Eramet limoge son DG dans un contexte économique sous pression

Le départ anticipé du directeur général d’Eramet met en lumière les tensions liées aux choix stratégiques d’un groupe minier confronté à une conjoncture mondiale dégradée. Ce bouleversement pourrait annoncer une réorientation des priorités économiques.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Rédaction Published on 2 février 2026 10h34
Eramet
Eramet limoge son DG dans un contexte économique sous pression - © Economie Matin
8 782En 2025, Eramet employait 8 782 personnes dans le monde.

Le groupe Eramet a annoncé la rupture immédiate du mandat de son directeur général, Paulo Castellari, le 1er février 2026. Cette décision intervient huit mois après sa nomination, dans un contexte marqué par la pression sur les coûts, les incertitudes du marché des métaux, et des attentes élevées autour du développement du lithium. Ce changement brutal de gouvernance interroge sur l’efficacité du modèle managérial et les priorités économiques du groupe minier.

Eramet écarte son directeur général au cœur d’une séquence de réajustement stratégique

Le Conseil d’administration d’Eramet a mis un terme au mandat de Paulo Castellari lors d’une réunion le 1ᵉʳ février 2026. Le communiqué évoque des « divergences sur les modes de fonctionnement » entre le dirigeant et le conseil. Cette éviction soudaine intervient à un moment délicat : l’entreprise fait face à une baisse de rentabilité dans plusieurs filières, une hausse de la pression réglementaire, et une volatilité accrue des prix des matières premières.

Nommé en mai 2025 pour succéder à Christel Bories, qui reste présidente du conseil, Paulo Castellari devait conduire une nouvelle phase de transformation opérationnelle. Or, après huit mois, le bilan de cette direction semble avoir été jugé insuffisant pour répondre aux objectifs économiques du groupe. « Le Conseil d’administration […] a décidé de mettre un terme au mandat de son Directeur général, Monsieur Paulo Castellari, en raison de divergences […] sur les modes de fonctionnement », précise le communiqué officiel du groupe.

Pour éviter une vacance prolongée à la tête de l’entreprise, Christel Bories a repris l’intérim du poste de directrice générale, assurant une transition avant la désignation d’un nouveau dirigeant. Ce retour temporaire souligne l’urgence de redéfinir une feuille de route cohérente dans un environnement économique tendu.

Le lithium argentin, axe de croissance… et de tension interne

Le départ du PDG d’Eramet s’inscrit dans un contexte d’investissement massif dans le lithium, ressource stratégique pour la transition énergétique. Le site argentin d’Eramet, mis en production partielle en 2025, constitue aujourd’hui un pilier de croissance identifié. Le Conseil d’administration affirme : « Le succès de la montée en charge du site de lithium en Argentine donne au Groupe un nouveau pilier de croissance et de performance ».

Cependant, cette expansion nécessite d’importantes ressources financières et une exécution sans faille. Or, selon plusieurs analystes, des tensions sont apparues autour de l’allocation du capital, des délais de déploiement, et des objectifs de rendement à court terme. Ces divergences pourraient avoir pesé dans la décision du conseil d’écarter son directeur général.

Le groupe insiste désormais sur ses trois priorités : sécurité, performance opérationnelle, et réduction des coûts. « Le Conseil d’administration remercie Paulo Castellari pour ses efforts et confirme son soutien aux équipes […] engagées pour améliorer la sécurité, la performance opérationnelle et réduire les coûts », peut-on lire dans le même communiqué.

Un modèle de gouvernance mis à l’épreuve face aux défis économiques

La séparation des fonctions de présidente et de directrice générale décidée en 2025 visait à moderniser la gouvernance d’Eramet. Or, le renvoi rapide de Paulo Castellari jette un doute sur l'efficacité de cette réforme. Christel Bories, restée présidente après avoir quitté la direction exécutive, reprend provisoirement les rênes à un moment stratégique : la publication des résultats annuels est attendue le 18 février 2026. Elle devra y justifier les choix budgétaires et rassurer les marchés.

Depuis plusieurs trimestres, les marges d’exploitation du groupe minier s’érodent, en raison de la baisse des cours de certains métaux et de l’augmentation des coûts logistiques et énergétiques. Cette dynamique impose à Eramet une révision de ses plans d’investissement et une sélection rigoureuse de ses priorités industrielles.

Le cas Castellari illustre aussi une problématique plus large : comment concilier les exigences du conseil d’administration, les attentes du marché, et les impératifs d’un pilotage industriel sur des cycles longs. Le groupe, qui opère sur des marchés hautement capitalistiques et soumis à des cycles de prix erratiques, se voit contraint de revoir sa méthode de pilotage.

No comment on «Eramet limoge son DG dans un contexte économique sous pression»

Leave a comment

* Required fields