Le vote européen sur le Mercosur a scellé un basculement politique majeur. Malgré l’opposition affichée de la France, l’accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud a été validé par une majorité qualifiée des États membres. Ce feu vert ouvre la voie à la ratification du Mercosur, tout en révélant l’échec stratégique d’Emmanuel Macron.
Le Mercosur bientôt signé : LFI et RN menacent de censure

Le 9 janvier 2026, le Mercosur est redevenu un marqueur central des fractures européennes et françaises. Ce jour-là, les États membres de l’Union européenne ont validé la signature de l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, malgré le vote contre de la France. Derrière ce vote, présenté comme technique à Bruxelles, se joue pourtant un enjeu politique majeur.
Mercosur : un vote européen sans appel malgré l’opposition française
Le vote sur le Mercosur a confirmé l’isolement de la France au sein de l’Union européenne. Le 9 janvier 2026, vingt-et-un États membres ont approuvé la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, tandis que cinq pays, dont la France, ont voté contre et qu’un État s’est abstenu. Malgré une opposition française répétée, la majorité qualifiée requise a été atteinte, notamment après que l’Italie se soit rangée du côté de Bruxelles. Le processus de ratification du Mercosur est désormais enclenché, même si toutes ses étapes ne sont pas encore achevées.
Paris avait tenté de construire une minorité de blocage. Emmanuel Macron avait multiplié les prises de parole, soulignant les risques du Mercosur pour l’agriculture européenne et pour la cohérence des normes environnementales. Le président français avait assumé un vote négatif, affirmant que l’accord de libre-échange était « d’un autre âge », selon une déclaration officielle de l’Élysée. Cependant, malgré ces efforts, la France n’a pas réussi à rallier suffisamment d’États membres à sa position, confirmant ainsi un décalage croissant entre le discours politique national et les équilibres réels à Bruxelles.
Ce vote ne constitue toutefois pas l’aboutissement définitif du Mercosur. La signature formelle de l’accord est prévue le 17 janvier 2026 au Paraguay, selon des informations confirmées par Reuters. Ensuite, le texte devra encore obtenir le consentement du Parlement européen, puis être ratifié par les parlements nationaux pour sa partie relevant des compétences partagées. Néanmoins, sur le plan politique, l’essentiel est acquis : le libre-échange UE-Mercosur est désormais la trajectoire officielle de l’Union.
Ratification du Mercosur : ce qui va changer
La confirmation du Mercosur ravive immédiatement les inquiétudes liées à l’agriculture et au libre-échange. Selon la Commission européenne, l’accord prévoit l’élimination progressive de 91 % des droits de douane appliqués par les pays du Mercosur aux produits européens, et de 92 % des droits européens sur les produits sud-américains.
Sur le volet agricole, le Mercosur cristallise les tensions. Des quotas précis ont été négociés, notamment pour la viande bovine, la volaille, le sucre, le riz ou l’éthanol. À titre d’exemple, un quota de 99 000 tonnes de viande bovine sud-américaine bénéficierait d’un droit de douane réduit à 7,5 %, selon la Commission européenne. De même, 180 000 tonnes de volaille et 180 000 tonnes de sucre pourraient entrer sur le marché européen en franchise de droits.
Face à ces critiques, Bruxelles met en avant des mécanismes de sauvegarde et des contrôles renforcés. La Commission européenne insiste également sur l’importance économique du Mercosur, présenté comme un marché potentiel de près de 700 millions de consommateurs. Les échanges de biens entre l’Union européenne et le Mercosur ont atteint environ 111 milliards d’euros en 2024, tandis que les échanges de services s’élevaient à 42 milliards d’euros, selon le Conseil de l’Union européenne.
Cependant, en France, ces arguments peinent à convaincre. Les syndicats agricoles dénoncent un déséquilibre structurel et annoncent déjà des mobilisations. Selon Le Parisien, la FNSEA a évoqué un rassemblement à Strasbourg le 20 janvier 2026 en cas de signature effective du Mercosur. potentiellement explosive sur le terrain agricole.
Échec pour Macron et censure pour le gouvernement ? LFI et le RN à l’offensive
Le vote sur le Mercosur s’est rapidement transformé en crise politique nationale en France. Malgré le vote contre de la France, l’échec à bloquer l’accord est apparu comme un revers personnel pour Emmanuel Macron. En affichant une opposition ferme mais inefficace, le chef de l’État s’est exposé aux accusations d’impuissance sur la scène européenne.
Dès le 9 janvier, La France insoumise et le Rassemblement national ont annoncé le dépôt de deux motions de censure distinctes contre le gouvernement de Sébastien Lecornu. Pour ces deux formations, le Mercosur symbolise une faillite politique globale, mêlant libre-échange, agriculture sacrifiée et soumission à Bruxelles. Jean-Luc Mélenchon a ainsi appelé à la « désobéissance », estimant que « maintenant, tout est perdu », selon des propos rapportés par Le Parisien.
Pourtant ces motions de censure ont peu de chances d’aboutir. Reuters rapporte que le Parti socialiste a clairement indiqué qu’il ne voterait pas ces initiatives. En l’absence d’un front commun de l’opposition, la chute du gouvernement apparaît donc improbable à court terme. Ce contexte fragilise encore davantage l’exécutif, déjà confronté à un calendrier budgétaire tendu. Selon TF1 Info, la reprise des débats parlementaires entre le 13 et le 23 janvier 2026 s’annonce décisive, avec en toile de fond la possibilité d’un recours au 49.3.
