Austérité : le permis de conduire bientôt exclu du CPF

Le permis de conduire s’apprête à sortir du champ du Compte personnel de formation pour une large majorité des actifs. Le budget 2026 acte en effet une restriction majeure du financement par le CPF, réservée désormais aux seuls demandeurs d’emploi. Une décision budgétaire lourde de conséquences sociales et professionnelles, qui suscite une levée de boucliers chez les acteurs de la mobilité et de l’emploi.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 26 janvier 2026 6h10
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Austérité : le permis de conduire bientôt exclu du CPF - © Economie Matin
300 MILLIONS €Le financement du permis de conduire via le CPF représenterait environ 300 millions d’euros par an

Annoncée fin janvier 2026, la réforme inscrite dans le budget de l’État modifie en profondeur l’accès au permis de conduire via le CPF. Jusqu’ici largement mobilisé par les salariés pour financer leur formation à la conduite, ce droit individuel change de nature. À compter de 2026, le financement du permis par le CPF sera drastiquement restreint, au nom des économies budgétaires.

Permis de conduire et CPF : ce que prévoit le budget 2026

Le cœur de la réforme est clair. Le permis de conduire ne pourra plus être financé par le CPF pour les salariés en poste. Selon les informations relayées par Le Parisien fin janvier 2026, le gouvernement a décidé de réserver ce droit au financement du permis de conduire aux seuls demandeurs d’emploi, considérant que le CPF doit prioritairement servir le retour à l’emploi, et non la mobilité des actifs déjà en situation professionnelle.

Cette orientation a été intégrée au budget 2026 adopté par le recours à l’article 49.3. D’après Le Parisien, la mesure a été maintenue malgré de nombreuses alertes parlementaires sur son impact social. Le permis de conduire, formation phare du CPF depuis plusieurs années, se retrouve ainsi exclu du financement pour la majorité des utilisateurs.

Or, en 2023, le permis de conduire représentait environ 23 % de l’ensemble des formations financées par le CPF, selon des données issues de la Dares. Le coût moyen d’un permis B oscillait alors entre 1 500 et 2 000 euros, un montant souvent inaccessible sans aide pour de nombreux salariés. Des montants élevés qui expliquent le succès massif du dispositif, mais aussi la volonté de l’exécutif d’en réduire la portée.

Une interdiction de financement aux effets sociaux massifs

Derrière la logique budgétaire, les critiques pointent une atteinte directe au droit à la mobilité. Le permis de conduire reste, en France, un outil central d’accès à l’emploi, notamment dans les zones périurbaines et rurales. La restriction du CPF est perçue comme une interdiction déguisée pour des millions d’actifs, contraints de financer seuls leur formation à la conduite.

Les réactions n’ont pas tardé. Philippe Nozière, président de l’association 40 Millions d’automobilistes, a dénoncé « un mépris total pour ceux qui travaillent et vivent en dehors des grandes métropoles », rappelant que la mobilité n’est pas un luxe mais une nécessité, selon Le Parisien.

Du côté des auto-écoles, la colère est tout aussi vive. La Fédération nationale des enseignants de la conduite, citée par Franceinfo, parle d’une « bombe sociale ». Le CPF représentait une part essentielle du financement des formations à la conduite. En 2024, environ 1,5 million de candidats auraient utilisé ce dispositif pour financer le coût de leur permis de conduire.

Cette interdiction partielle crée une fracture nette entre les statuts. Les demandeurs d’emploi conserveraient l’accès au CPF pour financer leur permis de conduire, au nom de l’insertion professionnelle. Les salariés, eux, devront assumer seuls le coût, sauf aide exceptionnelle de leur employeur.

CPF : le permis de conduire sacrifié sur l’autel de l’austérité

L’argument central du gouvernement repose sur la maîtrise des dépenses publiques. Le financement du permis de conduire via le CPF représenterait environ 300 millions d’euros par an, selon des chiffres évoqués lors des débats parlementaires. Dans un contexte de contraintes budgétaires, l’exécutif assume un recentrage du CPF sur des formations jugées plus directement liées aux compétences professionnelles. Cependant, cette logique économique est largement contestée. Le permis de conduire conditionne l’accès à l’emploi dans de nombreux métiers. Restreindre ce financement pourrait paradoxalement fragiliser des parcours professionnels et accroître la précarité, notamment pour les travailleurs modestes.

Le coût réel de la mesure pourrait donc dépasser les économies attendues. Sans CPF, de nombreux candidats pourraient retarder, voire abandonner, leur projet de permis de conduire. Les conséquences seraient multiples : baisse d’activité pour les auto-écoles, frein à la mobilité professionnelle, et pression accrue sur les aides locales ou régionales déjà limitées. De plus, la suppression annoncée de certaines aides complémentaires, comme l’aide de 500 euros pour les apprentis évoquée par Autoactu, renforce le sentiment d’un recul global du droit à la formation à la conduite.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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