. Le gouvernement prétend « adapter » l’aide aux besoins réels ; dans les faits, il retire de l’argent aux foyers au moment où les dépenses explosent.

Les données du service-public.fr confirment l’ampleur du phénomène : pour une famille avec deux enfants, les plafonds de ressources pour bénéficier de la majoration vont de 78 565 euros à 104 719 euros. Autrement dit, même les classes moyennes supérieures verront une perte.

L’impact sera d’autant plus marqué pour les familles dont le deuxième enfant atteint 14 ans juste après l’entrée en vigueur du décret : elles seront privées de revalorisation pendant tout le cycle du lycée. Pour certains foyers, cela représentera plus de 900 € par an de perte cumulée.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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