Matières premières : l’Europe est totalement dépendante des importations

Derrière les ambitions industrielles et climatiques de l’Union européenne, une réalité s’impose avec brutalité : la dépendance aux matières premières importées fragilise la souveraineté, expose l’industrie et menace la transition énergétique, comme le révèle un rapport sévère de la Cour des comptes européenne.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 3 février 2026 5h55
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Matières premières : l’Europe est totalement dépendante des importations - © Economie Matin
99%L'UR importe 99% du bore qu'elle consomme.

Publié le 2 février 2026, le rapport de la Cour des comptes européenne dresse un constat alarmant sur la dépendance de l’Union européenne aux matières premières, au moment même où Bruxelles accélère sa stratégie industrielle et énergétique face aux tensions géopolitiques et commerciales mondiales.

Une dépendance européenne aux matières premières devenue structurelle

La dépendance de l’Europe aux matières premières importées n’est plus conjoncturelle, elle est désormais structurelle. En effet, l’Union européenne importe l’essentiel des ressources nécessaires à son industrie, à sa transition énergétique et à ses technologies stratégiques. Selon la Cour des comptes européenne, sur les 34 matières premières critiques recensées par Bruxelles, 26 sont indispensables à la transition énergétique, notamment pour les batteries, les éoliennes ou les panneaux solaires, relaye Le Monde.

Cette dépendance atteint des niveaux extrêmes pour certaines ressources. Ainsi, l’Union européenne est totalement dépendante des importations pour dix matières premières critiques. Toujours selon Le Monde, l’UE dépend à 99 % de la Turquie pour le bore, à 97 % de la Chine pour le magnésium et à 79 % du Chili pour le lithium, sur la période 2016-2020. Cette concentration des approvisionnements accroît mécaniquement les risques industriels, économiques et politiques, alors que les matières premières deviennent des instruments de puissance.

Matières premières critiques : un danger pour l’Union européenne

Cette dépendance aux matières premières nourrit des tensions croissantes. La Cour des comptes européenne estime que l’Union reste « dangereusement dépendante d’une poignée de pays tiers », selon les termes rapportés par BFMTV. La Chine occupe une position dominante dans plusieurs chaînes de valeur, notamment pour les métaux utilisés dans les batteries et les technologies bas carbone.

Par conséquent, les risques industriels s’accumulent. Sans sécurisation des flux de matières premières, la compétitivité européenne est directement menacée. Keit Pentus-Rosimannus, membre de la Cour des comptes européenne, avertit que « sans matières premières critiques, il n’y aura ni transition énergétique, ni compétitivité, ni autonomie stratégique », souligne Reuters. Cette dépendance fragilise également la capacité de l’Europe à tenir ses objectifs climatiques, alors que la demande mondiale pour ces ressources explose.

Quelles solutions pour réduire la dépendance aux matières premières ?

Face à ce constat, la stratégie européenne apparaît insuffisante. Le Critical Raw Materials Act, adopté en 2024, fixe pourtant des objectifs clairs : couvrir au moins 10 % de la demande par une production européenne, assurer 40 % de la transformation sur le sol de l’Union et atteindre 25 % de recyclage d’ici 2030, selon Euronews. Toutefois, la Cour des comptes européenne juge ces objectifs « sans effet tangible », faute de caractère contraignant et de coordination efficace entre États membres.

En outre, le rapport souligne les lenteurs administratives, l’opposition locale aux projets miniers et le manque d’investissements massifs. Si des partenariats internationaux ont été signés, notamment avec des pays d’Amérique latine ou d’Afrique, leurs retombées restent limitées à ce stade. Le constat est sans appel : les efforts de diversification des importations de matières premières critiques n’ont pas encore produit de résultats mesurables, malgré l’urgence stratégique.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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