La décision annoncée par l’administration américaine d’imposer une taxe de 25 % sur les semi‑conducteurs transitant sur le sol des États-Unis avant exportation redessine le paysage du commerce technologique mondial. Cette mesure, ciblant notamment des puces avancées comme celles de Nvidia, s’inscrit à la fois dans une stratégie de renforcement industriel et dans une tension croissante avec la Chine, grande consommatrice de composants électroniques. Elle pose des défis économiques majeurs pour les chaînes d’approvisionnement, les relations commerciales sino‑américaines et la compétitivité des entreprises technologiques mondiales.
Washington frappe fort : 25 % de taxe sur les semi-conducteurs exportés vers Pékin

Le 14 janvier 2026, la Maison‑Blanche a officiellement publié une proclamation imposant un droit de douane de 25 % sur certains semi‑conducteurs importés aux États‑Unis puis réexportés, visant en particulier des composants haut de gamme comme les processeurs destinés à l’intelligence artificielle conçus par Nvidia et AMD. Cette taxe s’inscrit dans un contexte de rivalité technologique et commerciale accrue entre les États‑Unis et la Chine, principaux acteurs du marché mondial des semi‑conducteurs.
Une taxe à 25 % sur les semi‑conducteurs : mécanisme et objectifs
La mesure adoptée par l’administration américaine repose sur un dispositif particulier : au lieu de taxer directement les exportations, ce qui serait contraire à la Constitution américaine, Washington impose un droit de douane de 25 % sur les semi‑conducteurs importés aux États‑Unis avant d’être exportés vers des destinations étrangères, notamment la Chine. Concrètement, lorsque des puces produites à l’étranger, souvent à Taïwan ou en Corée du Sud, transitent par le territoire américain, une taxe équivalente à un quart de leur valeur est appliquée avant qu’elles quittent les États‑Unis vers leur marché final.
L’objectif officiel de cette politique est double : d’une part, capturer une partie de la valeur ajoutée des ventes internationales de semi‑conducteurs élaborés par des entreprises américaines, comme Nvidia, dont certaines opérations passent par des usines ou des centres de test situés aux États‑Unis ; d’autre part, encourager la localisation de la production de puces sur le sol américain, réduisant ainsi la dépendance industrielle aux chaînes d’approvisionnement asiatiques dominées par Taïwan, la Corée du Sud et la Chine.
Le président américain a défendu cette taxation en soulignant que les États‑Unis ne fabriquent que 10 % des semi‑conducteurs dont ils ont besoin, ce qui crée selon lui une vulnérabilité stratégique et économique significative pour le pays. Cette dépendance aux importations de puces étrangères représente un risque, non seulement pour la compétitivité des industries américaines, mais aussi pour la sécurité nationale, en particulier dans les secteurs liés à l’intelligence artificielle, à la défense et aux télécommunications.
Enjeux pour les États‑Unis : concurrence, sécurité industrielle et recettes fiscales
Pour Washington, la taxe sur les semi‑conducteurs répond à plusieurs objectifs convergents. Sur le plan économique, elle cherche à renforcer la capacité concurrentielle des entreprises américaines en réduisant la fuite de revenus vers des partenaires étrangers. En taxant à 25 % les puces avancées importées puis exportées, les États‑Unis espèrent inciter les acteurs technologiques à localiser davantage leurs processus de production sur leur propre territoire, ce qui pourrait générer des investissements, des emplois industriels et une base fiscale plus solide sur le long terme.
De plus, cette taxe vise à atténuer la dépendance des États‑Unis à des chaînes d’approvisionnement mondiales fragmentées, souvent contrôlées par des acteurs situés en Asie de l’Est. La pandémie de Covid‑19, puis les perturbations logistiques récentes, ont mis en lumière la fragilité de ces réseaux, poussant les décideurs à repenser la stratégie industrielle américaine. Dans ce cadre, la taxe de 25 % agit comme un levier pour encourager la relocalisation et la diversification des sites de fabrication avancée.
Sur le plan fiscal, cette taxe génère des recettes substantielles pour le Trésor américain, augmentant ainsi les ressources disponibles sans recourir à des augmentations d’impôts internes. En capturant une quote‑part significative de la valeur des semi‑conducteurs transités, les États‑Unis peuvent également investir ces fonds dans des programmes de recherche, de développement et de soutien à l’innovation, comme le CHIPS Act, qui prévoit des milliards de dollars d’aides pour stimuler la production nationale de puces avancées.
Enfin, la taxation s’inscrit dans une politique commerciale plus large qui mêle objectifs économiques et préoccupations de sécurité nationale. Les responsables américains estiment que maîtriser la production de semi‑conducteurs est essentiel non seulement pour la compétitivité technologique, mais aussi pour prévenir que des technologies sensibles ne tombent entre des mains jugées potentiellement rivales, notamment dans le cadre des tensions croissantes avec la Chine sur des sujets comme l’intelligence artificielle et la cybersécurité.
Implications pour la Chine : accès au marché, coûts et chaînes d’approvisionnement
Pour la Chine, principale destination des semi‑conducteurs haut de gamme exportés depuis l’Asie via des hubs logistiques mondiaux, la taxe à 25 % pose des défis économiques significatifs. D’une part, le coût des composants importés augmente mécaniquement, ce qui peut peser sur les marges des entreprises chinoises de technologies avancées, déjà sous pression en raison des restrictions américaines sur les licences d’exportation de technologies sensibles. En pratique, une taxe de 25 % se traduit par des coûts additionnels directs pour des puces comme les processeurs H200 de Nvidia, largement utilisés dans les applications d’intelligence artificielle et de calcul intensif.
Cette surcharge tarifaire peut également entraîner une transmission des coûts aux consommateurs finaux ou une réorientation des achats chinois vers des fournisseurs non soumis à ces taxes élevées, par exemple des puces locales ou produites dans des pays tiers. Une telle évolution pourrait à terme affecter la compétitivité des entreprises américaines sur le marché chinois, traditionnellement l’un des plus dynamiques au monde pour les technologies de pointe.
Par ailleurs, la mesure risque d’agir comme un facteur d’accélération de la stratégie industrielle chinoise visant à réduire sa dépendance aux semi‑conducteurs étrangers. Pékin a déjà investi massivement dans le développement de sa propre industrie de puces, avec des plans de subventions et d’appuis logistiques pour stimuler la production domestique. La taxe américaine pourrait, paradoxalement, renforcer la détermination de la Chine à atteindre l’autosuffisance technologique, intensifiant ainsi la course mondiale aux semi‑conducteurs.
Sur le plan diplomatique, cette taxation constitue un point de friction supplémentaire dans les relations sino‑américaines, déjà marquées par des différends sur le commerce, les technologies stratégiques et la propriété intellectuelle. Pékin pourrait répliquer par des mesures de rétorsion, imposant ses propres tarifs sur les produits américains ou en restreignant davantage l’accès aux marchés chinois pour certains fournisseurs étrangers. L’impact de telles réponses pourrait se répercuter largement sur les échanges bilatéraux et sur l’économie mondiale.